GIBBET HILL OU LA COLLINE AU GIBET

Royaume-Unis – 1890
Genre : Fantastique, Épouvante
Auteur : Bram Stoker
Nombre de pages : 128 pages
Éditeur : Bragelonne
Date de sortie : 9 avril 2025
LE PITCH
Pour échapper au vacarme de Londres, un homme laisse ses pas le porter dans la campagne anglaise. Quand émergent, aux abords d’une colline au passé macabre, une tombe et trois enfants troublants, dont l’aura semble plus vieille encore que les pierres…
Revenant
On croyait naïvement tout savoir de l’œuvre littéraire de Bram Stoker, créateur de l’œuvre fondamentale Dracula. Ce n’était sans compter sur les petits miracles de l’édition et les résurrections intempestives. Voici donc Gibbet Hill, ou La Colline au gibet, nouvelle encore totalement inconnue il y a tout juste un an, éditée désormais dans la collection Classiques de Bragelonne.
Présente dans aucune bio ou bibliographie, Gibbet Hill avait pourtant été publiée par le jeune auteur Bram Stoker en 1890 dans les pages d’un supplément de Noël du Dublin Daily Express. Un texte qui ne fera pas alors grand bruit et qui va disparaitre discrètement avant d’être redécouvert par hasard par un passionné de l’auteur, dans les archives de la Bibliothèque nationale d’Irlande. Sacré surprise et trésor inestimable puisque même s’il s’agit de l’une des premières créations de l’auteur publiées, elle n’a rien du petit texte maladroit ou de l’exercice appliqué dont seuls les aficionados pourraient profiter. Il s’agit en effet là d’un pur texte de Bram Stoker, qui accumulait déjà les recherches pour son futur Dracula, mélange d’onirisme gothique et variation autour de la confrontation du bien et du mal. Le cadre est une célèbre colline dans le comté de Surrey, ornée d’un mémorial pour un marin inconnu qui aurait été assassiné par trois homme. Un site curieux, mêlant justement cette stèle funèbre avec un cadre bucolique, qui avait déjà inspiré Charles Dickens dans son roman Nicholas Nickleby, mais dont Stoker fait véritablement le cœur de son histoire.
Rêve enfoui
Celle d’un voyageur un peu touriste qui profite des charmes de la campagne et rencontre pas loin du fameux Gibbet Hill, trois enfants. Un petit petit garçon blond comme les blés et deux filles indiennes, avec qui il échange brièvement autour du drame notifié sur le monument. Comme un premier pas vers le royaume des morts, qui va se concrétiser quelques instants plus tard, sur la colline devenue lieu de piquenique où les trois figures « angéliques » laissent apercevoir une cruauté plus qu’inquiétante envers un serpent… Le cadre est simple et resserré, le texte est relativement court, mais évoque déjà avec brio un certain paradis terrestre dévoyé par un mal profond et primitif. Ici le visage de l’innocence est déjà contaminé, fasciné par la mort, le crime et la souffrance, et finalement l’aspect surréaliste de la nouvelle, cauchemar éveillé aux frontières bien floues, répond autant aux codes de l’épouvante de l’époque qu’à une nécessité d’échapper à un réalisme trop sordide. Une évocation puissante et imagée, particulièrement éloquente dans la description de son décor idyllique et de celle implacable d’une chute dans les ténèbres, qui saisit forcément les innombrables lecteurs de Dracula qui y retrouve une atmosphère particulière, très XIX siècle mais aussi biblique, des visions, des expressions et un manichéisme assumé, mais qui plutôt que fustiger le mal pose déjà la question de sa source, de son origine.
Bien évidemment un incontournable pour les amateurs, de Stoker, d’œuvres gothiques, et de trésors retrouvés. Il est proposé par Bragelonne sous la forme d’un très joli ouvrage en couverture dur, en édition bilingue, introduit par une préface enflammée du romancier Maxime Chattam et accompagné de quelques superbes illustrations en noir et blanc de Mikaël Bourgouin (Blue Note, Le Codex Angélique…).



