UN MURMURE DANS l’OBSCURITÉ

Un sussurro nel buio – Italie – 1976
Support : Bluray
Genre : Thriller, Fantastique
Réalisateur : Marcello Aliprandi
Acteurs : John Phillip Law, Nathalie Delon, Olga Bisera, Alessandro Poggi, Joseph Cotten, Lucretia Love
Musique : Pino Donaggio
Image : 1.85 16/9
Son : Italien DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 102 minutes
Éditeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 30 juin 2022
LE PITCH
Dans une belle villa de Vénétie, le jeune Martino entraîne toute la maisonnée à croire en l’existence de Luca, son ami imaginaire, au point qu’une place lui est même réservée à table. Si toute la famille, jusqu’aux serviteurs, se prête à cette lubie, des faits troublants finissent par faire douter ses parents, d’autant plus que Camilla, sa mère, a perdu naguère un enfant qu’elle souhaitait justement appeler Luca…
Le Petit prince
Totalement inédit en France, Un Murmure dans l’obscurité est un bien curieux film retrouvé par Le Chat qui fume. Un casting international (Joseph Cotten, Nathalie Delon…) pour un cinéaste italien oublié et pour un film qui travail avec finesse un équilibre précaire entre le fantastique et le drame psychologique.
Doté d’une petite carrière d’une dizaine de films (dont finalement très peu sont arrivés jusqu’à nous), Marcella Aliprandi aura tout de même fait ses premières armes en tant qu’assistant du grand Luciano Visconti. Si l’on connaissait de lui presque uniquement le poliziesco Le juge et la mafia (avec Franco Nero) et le thriller Meurtre au Vatican (avec Terence Stamp) il serait temps effectivement de réhabiliter sa troisième réalisation un sussurro nel buio. Un film qui par son pitch et son ambiance première se rapproche effectivement du classique L’Autre de Robert Mulligan, mais qui va certainement s’affranchir plus encore des effets horrifiques et des contours du film de genre. Peu de véritables scènes effrayantes ici, pas de scènes chocs, mais une atmosphère trouble et délétère comme on les aime reposant sur la présence (ou non) de l’ami imaginaire de Martino. La famille a décidé depuis longtemps de jouer le jeu, lui laissant même une place à table, mais le sujet commence à devenir pesant, gênant et inquiétant surtout que ce dernier porte le prénom que la mère de Martino voulait donner à un enfant perdu des années plus tôt.
Présences
Tout le film repose alors sur la notion d’équilibre, distillant quelques mystères sur la présence avérée d’une force fantomatique ou maléfique (la balançoire qui bouge toute seule, le ballon qui s’arrête net, les étranges « accidents » …), avant de les contrebalancer par des illustrations plus fermement ancrées dans les troubles psychologiques voir évoquant même une forme de délire collectif. Jusqu’au bout le film tient d’ailleurs admirablement la barre ne laissant jamais au spectateur la possibilité de s’inscrire confortablement sur une voie ou l’autre. Un film d’atmosphère, lourde, douteuse, flottante, porté avec mélancolie par les compositions de Pino Donaggio et la photographie vaporeuse de Claudio Cirillo (Parfum de femme, Dérapage contrôlé…) qui s’avère surtout, comme le Ne vous retourner pas de Nicholas Roeg (modèle avoué) un très beau film sur un deuil impossible. Celui d’une mère (Nathalie Delon) hantée par la perte d’un petit garçon, et dont l’absence (ou la présence), tenue secrète, vient impacter tous les membres de la famille et les proches, et l’équilibre mental de la maisonnée. Le non-dit qui ne cesse de rejaillir dans les scènes du quotidien les plus anodines et qui pèse lourdement sur les épaules d’un petit garçon solitaire et parfois, il est vrai, inquiétant. Un formidable Alessandro Poggi que l’on ne croisa plus par la suite que brièvement dans Tentacules, Un Flic explosif et Meurtre au Vatican du même Aliprandi, qui tient parfaitement la route face au toujours sympathique John Phillip Law (La Mort était au rendez-vous, Danger : Diabolik !, Barbarella…) en père délaissée et surtout la pointure Jospeh Cotten (Citizen Kane, Le Troisième homme, Hantise…) lors de l’une de ses escales italiennes. Présenté dans un premier temps presque comme un décalque de Max Von Sydow dans The Exorcist, son personnage de « The Professor » prend d’ailleurs lui aussi un chemin inattendu.
Parfois effectivement un peu languissant et souffrant des défauts de ses qualités (l’absence de véritables « effets » se fait ressentir), Un Murmure dans l’obscurité est tout de même une belle proposition, plutôt subtile et dotée indéniablement d’une ambiance fantastique singulière et donc tout à fait intrigante.
Image
Superbe copie pour Un murmure dans l’obscurité, résultat manifeste d’un scan à la source et d’un nettoyage minutieux et appliqué. Un soin tout particulier a été apportée au grain de pellicule, au relief et surtout aux couleurs, riches et généreuses. On ressent constamment la présence de la matière pellicule avec un rendu organique et naturel très élégant. Les seules limites du master restent finalement celles du métrage à l’origine avec quelques passages plus neigeux et quelques résidus (points blancs, restes de griffures) qui persistent légèrement.
Son
La version italienne est présentée dans son mono d’époque, mais retransmise par un DTS HD Master Audio 2.0 plus précis et fin. Quelques petits effets d’étouffements et de saturations peuvent se faire entendre, mais rien de vraiment gênant.
Interactivité
Présentée dans un digipack trois volets avec fourreau, cette édition limitée à 1000 ex (comme le plus souvent chez l’éditeur), propose comme supplément une rencontre audio avec l’actrice Olga Bisera. Si elle joue ici une gouvernante assez prude, elle fut surtout connue pour ses rôles sexy voir largement dénudés. Elle revient d’ailleurs sur ses débuts au cinéma mais aussi sur quelques épisodes fameux de sa tumultueuse vie amoureuse (comme sa relation avec le 1er ministre des Seychelles qui fit alors grand bruit), avant de s’intéresser (enfin ?) au film en présence. L’avantage c’est que madame n’a pas sa langue dans sa poche et si elle décrit par le menu les lieux de tournages, la création de son personnage et sa collaboration avec le reste de l’équipe du film, elle n’hésite jamais à égratigner ceux qu’elle n’apprécie pas, en particulier Nathalie Delon, décrite comme une personne hautaine, peu amicale, jalouse et affabulatrice. Ambiance…
Liste des bonus
« Une voix dans les ténèbres » avec l’actrice Olga Bisera (34’), Bande-annonce.