TRIPLE CROSS

Royaume-Uni, France – 1966
Support : Bluray
Genre : Guerre
Réalisateur : Terence Young
Acteurs : Christopher Plummer, Romy Schneider, Gert Fröbe, Yul Brynner, Claudine Auger, Trevor Howard…
Musique : Georges Garvarentz
Durée : 140 minutes
Image : 1.66 16/9
Son : Français & Anglais DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Editeur : ESC Editions
Date de sortie : 3 février 2021
LE PITCH
Le périple d’Eddie Chapman, perceur de coffres arrêté en 1939, capturé et enrôlé dans les services secrets de l’Allemagne nazie en 1940 puis retourné contre l’ennemi par la Grande Bretagne contre la promesse d’une amnistie, …
Chapman, Eddie Chapman
Libéré de la franchise James Bond après le succès d’Opération Tonnerre en 1965, le réalisateur Terence Young replonge dans l’espionnage l’année suivante en portant à l’écran les exploits d’un autre agent secret britannique, authentique celui-ci et nettement moins patriotique que 007.
Comme ce fut le cas pour ses illustres collègues Guy Hamilton, Peter Hunt, Lewis Gilbert et John Glen, la filmographie de Terence Young est à ce point vampirisée par l’ombre de James Bond que l’on a malheureusement tendance à oublier ses autres faits d’armes. Dr No et l’émergence d’un mythe, Bons baisers de Russie et l’influence d’Hitchcock, Opération Tonnerre et son modèle de blockbuster pop de la décennie 60’s. Le reste ? Les cinéphiles amateurs citeront encore Soleil Rouge, western attachant (et trop rare) où se croisent en haut de l’affiche les seigneurs Charles Bronson, Toshiro Mifune et Alain Delon. Qui dit mieux ? Peut-être Jean-Baptiste Thoret et sa collection Make My Day !, nous donnant l’occasion de (re)découvrir en 2019 l’amusant Cold Sweat, polar azuréen avec – encore – Charles Bronson. Mais le véritable joyau de la carrière du cinéaste anglais se nomme Triple Cross, l’odyssée amorale d’un brigand devenu agent double en pleine Seconde Guerre Mondiale. Repoussant le modèle qu’il avait pourtant contribué à mettre en place pour Eon, Young met son savoir-faire au service d’une histoire vraie embrassant toute une période (plutôt qu’une simple mission) et où la longue partie d’échecs que fut la Guerre Froide se profilent déjà à l’horizon. On pourrait presque dire de Triple Cross qu’il explore là l’une des sources d’inspiration de Ian Fleming (lui-même membre des services secrets britanniques durant la guerre, rappelons-le) dans la création de 007. Personnage peu recommandable et au parcours on ne peut plus erratique et rocambolesque, Eddie Chapman s’est vendu au plus offrant pour satisfaire son amour des belles femmes et du luxe tout en ayant eu le bon sens de rejoindre le bon camp, sentant le vent tourner en faveur des Alliés. Un proto-James Bond (avec les gadgets) donc mais ne servant que ses propres intérêts.
Les nuits avec mon ennemi
Ayant réellement connu et côtoyé Eddie Chapman, Terence Young était tout désigné pour porter ses aventures à l’écran. Malin, le cinéaste n’hésite pas à employer des acteurs connus pour avoir participé à la saga Bond. On retrouve ainsi Gert Fröbe, inoubliable Auric Goldfinger, dans la peau d’un officier allemand débonnaire, et Claudine Auger, la Domino d’Opération Tonnerre, dans celle d’une résistante française. Quant au score de George Garvarentz, le musicien de Charles Aznavour, on y retrouve par instants les cuivres chers à John Barry et jusqu’à une chanson carrément bondienne, mais placée au générique de fin plutôt qu’en ouverture. Des clins d’œil qui enrichissent un film naviguant sans cesse entre la fantaisie, l’ironie et une vision de la Seconde Guerre Mondiale qui ne s’embarrassent d’aucun stéréotype manichéen. Car la démarche de Young est proche de celle qu’adoptera Verhoeven dans Soldier of Orange et Black Book, avec un style tout aussi direct et énergique, sans fioritures. Amené à fréquenter gradés nazis et autres collaborateurs, Chapman noue avec ces derniers des relations ambiguës et notamment avec la comtesse jouée par Romy Schneider et l’aristocrate suspicieux auquel Yul Brynner prête ses traits et son charisme. Ce dernier s’offre même l’une des scènes les plus émouvantes du film lorsqu’il finit abattu par son propre camp. Quant aux anglais, ils n’ont pas toujours le beau rôle, Young épinglant le cynisme froid de la machine de guerre de Churchill avec une certaine lucidité.
C’est à feu Christopher Plummer qu’incombe la lourde tâche d’incarner Eddie Chapman. Bien aidé par un script qui gomme tout de même les aspects les moins reluisants du personnage et par la mise en scène expérimenté de Young, l’acteur canadien joue de son charme avec une intelligence de grand félin et prouve là qu’il avait les épaules pour incarner 007, dans un registre de jeu très proche d’un Timothy Dalton ou d’un Rutger Hauer.
Si l’on peut tout au plus reprocher à Triple Cross de ne pas creuser davantage ses personnages féminins (Romy et Claudine font un peu plantes vertes) et de jouer de l’ellipse un peu trop souvent, impossible de faire la fine bouche devant un spectacle aussi enlevé et brillant.
Image
Probablement issu d’une copie de copie, le master présenté ici est plus que discutable. Les couleurs sont ternes, la définition est à peine meilleure que celle d’un DVD, les scènes de nuit sont très inégales et la pellicule est abîmée. Un constat qui s’aggrave lorsque l’on constate un bruit vidéo parfois important et qui donne à l’ensemble une texture numérique pas très élégante.
Son
Il n’y a guère à se plaindre de mixages propres et sans bavures mais aussi sans le moindre relief ou tonus. On notera quelques micro-décalages sur la piste originale et une légère saturation lors du générique de fin.
Interactivité
Noeud papillon et débit de professeur d’université n’empêchent pas la bonne humeur de l’analyse proposée par Frédéric Albert Levy, incollable sur le cinéma et la littérature d’espionnage, et dont les informations raviront autant les connaisseurs que les débutants. Un bel exemple de bonus didactique. Et c’est un énorme avantage sur l’édition allemande de 2016, dépourvue du moindre supplément.
Liste des bonus
Entretien avec Frédéric Albert Levy.