LA LUNE ET LE SERPENT : LE GRAND LIVRE DE LA MAGIE

The Moon and Serpent Bumper Book of Magic – Royaume-Uni – 2024
Genre : Fantastique, Bande-dessinée
Auteurs : Alan Moore, Steve Moore, Ben Wickey, Rick Veitch, John Coultart, Kevin O’neill
Nombre de pages : 352 pages
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 22 octobre 2025
LE PITCH
Le livre se veut « un grimoire clair et pratique des sciences occultes », contenant des « essais pédagogiques abondamment illustrés » sur les théories du monde de la magie d’environ 150 après JC à nos jours de la secte du Grand Théâtre des Merveilles égyptien de la Lune et du Serpent, dont Alan Moore est un fervent adepte.
Le guide des enchanteurs juniors
Projet de longue haleine, entamé dans les années 2000, qui aura vu au cours de sa construction la disparition de deux de ses instigateurs, le romancier et scénariste Steeve Moore (Doctor Who, Dragon’s Claw) et le dessinateur Kevin O’Neill (La Ligue des Gentlemen Extraordinaires), ce prestigieux ouvrage est le manifeste du grand Alan Moore pour une exploration de la magie, la vraie. Mais comme souvent avec ce dernier, l’ouvrage ne ressemble à certainement pas à ce à quoi on aurait pu s’attendre.
Auteur culte de comics parmi les plus marquants de l’histoire du medium (de The Watchmen à La Ligue des Gentlemen Extraordinaires) devenu depuis romancier et plus généralement grand explorateur de l’art sous toutes ses formes, Alan Moore avait publiquement déclaré en 1994 qu’il se considérait désormais comme un magicien. Pas de ceux qui se trimbalent avec un grand chapeau et un lapin caché dans la doublure, mais un vrai, puisant sa force dans quelques cultes obscures, cérémonies mystiques et une exploration constante d’un monde mythologique et symbolique qui traverse l’univers. Une part importante de l’existence du monsieur qui a irriguée nombre de ses œuvres (comme From Hell ou Providence) avec en particulier une célébration de la magie de l’imaginaire et de la création dans l’expérimental Promethea. D’ailleurs avec son mentor Steve Moore, ils créèrent même l’ordre occultiste de La Lune et du Serpent, dont finalement le livre en question est le prolongement logique. Logique car il retrouve la prose, art le plus maitrisé par les deux Moore, afin de mettre en avant leur vision de l’existence et ses plans multiples, leurs perceptions de la magie, mais permet aussi de construire un large historique de la sorcellerie à travers les âges et une sorte de guide pour les jeunes apprentis qui voudraient comprendre, voir s’essayer à ce type d’expériences.
Magie premier Dan
La particularité du livre, dit « grimoire » par ses auteurs, c’est qu’il n’a rien justement du vieux livre poussiéreux, opaque et sentencieux mais qu’il prend la forme d’un guide multiforme, s’amusant de sa nature en jouant avec ironie sur l’esthétique et la forme des vieux guides pour enfants (avec activités manuelles et modèle pour créer son propre temple en carton). Il mélange surtout constamment les approches avec de grands textes théoriques (mais toujours accessibles) sur les grands concepts, panthéons et énergiques, les fameux guides pratiques « Comment s’occuper les jours de pluie », de multiples bandes-dessinés illustrant la naissance de la magie, la petite histoire des grands sorciers et plus largement encore la destinée, humoristique, du véritable Alexandre d’Abonuteichos, fondateur du totem d’Alan Moore. On y trouve aussi un mini-roman feuilleton, mystique et érotique contant l’aventure très personnelle de l’Âme, muse pour artistes londoniens qui va se transformer peu à peu en grande prêtresse libre et consciente. Agrémenté du travail visuel de camarades renoms comme Steve Parkhouse (ses premières pages préhistoriques sont sublimes), Kevin O’Neil ou Rick Veitch, ce Grand livre de la Magie ressemble à un grand Bazar psychédélique dans lequel le lecteur déambule piochant à droite à gauche, découvrant milles trésors au milieu d’un capharnaüm joyeux, surprenant, drolatique puis sérieux, mais toujours érudit.
Une caverne d’Ali Baba, un acte incantatoire, de la vulgarisation tout en pertinence où surtout l’art de la fiction (en prose ou en BD), de la création, devient à son tour un art purement magique. Le grand sorcier Alan Moore a encore frappé.




