UNIFORMES ET JUPON COURT

The Major and the Minor – Etats-Unis – 1942
Support : Bluray & DVD
Genre : Comédie
Réalisateur : Billy Wilder
Acteurs : Ginger Rogers, Ray Milland, Rita Johnson, Robert Benchley, Diana Lynn…
Musique : Robert Emmett Dolan
Durée : 100 minutes
Image : 1.33 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Éditeur : Rimini Editions
Date de sortie : 04 novembre 2020
LE PITCH
Après avoir tenté sa chance à New York, Susan Applegate souhaite rentrer chez elle dans l’Iowa. Afin de bénéficier d’un billet de train à prix réduit, elle se fait passer pour une adolescente. Traquée par les contrôleurs, elle trouve refuge auprès du major Philip Kirby, qui, persuadé qu’elle est mineure, décide de lui venir en aide.
La Mascotte du régiment
Première vraie réalisation solo pour Billy Wilder alors considéré comme un génie du scénario de comédie mais aussi comme un sacré casse-pied, Uniformes et jupon court va être contre tous les pronostics un joli succès qui va propulser la carrière du futur metteur en scène de Sabrina, Boulevard du crépuscule, Certains l’aiment chaud… Ah tiens, il est déjà question de tromperie sur l’identité ici…
Aujourd’hui consacré assez logiquement comme l’un des grands maîtres de la belle époque du cinéma hollywoodien (et plus encore même), Billy Wilder aura connu quelques faux départs dans sa carrière avec un exil volontaire de l’Allemagne en pleine radicalisation nazi où il était l’un des espoirs de la nouvelle génération du cinéma local et un détour par la France (où il coréalise le méconnu Mauvaise graine en 1934). Au début des années 40, il va enfin prendre ses marques dans l’industrie hollywoodienne et s’installer progressivement avec son compère Charles Brackett comme l’un des auteurs incontournables de l’époque. Mais le traitement réservé à certains de ses scripts et le succès rencontré par ses collaborations avec Lubitsch (La Huitième femme de Barbe-bleue) ou Howard Hawks (Boule de feu) le convainquent qu’il est temps de passer l’étape supérieur. Sauf qu’en 1942, en dehors de l’exceptions Preston Sturges, les studios considèrent que le scénariste doit rester à sa place de gratte papier. Et si la Paramount offre ce projet de réalisation à Billy Wilder c’est uniquement dans l’espoir qu’il s’y casse les dents, autant par ses ambitions que ses exigences, et reviennent à plus de modestie. Wilder est loin d’être un imbécile et va jeter sobrement son dévolu sur une pièce de Broadway, The Major and the Minor, terreau idéal pour une sobre mais efficace screwball comedy tout à fait dans le ton des triomphes populaires du moment. Reprenant l’écriture avec l’indispensable Brackett, Wilder y ajoute forcément une bonne dose d’énergie supplémentaire, mais reste prudent, jouant avec un canevas classique sans vraiment le dynamiter encore.
Film bien tressé
Ici le cadre est « simple », une sublime Ginger Rogers se déguise en petite fille de 12 ans (euh…) avec de profiter des réductions tarifaires du réseau de train et se retrouve embarquée dans une succession interrompue de quiproquos, de situations rocambolesques motivées par sa rencontre avec le gentil et doux Ray Milland (le rôle fut écrit pour Carry Grant), major instructeur dans une école militaire. Totalement improbable, pas crédible pour un sou, mais irrésistible autant par les minauderies hilarantes de l’ex-partenaire de Fred Astaire, les dialogues mitraillettes qui fusent entre double sens et réparties cinglantes, que dans la manière dont Wilder s’approprie naturellement l’univers du film. S’il est encore « débutant », n’hésitant pas à faire appel à ses amis et pointures en soutiens (Lubitsch, William Wyler, Michael Curtiz ou Preston Sturges viendront faire un tour sur le plateau), il dépasse d’ores et déjà les ressorts simplets de la confusion romantique pour y apporter une dimension beaucoup plus adulte et moderne. En particulier dans cette vision surprenante de la femme dans la société américaine des 40’s, subissant constamment un harcèlement lourd et consternant de la part de la gent masculine, et ce dès l’adolescence, sous le regard paternaliste des adultes. Avec discrétion, sans une once de vulgarité, Wilder multiplie les réflexions, les allusions et surtout la critique d’une société où la femme est hypersexualisée, obligée même de se transformer en enfant pour espérer y échapper. Si sa relation ambiguë avec le Major du titre anglais frôle la pédophilie, elle se révèle surtout passionnante dans la contemporanéité qui en découle, le couple naissant sur les libertés laissées à l’autre.
Forcément pas aussi maîtrisé que d’autres comédies à venir (on pense ici souvent à Certains l’aiment chaud donc) avec entre autres un happy end un peu laborieux et démonstratif, Uniformes et jupon court marquait avec légèreté la naissance d’un très grand en devenir. Le public américain ne s’y étant pas trompé, l’accueil chaleureux recueilli par le film permit au « jeune » réalisateur d’enchaîner avec la carrière qu’on lui connaît.
Image
Invisible en France depuis un bon moment, Uniformes et jupon court a eu le droit il y a quelques mois à une ressortie en salle en copie restaurée 2K. Un travail pas si évident et forcément limité par l’âge du film et sa source. Quelques défauts persistent à l’image avec de légères griffures ou petits points et forcément les plans de transitions sont marqués par une définition moins pointue. Le reste du film est cependant d’excellente facture avec un noir et blanc aux argentiques biens présents, au piqué harmonieux où le grain de pellicule, marqué mais organique, s’intègre joliment.
Son
Pas de version française à l’horizon (le film fut pourtant distribué à l’époque) seule la version originale mono est là. Pas de problème il n’y a rien de mieux pour profiter pleinement des dialogues vifs de mister Wilder et des accents 40’s savoureux des acteurs. Le mix DTS HD Master Audio 2.0 doit là aussi composer avec les imitations techniques de l’époque, mais la retransmission est franche et propre sans trop de perditions. Très agréable.
Interactivité
Nouveau titre de la collection Wilder composée avec amour par Rimini, Uniformes et jupon court reprend la structure des suppléments des titres précédents. A savoir un livret bien documenté signé Marc Toullec et qui compose un making of assez complet (extraits d’interviews, anecdotes…) et une discussion entre les compères Frédéric Mercier et Mathieu Macheret. Celle-ci rejoue forcément parfois les mêmes informations mais poussent aussi plus loin la réflexion sur la personnalité du metteur en scène et scénariste et la manière dont elle apparaît dans cette réalisation légèrement plus sage que celles à venir.
Liste des bonus
Un livret de 20 pages par Marc Toullec, Entretien entre les journalistes Frédéric Mercier et Mathieu Macheret (29’).






