HENTAI ! ÉROTISME ET PORNOGRAPHIE AU JAPON

France – 2025
Genre : Manga, Erotisme
Auteurs : Benjamin Dulot, Joan Lainé, Julia Popek
Nombre de pages : 160 pages
Éditeur : Ynnis Editions
Date de sortie : 08 octobre 2025
LE PITCH
À travers ce guide généreusement documenté et illustré, découvrez toute l’étendue d’un univers mésestimé aux mille et un visages, rehaussé d’entretiens exclusifs avec le mangaka Toshio Maeda et la chercheuse Aurélie Petit. Au gré des diverses catégories et d’une kyrielle d’œuvres fondatrices, suivez l’histoire d’un pan incontournable et sulfureux de la production japonaise.
Lectures interdites
Du coté de Ynnis Editions on franchit un petit tabou de l’édition française en consacrant un livre entier aux bandes dessinés érotiques et pornographiques japonaises plus connues sous l’appellation Hentai. Rédigé par trois grands habitués de la revue Animeland, qui a déjà signé quelques Hors-Séries bien documentés sur le sujet, ce dernier entend offrir un nouvel éclairage sur le genre et se paye une belle couverture aguichante signée Satoshi Urushihara, spécialiste des art book dénudés.
Si le manga a longtemps souffert de mauvaise presse c’est, en plus d’une petite xénophobie culturelle déjà subie par les comics en leur temps, en partie à cause de la confusion avec les publications dites Hentai. Un érotisme, ou une pornographie, très particulière, à la fois particulièrement riche et diversifiée, mais qui reflète effectivement une certaine vision de la sexualité, qui sert bien souvent de défouloir dans une société particulièrement corsetée dans ses interactions visibles. Là-bas donc, ces publications sont presque des défouloirs nécessaires, des libérations salvatrices et des évasions revigorantes qui permettent aux japonais d’explorer librement, et presque sans jugement, leurs fantasmes. De fantasmes, il en est beaucoup question dans cet ouvrage édité par Ynnis puisqu’il s’efforce justement d’aller au-delà de la simple vision d’une jeune lycéenne agressée par une créature tentaculaire. La partie émergée d’un iceberg que les auteurs invitent à explorer avec beaucoup de sérieux, revenant sur les origines de ces représentations (les estampes mais aussi le cinéma, la photo, les racines littéraires…) avant d’en détailler finalement les différentes branches s’intéressant tour à tour à des publics masculins, féminins, jeunes et moins jeunes, traitant de relations hétérosexuelles classiques, plus brutales, aux relations homosexuelles des deux bords, aux déclinaison fantastiques et aux multiples fétichismes (bondages, soumissions diverses, figures androgynes, ero-guro…).
Tous les charmes du Japon
Le tout se fait toujours avec un même souci d’y apporter un éclairage sérieux et d’en donner autant les codes, que les causes et les interprétations possibles, loin des clichés. Presque un sacerdoce. En tout cas un ouvrage d’introduction à cette vaste production, bourré d’informations, de titres alléchants et d’auteurs plus ou moins connus agrémentés même d’une évocation des jeux de vases communicants entre les ero-manga et les publications mainstreams et une récapitulation de la petite histoire du Hentai (BD et anime) sur le territoire français. Au passage on profitera d’une nouvelle interview de l’incontournable, et très rock’n’roll, Toshio Maeda, auteur devenu culte grâce aux séries Urotsukidoji et L.A. Blue Girl qui, en digne descendant des estampes de Hokusai, a considérablement popularisé la fameuse utilisation des tentacules. On aurait sans doute aimé du coup que le livre pousse parfois un peu plus loin dans cette direction pour des rencontres avec d’autres auteurs importants du genre (Suehiro Maruo, Shindo L., Naoki Yamamoto…). Mais ce Hentai ! n’a effectivement pas vocation a être un volume exhaustif, et ne s’embarque jamais dans le listing définitif, le défilé de références et de titres à lire d’urgence, préférant donner des impulsions aux lecteurs, des pistes à suivre ou des lignes de compréhensions.
On notera aussi que malgré son « interdiction aux moins de 18 ans » signifié sur la quatrième de couverture, les pages intérieures ne proposent quasiment que des visuels de couvertures, toujours beaucoup plus softs que les planches des mangas, s’assurant tout de même une lecture accessible aux plus grands nombres et pas uniquement aux habitués, puisque effectivement certains mangas de ce genre là peuvent s’avérer aussi brutaux que graphiques.





