BASKET CASE

États-Unis – 2023
Genre : Horreur
Auteur : Armando Munoz
Nombre de pages : 270
Editeur : Faute de frappe
Date de sortie : 15 octobre 2025
LE PITCH
À New York, un jeune homme loue une chambre à l’hôtel Broslin. Il arrive avec une malle en osier qui intrigue ses voisins. Peu à peu, l’on découvre qu’elle contient son frère siamois, une créature monstrueuse. Ils décident ensemble de se venger de ceux qui sont responsables de l’échec de leur séparation, leur père et un chirurgien.
La vengeance aux deux visages
C’est encore une œuvre fondamentale du cinéma horrifique des années 80 qui se retrouve à l’honneur de la collection Compact de l’éditeur français Faute de frappe. Après La Nuit des Morts-Vivants, Slugs, Re-Animator ou Vampire, vous avez dit vampire ?, c’est au tour de Basket Case de passer par la case novélisation.
Le film de Franck Henenlotter, sorti en 1982, n’est peut-être pas le plus célèbre auprès du grand public des œuvres adaptées chez l’éditeur français. C’est pourtant l’un des tous meilleurs. Basket Case trouve ici une très fidèle retranscription par l’auteur Armando Munoz. L’écrivain est un habitué et un spécialiste des adaptations de séries B des années 70-80 comme en témoignent ses novélisations de My Bloody Valentine ou de Silent Night, Deadly Night. Dans un style direct et sans fioritures, marque de fabrique de cette délicieuse collection de romans horrifiques, Munoz déploie avec fidélité l’intrigue écrite à l’époque par Henenlotter en personne. On y retrouve donc les deux frères siamois séparés de force quelques années auparavant. Les deux ont survécu à l’opération. Duane est totalement normal (à une imposante cicatrice près), son frère Bélial, supposé mort par le corps médical, est quant à lui réduit à une espèce de bouillie de chair humaine, de laquelle émergent des bras, un semblant de visage… et surtout, un pénis rétractable lanceur d’épines et un anus capable d’accueillir toutes sortes de choses. Très utile pour ce personnage aux déviances très prononcées. Les deux « hommes » arrivent à New York, Bélial à l’abri des regards, dissimulé dans une malle en osier dont ne se sépare quasiment jamais son frère. Ils cherchent à se venger des auteurs de leur séparation physique, trois chirurgiens qui avaient agi à l’époque pour des motivations très obscures.
Une ode aux cassés de la société
L’escapade vengeresse des deux frangins devient rapidement l’occasion pour l’auteur (et le cinéaste avant lui) de décrire une déambulation dans les quartiers les plus malfamés de NY, à commencer par la 42e rue, chère à Franck Henenlotter, et lieu de tournage du film. En cela, Armando Munoz rend un vibrant hommage tant au réalisateur qu’aux âmes damnés fréquentant ces quartiers poisseux et assez peu fréquentables de la Grande Pomme. On y croise toute une galerie de personnages pittoresques : prostitué(e)s, transsexuels, drogués, ainsi que des lieux pour le moins typiques comme cet hôtel rassemblant tout un groupe de protagonistes fameux, ou encore les sex-shops, cinémas pornographiques et autres clubs de débauche. A l’image du film de 1982, Basket Case le roman se veut ultra-transgressif et jusqu’au-boutiste dans sa description des aventures de Duane et Bélial, qui viennent tout droit de leur patelin campagnard et découvrent les plaisirs permis par la grande ville. Cela passe par des scènes de sexe assez gratinées, mais aussi par la découverte de l’amour pour Duane, qui s’entiche de la secrétaire d’un des chirurgiens figurant sur sa liste. Histoire évidemment vouée à l’échec. D’ailleurs, les passages les plus sanglants concernent justement les mises à morts des trois médecins, à grand renfort de détails bien sanguinolents et crados. Le livre se veut bien dégueu quand il le faut, jouant en permanence avec les limites. Mais c’est bel et bien dans sa description à la fois fascinante et même tendre de ces personnages, ces marginaux, ces délaissés de la société, vivant dans les pires quartiers de New York, que le livre, comme le faisait autrefois le film, séduit le plus. Rendant attachants une poignée de personnages pourtant pas gâtés par la vie, le roman développe une micro-société fascinante et passionnante. Et n’épargne pas les nantis, globalement tous présentés sous un aspect négatif.
Maniant l’humour noir et le trash à merveille, Basket Case jongle entre l’horreur pure et le grotesque, pour un résultat absolument et merveilleusement aussi dégoûtant que fun, qui ne peut que s’achever sur une note tragique. Une histoire à redécouvrir, pour un des tous meilleurs romans de la collection Compact de l’éditeur.

