THE WORLD OF KANAKO

渇き。- Japon – 2014
Support : Bluray & DVD
Genre : Drame, Policier
Réalisateur : Tetsuya Nakashima
Acteurs : Koji Yakusho, Nana Komatsu, Satoshi Tsumabuki, Hiroya Shimizu, Fumi Nikaido, Ai Hashimoto…
Musique : Grand Funk Inc.
Image : 2.39 16/9
Son : Japonais DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 119 minutes
Editeur : Spectrum Films
Date de sortie : 18 décembre 2020
LE PITCH
Fujishima, ancien flic violent et alcoolique, a perdu son job et sa famille le jour où il a tabassé l’amant de sa femme. Poussé au divorce et devenu depuis agent de sécurité, il est sous médocs pour tenter de calmer ses pulsions. Il n’a plus vu sa famille depuis plusieurs années jusqu’au jour où son ex-femme l’appelle en lui disant que leur fille Kanako, désormais au lycée, a disparu depuis quelques jours. Fujishima découvre vite que sa fille, qui pourrait presque passer pour un ange à première vue, cache en fait une face beaucoup plus sombre…
Bad Lieutenant
Transposition au grand écran d’un roman d’Akio Fukamachi, The World of Kanako est un pur shoot d’adrénaline, une frénésie d’images et de sons basés sur une intrigue de thriller qui aurait lâché les chevaux sans tenir compte des règles de bienséance. Tetsuya Nakashima, réalisateur de Memories of Matsuko et Confessions, cosigne le scénario de cette œuvre… autre.
On ne s’avance pas trop en avançant que The World of Kanako ne plaira pas à tout le monde. La bête ne se laisse pas dompter facilement et pourra laisser pas mal de spectateurs sur le côté. La raison est simple : le parti-pris du réalisateur est de présenter l’enquête de cet ancien flic à la recherche de sa fille disparue, en mode trip sous acide, plongeant le spectateur dans un maelstrom de visions, de sentiments et de sensations. C’est une frénésie d’images saturées de couleurs, de musiques et sons agressifs, montées à la hache bien aiguisée qui sont balancées, apte à pénétrer sans anesthésie le cortex cérébral du spectateur. Un ride sensitif introduit dès l’entame du film avec un long pré-générique monté comme une bande-annonce très tarantinesque dans l’esprit, favorisant les ellipses et le rythme syncopé comme sacerdoce. Une mise en bouche de ce que sera une grande partie des deux heures de film. Aussi agressif, violent, parfois vulgaire qu’il soit, The World of Kanako tend paradoxalement à faire rentrer dans l’intimité d’une adolescente à première vue bien sous tous rapports, mais aux secrets un peu plus déviants qu’il n’y paraît. Laura Palmer’s style… Des fêtes débridées et braillardes aux shoots de cocaïne, en passant par quelques scènes d’agression sexuelle explicites, The World of Kanako ne recule devant aucune outrance pour alimenter sa fuite en avant effrénée. Le personnage du flic, assez incroyablement incarné par l’excellent Kōji Yakusho (comédien fétiche de Kiyoshi Kurosawa, vu notamment dans Cure et Charisma), est en lui-même un concentré de déviances, une bombe à retardement menaçant perpétuellement d’exploser. Dans sa croisade pour retrouver une fille qu’il a pourtant abandonnée, il fracasse tout sur son passage, frappe les femmes comme des punching-balls, dessoude du malfrat sans distinction, obsédé par sa quête de vérité.
Transgressif “à la cool”
Cherchant à explorer des sentiments et sensations au forceps, en privilégiant l’hystérie de ton mais aussi formelle, Tetsuya Nakashima accouche d’une monstruosité filmique par le biais d’un dispositif qui évoque un esthétisme proche du cinéma de Tony Scott, avec quelques envolées vaporeuses à la Sofia Coppola (association audacieuse) qui n’évite pas la surenchère et le too much. Certaines séquences répétitives alourdissent le film par leur longueur démesurée, de même, la présence de plans en animation un peu gratuits ajoute à un cahier des charges un peu trop foutraque et sans grande cohérence. Le film éructe, braille, hurle autant sur la bande-son que dans sa fougue visuelle. Il dérive par instants vers le comic-book, (le générique) dans des scènes volontairement ultra gores et trash (la confrontation sur le parking), et hésite en permanence entre cinéma “à la cool” et proposition transgressive où le viol, l’inceste, l’agression physique et le lynchage d’adolescents sont des activités quotidiennes. Un cul entre deux chaises qui finit par desservir le film, même s’il tend à s’apaiser dans un long épilogue évoquant une rédemption immaculée à la Fargo des frères Coen. Le portrait d’adolescente qui cache bien son jeu esquissé ici, aussi bien incarné qu’il soit par la jeune comédienne Nana Komatsu, reste malgré tout marqué par des contours un peu trop évidents et assez peu originaux dans le traitement.
Film gentiment méchant (ou méchamment gentil, c’est selon), The World of Kanako est aussi peu agréable à suivre que finalement assez inoffensif et puéril dans son discours. La marque d’une œuvre un peu trop consciente de son statut de vilain petit canard transgressif pour être complètement honnête. En comparaison des œuvres elles aussi méchamment mal élevées de Sono Sion et Takashi Miike, le film de Tetsuya Nakashima donne le sentiment de vouloir imiter ses modèles sans réellement parvenir à s’extirper de son statut de bande déridée et outrancière un peu gratuite et puérile…
Image
Cette édition HD de The World of Kanako ne perd jamais de vue la frénésie visuelle du film de Tetsuya Nakashima et se sort très bien des partis-pris variés du film. Images sombres ou ultra flashys, tout est pourtant d’une stabilité infaillible, proposant des contrastes et une définition assez remarquable, alors que les images s’enchaînent dans un maelstrom esthétique complexe pour une restitution digne de ce nom. Pas un mince exploit.
Son
Musique et ambiance sonore sont particulièrement boostées dans cette édition, qui offre un bon gros son à la répartition particulièrement appréciable. Les dialogues sont un soupçon en retrait mais rien de pénalisant pour autant. L’immersion sonore étant un élément majeur du film, cette édition est une belle réussite sur le plan technique.
Interactivité
La section bonus est plutôt fournie, avec la présence de deux entretiens, à commencer par celui de l’auteur du roman, Akio Fukamachi, qui semble conquis par l’adaptation cinématographique. Plus intéressante, l’interview de la jeune comédienne Nana Komatsu, dont c’était le premier rôle à l’écran. Au sein d’un dispositif particulier dans lequel la caméra suit la jeune femme dans différents lieux, celle-ci se livre avec beaucoup de franchise sur son expérience sur le tournage, ses appréhensions et ses doutes. Rafraîchissant.
L’intervention du journaliste spécialiste du cinéma asiatique Stéphane Du Mesnildot, souvent passionnant, s’avère ici plutôt anecdotique.
Enfin, un long making-of présentant des instantanés du tournage révèlent des moments volés souvent très intéressants, on y voit notamment les comédiens et le réalisateur en plein travail. Efficace.
Liste des bonus
Interview de Akio Fukamachi, auteur du manga (8’) ; Présentation du film par Stéphane Du Mesnildot (6’) ; Making of (31’) ; Interviews sur le tournage (42’) ; Bande-annonce.