UNE FLIC DE CHOC 1&2

Righting Wrongs / 執法先鋒, Righting Wrongs 2 / Lady Reporter / 師姐大晒 – Hong-Kong, Etats-Unis – 1986, 1989
Support : Bluray
Genre : Action, Policier
Réalisateur : Corey Yuen, Hoi Mang
Acteurs : Cynthia Rothrock, Yuen Biao, Melvin Wong, Roy Chiao, Chin Siu-hou, Hoi Mang, Elizabeth Lee, Ronny Yu…
Musique : Romeo Diaz, Chris Babida
Image : 1.85 16/9
Son : Cantonnais et Français DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 97 et 88 minutes
Editeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 11 avril 2025
LE PITCH
Lors du procès d’un trafiquant de drogue, le témoin principal est abattu et le suspect relâché faute de preuve. Convaincu que la loi doit être appliquée coûte que coûte, le jeune avocat de la défense démissionne et passe à l’action en supprimant le trafiquant. Ce qui n’est pas du goût du chef de la police qui envoie deux inspecteurs pour coincer le justicier hors la loi. Celui-ci est d’autant plus motivé qu’il s’avère être le cerveau du trafique de drogue et le commanditaire du meurtre.
Cindy, une agente du FBI, se dirige vers Hong Kong pour appréhender un journaliste qui utilise les presses de son journal pour fabriquer des faux billets. Durant son enquête, elle est épaulée par Judy Yu, une vieille amie travaillant comme policière en civil, ainsi que par un journaliste audacieux, qui souhaite restaurer la réputation de sa profession.
Le Sens de l’action
Petits classiques de l’ère des polar HK et surtout de la branche Girls with guns, les deux opus d’Une Flic de choc, finalement presque opposés, célèbrent la folie (et les talents) des artisans HK dès qu’il s’agit de cascades et de combats délirants, mais aussi les performances de Cynthia Rothrock la seule icône du genre à afficher la peau bien blanche et les cheveux blonds de l’occidentale américaine.
Découverte l’année précédente dans l’excellent Le Sens du devoir II (déjà de Corey Yuen), aux cotés de la talentueuse Michelle Yeoh, Cynthia Rothrock fut ni plus ni moins que championne mondiale de karaté cinq années de suite, et affichait six ceintures noires d’arts martiaux en Tangsudo, Tae Kwon Do, Eagle Chaw, Wu Shu, Northern Shaolin et Pai Lum Tao Kung Fu ! Une force de la nature, puissante, agile, ultra rapide, énergique et effectivement charismatique même si ses talents d’actrice sont toujours restés assez limités. Son potentiel martial est énorme et même si l’industrie HK réservait en général le mauvais rôle aux collègues occidentaux, elle va réussir à chaque fois à s’installer du coté des héros, voir même à tenir la tête d’affiche comme ce sera le cas sur Une Flic de choc 2. C’est que pour le premier film, directement lancé dans la foulée du Police Story de Jackie Chan, la star est son ancien « frère » de l’Opéra de Pékin : Yuen Biao. Le plus doué de la bande parait-il, mais bien plus modeste dans ses ambitions et son approche du cinéma, et qui n’hésitait jamais à partager son temps à l’écran avec ses partenaires. S’il incarne ici un avocat qui, lassé de voir la justice être bafouée par les criminels et le système, est devenue un vigilante, c’est bien Cynthia Rothrock qui dans un second temps va jouer les enquêtrices retorses et se lancer sur sa trace.
Dirigé par le toujours solide Corey Yuen (du Sens du devoir II donc au sous-estimé DOA en passant par les deux La Légende de Fong Sai-Yuk, c’est toujours du costaud), Righting Wrongs sort clairement des sentiers battus, multipliant les trames parallèles (il faut aussi ajouter celle entre le partenaire maladroit et son père, vétéran de la police) et surtout s’engouffrant progressivement dans une tonalité dramatique extrêmement noire, voir nihiliste. Sur la piste d’un flic ripoux parfaitement sadique et froid, le duo de héros ne s’en sortira clairement pas indemne, le film renvoyant constamment à une description d’une cité dévorée par la corruption et l’apathie des autorités. Ultra violent et désespéré, le film est aussi intensément spectaculaire, le metteur en scène, allié au chorégraphe Hoi Mang et même à priori au coproducteur Sammo Hung pour le grand final, signant des affrontements extrêmement nerveux et tendus où tout le casting rivalise de prouesses, Biao insistant sur la fluidité effarante de ses mouvements et Rothrock sur son énergie percutante.
Un excellent polar, terriblement efficace, au succès indéniable sur l’archipel et qui forcément donna à la Golden Harvest les envies de remettre le couvert.
La vengeance d’une blonde
Mais à l’instar des Tiger Cage de Yuen Woo-Ping, il s’agit alors surtout de profiter de l’aura d’un nom et d’une équipe qui a fait ses preuves. On retrouve donc dans Une Flic de choc 2 une bonne partie des acteurs secondaires (Roy Chiao, Melvin Wong et Wu Ma en tête) et désormais Cynthia Rothrock, fausse journaliste et vraie agent du FBI, seule mise en avant. Mais confié au chorégraphe du premier, Hoi Mang (l’un des héros de Zu Les Guerriers de la montagne magique au passage), ce qui aurait dû être sa consécration et sa porte d’entrée vers une carrière de réalisateur va malheureusement tourner court, les producteurs rejetant le premier montage, exigeant de nouvelles coupes et de longs reshoot, reléguant à nouveau le monsieur à la place d’assistant pour un Corey Yuen appelé en renfort qui met en boite une bonne demi-heure supplémentaire en guise de dernier tiers. Une production chaotique et une sortie tardive (trois ans après le premier film) qui entraina un semi-échec commercial, coupant courts aux ambitions de Hoi Mang et la carrière asiatique de Cynthia Rothrock qui se tournera alors vers le marché vidéo américain.
