TUCKER : L’HOMME ET SON RÊVE

Tucker : The Man and His Dream – Etats-Unis – 1988
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Comédie dramatique
Réalisateur : Francis Ford Coppola
Acteurs : Jeff Bridges, Joan Allen, Martin Landau, Frederic Forrest, Mako, Elias Koteas…
Musique : Joe Jackson
Image : 2.39 16/9
Son : Anglais DTS Master Audio 5.1 et 2.0, Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 106 minutes
Editeur : Pathé
Date de sortie : 10 décembre 2025
LE PITCH
Preston Tucker, un inventeur automobile visionnaire, suit son ambition de révolutionner l’industrie avec la Tucker Torpedo, une voiture en avance sur son temps. Mais son rêve se heurte aux puissants lobbies de Detroit et au gouvernement, qui sabotent son projet sous prétexte de fraude.
One from the Heart
Si les années 80 n’auront pas toujours été facile avec Francis Ford Coppola, Tucker et sa biographie d’un créateur automobile azimuté, était alors l’un de ces grands projets, personnel, introspectif et inventif qui jalonnent la carrière du cinéaste. Un film au service du rêve, celui de Tuker et de Coppola, qui comme pour eux se sera heurté au mur d’une certaine incompréhension.
Inventeur, commercial, chef d’entreprise mais surtout personnage totalement habité par la notion de progrès et de ce fameux rêve américain, Preston Tucker est entré dans la légende pour avoir tenté de concurrencer les trois grandes firmes de Detroit (General Motors, Ford, Chrysler) sur leur propre terrain en lançant avec retentissement la construction d’un nouveau modèle de voiture, futuriste et populaire. Un bonhomme hors du cadre mais enthousiaste et qui avait la grande faculté d’embarquer tout son entourage (famille et collaborateurs) dans son odyssée, sans peur de s’y casser les dents. Ce qui sera malheureusement le cas, car empêché, et pas que de manières très honorables, par la concurrence il ne réussira à achever que 50 modèles (devenus mythiques), laissant de nombreux clients potentiels sur le carreau… Dont un certain Carmine Coppola et son fils. Une histoire qui frappa dès son enfance le futur cinéaste, qui d’ailleurs tenta au cours des années 70 d’en extraire une version comédie musicale. Mais cette histoire de David contre Goliath fait encore plus échos à sa propre existence après que ses rêves d’indépendance et de création d’un nouveau modèle industriel se soit brutalement heurté à l’échec commercial retentissant de Coup de cœur, plaçant sa société American Zootrope en faillite.
Un moteur qui bat
Le parallèle entre l’imaginaire des deux hommes, l’importance considérable de la famille dans leur vie, leur besoin de repousser les limites et de remettre constamment en jeu leur équilibre financier est bien évidemment aussi évident que totalement volontaire. Il est ici bien moins question de voitures que de la fin d’une certaine promesse américaine, celle des audacieux, que Coppola montre martyrisée par le système depuis la fin de l’âge d’or des années 50. Aidé par le bon camarade George Lucas qui, via sa firme Lucasfilms, fit office de producteur (mais aussi de monteur occasionnel), l’auteur d’Apocalypse Now ne fait cependant pas de son film un acte vengeur, mais une déclaration d’amour à ces doux rêveurs, se laissant constamment emporter par l’énergie du personnage qui fait fi de toutes les embuches, que ce soit son amateurisme premier jusqu’à un procès malhonnête auquel il résistera tant bien que mal, en passant par les nombreux soucis techniques et médiatique qu’il devra contourner avec ses associés. Le visage lumineux et charmeur de Jeff Bridges véhicule idéalement cet enthousiasme communicatif qui semble même conditionner la mise en scène elle-même. Toujours habité par les racines musicales premières et une énergie débordante, Tucker : L’Homme et son rêve reflète directement la grammaire et les astuces de mises en scènes des films des années 50 (les split-screen se font en direct et non par montage), mais aussi l’idéalisme des bandes commerciales de l’époque, fiction et esprit publicitaire semblant constamment se mêler ici. Le film est dès lors véritablement perçu par les yeux de Tucker, rythmé par ses propres excès, collés à ses mouvements incessants, baigné dans la lumière dorée d’une aube nouvelle tant espérée.
Coppola croit encore et toujours à ce rêve-là, et à la possibilité d’un cinéma nouveau, spectaculaire et personnel. Tucker sera à nouveau un échec commercial… mais cela ne l’empêcha pas de signer 30 ans plus tard un Megalopolis plus fou encore et qui y fait directement échos.
Image
Invisible en vidéo en France depuis des lustres (il faut remonter à la VHS tout de même !) Tucker nous revient ici dans sa dernière restauration 4K produite, comme la plupart des autres films de Coppola distribués par Pathé, par les équipes de Zootropes. L’assurance d’un travail bien fait avec en particulier une copie HD de toute beauté, très propre, stable, précise et qui surtout redonne toute sa chaleur à la superbe photographie de Vittorio Storaro. Petite première mondiale, l’édition propose aussi une copie UHD inédite et… un peu étrange. Si forcément les cadres gagnent encore en précision et en profondeur, la palette de couleurs semble légèrement plus éteinte et plus terne que celle présentée sur le simple Bluray.
Son
La version originale est disposée dans sa stéréo classique, développée ici en DTS HD Master Audio, avec un rendu frontal, clair et équilibré. L’édition propose aussi un mixage DTS HD Master Audio 5.1 plus large et dynamique, s’efforçant d’accompagner plus volontairement une caméra des plus volatile. Un rendu plus ample et plus souple, mais pas toujours des plus décoiffants et avec un niveau sonore légèrement à la baisse.
Le doublage français d’époque, très sympa, reste, lui, dans sa stéréo initiale, en DTS HD Master Audio, pour un résultat assez sobre mais efficace.
Interactivité
Pas aussi développée que pour Apocalypse Now ou The Outsiders, l’édition de Tucker souffre sans doute toujours un peu de sa petite confidentialité. On trouve cependant sur le disque Bluray (l’UHD ne contient que le film) quelques suppléments assez intéressants avec une courte présentation du film par Coppola devant sa propre Tucker, un sujet façon making of qui éclaire surtout la collaboration très amicale entre le cinéaste et George Lucas et une authentique vidéo promotionnelle sur le véritable Tucker commenté par Coppola et qui lui a manifestement servi d’inspiration pour le ton et l’esthétique de son film. Les amateurs pourront aussi apprécier une scène coupée amusante au format VHS et surtout redécouvrir l’intégralité du film avec son créateur dans un commentaire audio, comme souvent avec le bonhomme, particulièrement complet et instructif.
Liste des bonus
Commentaire audio de Francis F. Coppola, Introduction de Francis F. Coppola (3’), Scène coupée : The Stove (4’), « Under the Hood: Making Tucker » (10’), « Tucker: The Man and the Car » : Film promotionnel de 1948 (15’).







