UN ZOO LA NUIT

Canada – 1987
Support : Bluray & DVD & Livre
Genre : Thriller
Réalisateur : Jean-Claude Lauzon
Acteurs : Gilles Maheu, Roger Level, Corrado Mastropasqua, Lorne Brass, Germain Houde, Jerry Snell…
Musique : Jean Corriveau
Image : 1.85 16/9
Son : Français Dolby Audio 5.1 et LPCM 2.0
Sous-titres : Aucun
Durée : 116 minutes
Editeur : Artus Films
Date de sortie : 2 septembre 2025
LE PITCH
Tout juste sorti de prison, Marcel retrouve sa vie d’avant, son appartement, ses synthétiseurs, et Julie, la fille qu’il aime mais qui s’est éloignée de lui. Il retrouve aussi son père, malade et abandonné, avec qui il voudrait bien se réconcilier. Harcelé par deux policiers qui cherchent à s’emparer de l’argent provenant du trafic pour lequel il est tombé, Marcel va tenter d’offrir un cadeau d’adieu à son père : une partie de chasse dans un zoo, la nuit.
Virée nocturne
Film important du nouveau cinéma québécois, véritable fer de lance d’une nouvelle génération de cinéastes libres et frondeurs, Un Zoo la nuit, premier long de Jean-Claude Lauzon (Leolo) est enfin remis en lumière par une très belle édition Bluray signée Artus Films.
Personnage un peu aventurier, passé par loin de la délinquance, séducteur bourrin, figure colérique et intransigeante, Jean-Claude Lauzon décède en 1997, à seulement 44 ans, aux coté de sa compagne Marie-Soleil Tougas (célèbre actrice de la télévision) dans un tragique accident d’avion. Comme une comète dans le cinéma québécois, il l’aura traversé trop brièvement, laissant derrière lui une centaine du publicités (certaines primées), deux courts métrages très remarqués et deux longs métrages seulement mais qui ont définitivement bousculés l’industrie locale : Un Zoo la nuit et Leolo. Bardé de prix et de reconnaissances (dont 13 prix Génie, un record), le premier succède involontairement à l’opus marquant de son camarade Denys Arcand, Le Déclin de l’Empire américain, qui d’ailleurs y fait une petite apparition humoristique et amicale. Les deux cinémas sont cependant très différents et clairement Lauzon creuse un sillon beaucoup plus brut, violent et misanthrope. Un peu à la manière du Diva de Beinex (auquel il fut souvent comparé) avec Paris, Un Zoo la nuit réinvente littéralement la grande Montréal qui transforme en gigantesque cité terrifiante, aux rues pauvres et décharnées, aux quartiers mal famés, aux nuits sordides et uniquement éclairées par les bouges douteux et les squats insalubres. Un monde où la férocité est omniprésente et où la sexualité n’est jamais que sauvage, désespérée et destructrice. Dès la première séquence, conçue comme un choc indélébile, l’avilissement du viol insoutenable subit en prison pervertit inévitablement toute l’action qui suivra.
Échappée diurne
Véritable alter-égo du cinéaste avec qu’il il partage la passion des motos, le look en cuir et les lunettes noires, Marcel traverse ce décor insalubre tel un fantôme, retrouvant un immense duplex vide et sans âme, replongeant trop rapidement dans sa vie d’avant, il est poursuivi par deux flics ripoux et sadiques tentant de mettre la main sur une lourde dette liée au trafique de drogue. Un Zoo la nuit est un thriller âpre et sans pitié, méchamment ancrée dans l’esthétique urbaine des années 80, tendance underground… C’est aussi un étonnant drame sensible sur les retrouvailles entre un fils perdu et un père vieillissant qui fait ce qu’il peut pour maintenir le lien avec celui-ci. Forcément imprégné de la douleur de l’auteur du film qui perdit son propre père durant les phases d’écriture, le métrage confronte l’agressivité omniprésente du monde de la nuit et de la criminalité à la simple tendresse familiale et ces petits instants volés autour d’une partie de pèche (entre bouderie et crise de fou rire) et même d’un safari dans un zoo pour offrir un éléphant à un paternel fou de chasse. Là le film se tournerait presque vers la poésie contemporaine, mais imprégnée de quelques accents shamaniques jusque dans le traitement à l’image d’une cérémonie mortuaire décontenançante pour un spectateur occidental mais qui emporte finalement le métrage vers des rives lyriques et touchantes qui font oublier tout le chaos qui a précédé.
Une œuvre personnelle, mais aussi générationnelle, où il faut parfois passer outre un traitement de la femme particulièrement limité (mère absente ou pute revancharde, il faut choisir), une vision de l’homosexualité masculine curieusement omniprésente mais systématiquement malsaine, pour mieux absorber cette esthétique maussade, asociale, rentre-dedans et surtout transgressive. Mais heureusement le regard d’un bon père peu tout pardonner.
Image
Cette restauration effectuée en 2013 au Québec délivre une copie 2K de bonne qualité, proposant des cadres bien propres, franchement stables et où les teintes, souvent grises, bleutées et assez froides, trouvent un bel équilibre dans le cadre. Un joli rendu très respectueux des volontés initiales mais un travail uniquement numérique qui laisse alors forcément échapper un grain fluctuant qui penche par fois vers les effets bruités et d’autres plans où les outils de nettoyages polissent un peu trop les matières. Cela reste très confortable mais cette source commence montrer ses petits signes de vieillissements.
Son
La version originale québécoise est disposée ici autant dans sa version stéréo d’origine, assurant une clarté et un confort idéal, et une tentative plus moderne de spatialisation en Dolby 5.1. La musique y gagne certainement en enveloppement, quelques ambiances urbaines viennent étoffer l’expérience mais les voix y perdent parfois en clarté. Il nous semble d’ailleurs que le sous-titrage de quelques échanges québécois aurait parfois été bienvenu pour les petits français que nous sommes.
Interactivité
Artus Films nous délivre à nouveau un très bel objet avec un digipack Bluray / DVD et son fourreau cartonné arborant la poétique affiche québécoise et un mini livre inédit intitulé « Jean-Claude Lauzon, le ciel est la limite ». Signé Sylvain Garel, spécialiste du cinéma québécois, il délivre un portrait très complet du cinéaste avec les introductions biographiques, l’exploration de chacun de ses métrages (courts et longs) et une analyse beaucoup plus poussée d’Un Zoo la nuit jusqu’à ses sorties fructueuse à domicile et bien plus difficile à l’international et en particulier en France. Outre les nombreuses informations délivrées, c’est surtout la plume du monsieur qui fait la différence, précise, légère, parfois un peu brute, comme s’il capturait quelque chose de la personnalité du cinéaste lui-même. Une vraie réussite.
Sur les disques l’éditeur propose une introduction enregistrée avec Gaston Lepage, ami et collaborateur régulier de Jean-Claude Lauzon, qui s’attarde surtout sur le caractère iconoclaste de son ami, ses passions et ses coups de gueule, ainsi qu’un étonnant court métrage, La Théorie Lauzon, croisant des extraits d’Un Zoo la nuit, une narration enregistrée par Gilbert Sicotte (Leolo) et de l’animation pour ré-imaginer un dialogue entre le cinéaste et son père… ou un père.
Liste des bonus
Le livre « Jean-Claude Lauzon, le ciel est la limite » de Sylvain Garel (64 pages), Court métrage : « La Théorie Lauzon » de Marie-Josée Saint-Pierre (15’), Entretien avec Gaston Lepage (10’), Diaporama d’affiches et photos (2’), Bande-annonce originale (2’).