Une expérience un peu malheureuse pour un film effectivement très bancale avec son scénario un peu fourre-tout qui se tourne cette fois-ci plus généreusement vers la comédie un peu lourde, transforme tout le monde ou presque en agent double et essaye de nous passionner autour d’une nouvelle affaire de corruption rocambolesque. Pas des plus palpitants soit, surtout que l’actrice principal peine à ternir le film sur ses épaules seules (l’expressivité ce n’est vraiment pas son truc), mais une fois encore l’action est au rendez-vous, toujours marquée par cette patte bien énervée et brutale, profitant pleinement des capacités de Rothrock et du savoir-faire indéniable de ses adversaires (avec un adepte du Muai Tai des plus impressionnants) et des cascadeurs plus anonymes. Le film se dote même d’ailleurs d’un double climax, celui initialement prévu se retrouvant désormais au milieu, avec un affrontement dantesque dans une usine désaffectée puis sur une structure en bambou contre une bonne vingtaine de sbires, et celui ajouté quelques bons mois plus tard où elle affronte plus douloureusement d’eux mercenaires occidentaux autour d’une structure en corde.
Pas un grand film comme le premier Une Flic de choc, mais un divertissement sympathique et doté de véritables prouesses made in HK.
Image
Restaurés par Vinegar Syndrome, les deux films nous parviennent forcément dans des conditions optimales. Scan 4K pour le premier, 2K pour le second et accompagné d’un nettoyage éprouvé et d’un réétalonnage enfin naturel et bien contrasté, les films retrouvent leur splendeur et même une forme au-dessus de leur sortie première. Le premier opus est le plus performant avec une colorimétrie assez chaleureuse et, malgré quelques plans plus doux, un piqué exigeant et impressionnant. Le second, sans doute à cause de sa production houleuse, est moins homogène, laissant transparaitre un grain un peu plus fluctuant.
Son
Le premier film retrouve son doublage français d’origine, assez calamiteux et de toute façon partiel et remplacé régulièrement par des segments en vost. La version cantonaise est logiquement bien plus convaincante avec son DTS HD Master Audio 2.0 clair et équilibré. La proposition est un peu moins remarquable pour Une Flic de choc 2 avec la aussi une clarté agréable mais des voix en-dedans et un écho métallique constant. Pas de vf pour celui-ci.
Interactivité
Les deux films sont vendus séparément mais sont présenté tous deux sous des formats équivalents avec boitier bluray double et superbe fourreau cartonné illustré par le talentueux Tony Stella.
Pour les deux, on retrouve aussi coté bonus des présentations d’Arnaud Lanuque (surtout connu jusque-là du coté de Spectrum Films) qui revient pour le premier sur l’arrivée des polars HK, des Girls with Gun puis embraye sur la personnalité de Corey Yuen, Yuen Biao et bien entendu de Cynthia Rothrock, le succès du film et la présence de diverses fins alternative. Pour le second il retrace une production beaucoup plus compliquée, les reshoot et les remontages et s’efforce de remettre en avant la carrière de Hoi Mang qui y laissa quelques plumes. C’est d’ailleurs un peu la même volonté que l’on retrouve dans le podcast de l’équipe de Raging Fire entièrement dévouée à cet acteur, cascadeur, chorégraphe et cinéaste souvent oublié. Du coté des interviews Une Flic de choc, premier du nom, profite d’un entretien d’archive, mais assez intéressant, de Yuen Biao où il revient certes sur l’expérience du film et sa rencontre avec sa partenaire, mais aussi sur ses états d’âme de l’époque et ses réticences face à au monde du cinéma et aux types de personnages qu’on lui proposait. Enregistré par Arnaud Lanuque, la rencontre avec Vincent Lyn, méchant dans Une Flic de choc 2 est totalement inédite et après un petit passage sur son attrait pour les arts martiaux, et Bruce Lee, et ses débuts dans le cinéma, permet d’aborder les deux semaines de reshoot auxquels il a directement participé et sa collaboration pas toujours aisée par l’exigeant Corey Yuen.
Enfin impossible de passer à coté de la présence pour chacun des films d’un montage alternatif complet présentés sur leurs Bluray dédiés. Sur Une Flic de choc, déjà auréolé de la présence d’une fin alternative appuyant méchamment sur le nihilisme ambiant, le montage long et en mandarin remonte partiellement le combat final et étend la dernière bobine par une tentative maladroite d’offrir un happy end plus classique et plus moral.
Sur Une Flic de choc 2, il s’agit du montage international, en anglais sous-titré, bardé de petites variations de durées de plans, d’inserts ou d’inversions qui ne changent pas drastiquement l’esprit du film mais qui se révèle certainement un peu moins efficace.
Liste des bonus
Une Flic de choc : Montage long en mandarin (99’), Présentation d’Arnaud Lanuque (15’), Interview archive Yuen Biao (17’), Bande-annonce.
Une Flic de choc 2 : Montage américain (90’), Présentation d’Arnaud Lanuque (12’), « De New York à Hong Kong » : interview de l’acteur Vincent Lyn (24’), Podcast du Raging Fire Club consacré à la carrière de Meng Hoi (82’), Bande-annonce.








