VEUVE MAIS PAS TROP

Maried to the Mob – Etats-Unis – 1988
Support : Bluray
Genre : Comédie
Réalisateur : Jonathan Demme
Acteurs : Michelle Pfeiffer, Dean Stockwell, Alec Baldwin, Paul Lazar, Charles Napier, Joan Cusack, O-Lan Jones, Matthew Modine, Mercedes Ruehl…
Musique : David Byrne
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 104 minutes
Éditeur : BQHL Editions
Date de sortie : 26 août 2025
LE PITCH
Angela est membre de la mafia de par son mariage avec Frank de Marco, l’homme de main de l’irréductible Tony. Ne supportant plus cette vie et souhaitent élever son fils dans un milieu plus honnête, elle profite du décès de son époux pour s’éloigner du clan « familial ». Mais l’on ne quitte la Mafia que les pieds devants…
Comédie du démariage
Tourné à une petite encablure de son œuvre la plus mémorable et la plus réussie, un certain Le Silence des agneaux, la comédie pétillante Veuve mais pas trop semble à des années lumières de l’adaptation du psycho-thriller tétanisant. Pourtant ce joyeux mélange de genres et d’influences, porté par un casting réjouissant, porte nettement plus la marque de Jonathan Demme.
Doté d’une carrière aujourd’hui largement éclipsée par ce Silence des agneaux, mais aussi par le tout aussi sérieux Philadelphia, Jonathan Demme est pourtant un réalisateur qui a toujours cultivé un grand éclectisme. Passionné de musiques et très proches du milieu de la new wave des années 80 pour lequel il signera une poignée de clips et surtout son premier grand succès, Stop Making Sense, un live des Talking Head capturé avec une approche novatrice. Il avait fait ses premières armes au sein de l’écurie Roger Corman avec de vrais films d’exploitation comme 5 Femmes à abattre et Crazy Mama, mais où déjà surnageait sa cinéphilie et de légers détournements des codes. Quelques années plus tard c’est finalement avec le culotté Dangereuse sous tous rapports que le cinéaste trouvait sa marque temporaire : une comédie sentimentale allumée se transformant brutalement en pur thriller. Conçu pour sa part au cœur du système des studios, ici en l’occurrence Orion, et dans l’espoir d’offrir un nouveau succès à la star Michelle Pfeiffer, Veuve mais pas trop en serait presque une variation plus grand publique, aux ruptures moins drastiques, mais où de la même façon s’incarne à merveille une certaine esthétique 80’s (costumes, musiques, couleurs, détour à Miami, vision d’une Amérique melting-pot…) et où se côtoient allégrement les codes du film mafieux et la pure comédie (bien des années après Certains l’aiment chaud), le vaudeville sentimental et l’action de polar (on note une petite touche hongkongaise inattendue) et même une tentation omniprésente du passage à la comédie musicale.
Divorce festif
Sacré shaker qui grâce à une réalisation soignée, scrutant avec autant d’intensité les émotions que les gaffes, réussit à tenir la barre jusqu’au bout d’un sympathique voyage. La bonne humeur constamment véhiculée par les acteurs y fait beaucoup quand Matthew Modine, agent du FBI et Love Interest passe son temps à changer de déguisement, quand Mercedes Ruehl joue les épouses très jalouses de parrain, quand Alex Baldwin prend brièvement l’attitude de l’homme de main et époux qui ne vole pas haut et surtout quand Dean Stockwell nous offre le portrait d’un chef mafieux inédit, séducteur insistant et adepte des chansons sur les hamburgers. Tête d’affiche en pleine expansion après Ladyhawk, Les Sorcières d’Eastwick et en attendant Tequila Sunrise et Les Liaisons dangereuses, Michelle Pfeiffer peine peut-être un peu à faire croire dans les premières minutes à la greluche de gangster, coupe à volume et machouillage de chewing-gum à l’avenant. Mais, toujours sublime (ces yeux !), elle se rattrape cependant très vite dès que sa Angela De Morco, qui tente désespérément d’échapper au reste de cette communauté italo-américaine truande, laisse affleurer le portrait d’une femme drôle, sensible, mais indépendante acceptant de retourner dans les quartiers pauvres pour conquérir sa liberté. Au-delà du divertissement plutôt souriant, voir burlesque par moment, Veuve mais pas trop peut étonner aussi par sa manière de détourner l’imagerie de la si cinématographique mafia, réduite ici à une bande d’abrutis dangereux mais sérieusement beauf, et d’illustrer une culture américaine ouvertement machiste (le fameux male gaze) auquel s’efforce constamment d’échapper la belle héroïne, bien plus complexe, et complète, que prévu.
Pour la petite anecdote, au milieu d’une bande son particulièrement emballante, entre les compositions de David Bryne (Talking Heads) et le défilé de tubes signés Chris Isaak, Debbie Harry ou Sinead O’Connor, on note l’apparition discrète d’un certains Goodbye Horses de Q Lazzarus lors d’une jolie scène romantique. C’est la même chanson sur laquelle se déhanchera trois ans plus tard notre cher Buffalo Bill, le corps recouvert de la peau de ses victimes. Deux salles, deux ambiances et manifestement une petite obsession pour un titre qui effectue alors une étrange passerelle.
Image
Deuxième copie HD proposée aux USA, celle reprise aujourd’hui par BQHL elle est selon les informations trouvées issue d’un nouveau scan 2K d’un interpositif 35mm. De quoi effectivement revenir un peu plus à la source du film que les précédents Bluray (tout lissé) ou DVDs (tous granuleux). On découvre effectivement des cadres bien plus propres et nets qu’autrefois, un léger relief très agréable et surtout une colorimétrie raffermie qui restitue des teintes bien contrastées, fermes et intenses dignes justement de ces années 80. Mais le transfert n’est pas parfait pour autant, affichant un grain fluctuant, quelques cadres trop doux voir légèrement flous et même l’apparition succincte d’aliasing sur quelques effets de fondus, flous originaux ou cartons génériques. Ça aurait pu être mieux… ça aurait pu être bien pire.
Son
Simple DTS HD Master Audio 2.0 certainement, et pourtant le confort est là avec un rendu optimal des dialogues et surtout de la bande sonore riches en tubes et en sonorités de leurs époques. Tout est clair, équilibré sans la moindre défaillance à l’horizon.
Interactivité
Si l’édition américaine de Married to the Mob se présente comme un collector avec livret et surtout trois interviews exclusives (le scénariste et les interprètes Mercedes Ruehl et Matthew Modine), la galette française est beaucoup plus économe. Habitué de l’éditeur, c’est le journaliste Rafik Djoumi sur lequel repose la lourde tache de restituer autant d’informations et d’anecdotes par sa seule présence. Et il s’en sort plutôt bien en dressant surtout un long portrait du cinéma de Jonathan Demme, éclairant la place de Veuve mais pas trop au milieu quitte même à faire plusieurs liens avec Le Silence des agneaux. On y apprend d’ailleurs que Pfeiffer fut la première actrice contactée pour le rôle de Clarice Starling… Étonnant.
Liste des bonus
Entretien avec Rafik Djoumi, journaliste (30’).







