THE UGLY STEPSISTER

Den stygge stesøsteren – Norvège, Danemark, Roumanie, Pologne, Suède – 2025
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Horreur
Réalisateur : Emilie Blichfeldt
Acteurs : Lea Myren, Thea Sofie Loch Naess, Ane Dahl Torp, Flo Fagerli, Isac Calmroth, Malte Gardinger…
Musique : John Erik Kaada, Vilde Tuv
Image : 1.66 16/9
Son : Norvégien et Français DTS Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 109 minutes
Editeur : ESC Films
Date de sortie : 5 novembre 2025
LE PITCH
Dans un royaume où la beauté règne en maître, la jeune Elvira doit faire face à une redoutable concurrence pour espérer conquérir le cœur du prince. Parmi les nombreuses prétendantes, se trouve notamment sa demi-sœur, à l’insolente beauté. Pour parvenir à ses fins dans cette impitoyable course au physique parfait, Elvira devra recourir aux méthodes les plus extrêmes…
« Cendrillon, pour ses 20 ans… »
Le cinéma dît Body Horror revient en force, et en ces temps de féminisme retrouvé ce sont des réalisatrices qui y apposent leur marque. Après les frenchy Titane (Julia Ducournau) et The Substance (Coralie Fargeat), et pourquoi pas le néozélandais Grafted (Sasha Rainbow), c’est du côté de la Norvège qu’il faut se tourner pour découvrir une relecture sombre et vache du gentillet conte de Cendrillon.
Mais comme l’annonce le titre ce n’est pas à la jolie blondinette, charmante et gracieuse, à laquelle le film s’intéresse mais plutôt à l’une de ses belle-sœurs, Elvira, dite « la moche » alors que la pauvre ne doit souffrir en définitive que d’un appareil dentaire disgracieux. Un personnage que les multiples adaptations du mythique conte, plus version Perrault en général que Grimm, ont toujours dépeint avec cruauté, l’affligeant de tares physiques et morales venant contraster avec l’innocence docile de l’héroïne. Pourtant, ici, elle aussi est une rêveuse qui espère rencontrer le prince charmant, et cette concurrence qui va naitre entre les deux adolescentes n’est finalement construite que par la méchanceté, l’égoïsme mais aussi l’instrumentalisation par une belle-mère qui embrasse totalement les carcans de la société aristocrate de son époque. Afin de réparer un mariage qui finalement n’aura apporté que ruine et déception, la pauvre Elvira doit dès lors séduire coûte que coûte le prince du royaume (pas bien charmant à l’intérieur d’ailleurs), où un autre prétendant tout aussi riche, quitte à se transformer intégralement pour entrer dans le moule de la beauté standardisée.
Un bon coup de baguette magique… dans les dents
Des prémices brutales et sadiques de la chirurgie esthétique (sous le regard fasciné d’une marâtre qui en devient terrifiante) à l’ingestion d’un œuf de vert solitaire pour maitriser son poids jusqu’à une découpe artisanale des orteils afin de faire entrer ses pieds dans la fameuse pantoufle, Elvira ne s’épargnera décidément rien pour être la plus belle ce soir ! Et la réalisatrice Emilie Blichfeldt prend même un malin plaisir à jouer avec les nerfs des spectateurs en scrutant des images anatomiques gores à souhait, à jouer ses des bruitages viscéraux et dérangeants ou à trancher avec l’élégance de la reconstitution (entre réalisme et pastelle à la Disney) par des inserts sexuels d’une crudité que n’aurait pas renié Walerian Borowczyk (Contes immoraux). The Ugly Stepsister pervertit admirablement l’histoire mille fois rabâchée se donnant une esthétique extrêmement fignolée, légèrement laiteuse, surannée, impressionnante par cette lumière fastueuse à la Barry Lyndon, pour mieux en révéler toute l’horrible crudité, de la monstruosité subie par protagoniste à celle systémique d’une société où la femme n’est qu’un morceau de chair à vendre, à afficher et à échanger. Tandis que le cadavre du père de la futur heureuse princesse n’a de cesse de pourrir, délaissé dans une pièce oubliée de la sombre demeure, faisant même glisser le film vers le fantastique morbide à la Fulci, la réalisatrice offre un regard résolument moderne à ce Cendrillon en multipliant les parallèles avec le monde contemporain. Une perspective permise par des musiques électroniques étrangement joyeuses, par un montage percutant, par des excès de fureurs et une véracité qui vrille vers le misérabilisme, mais aussi avant tout par un simple glissement du point de vue.
Débarrassé de sa bonne et gentille morale, le conte devient la terrible et tragique histoire de The Ugly Stepsister, adolescente parmi d’autres, persuadée d’être moche, grosse et disgracieuse à coté d’une Cendrillon qui n’avait rien demandé. Un premier long métrage qui a tout d’une grande réussite.
Image
Tourné en numérique via des caméra Arri Alexa 35 mais déjà tempéré par divers procédés techniques (objectifs, filtres…) quettant les textures et les argentiques de la pellicule, The Ugly Stepsister affirme son originalité esthétique grâce à un superbe transfert 4K. Les effets vaporeux, les matières et les nombreuses scènes sombres et opaques sont maintenues et même magnifiées grâce à une définition particulièrement impressionnante et un souci du détail omniprésent. Décors, costumes, imperfections de la peau (et autres) sont omniprésents, délivrés avec un relief constant et minutieux, pointu. Les traitement HDR10 / Dolby Vision appuie considérablement sur la rugosité des éléments, approfondit les noirs sans les boucher et surtout explore une photographie rococo morbide plus belle que jamais.
Son
Deux pistes solidement immersives. Et si on regrette un peu forcément l’absence de Dolby Atmos, le DTS HD Master Audio 5.1 exploite à merveille les ambiances tour à tour étouffées et oppressantes et les grandes ouvertures du bal ou les rares évasions dans la nature. Les dialogues sont toujours clairs et équilibrés, les pulsions de la musique imposent régulièrement leur propre énergie, mais se sont les bruitages malaisants, brutaux et les divers gargouillis d’un estomac à l’agonie qui s’imprègnent le plus durablement dans l’espace sonore.
Interactivité
Doté d’un très joli packaging avec sur jaquette comme un livre de collection, The Ugly Stepsister propose quelques bonus très intéressants. La rencontre avec la réalisatrice tout d’abord, très loquace et enthousiaste, qui revient sur la naissance de l’idée du film, son développement, ses différentes inspirations (Cronenberg, Argento…), sa volonté de perturber l’image du conte initial et sa vision des effets gores, tout en soulignant son envie de garder un film relativement accessible. Thèmes et réflexions féministes sont bien entendu aussi présent et soulignés avec toujours beaucoup d’humour. On retrouve d’ailleurs tout cela tout aussi présent dans les deux courts métrages plus anciens d’Emilie Blichfeldt : How Do You Like My Hair ?, quasi-documentaire sur une jeune femme qui décide de ne plus se raser les poils, et Saras intime betroelser, portrait doux-amer d’une autre qui peine à accepter son corps et se sentir à l’aise avec sa sexualité. L’humour y est toujours présent et les petites expérimentations sur la forme sont souvent très réussies.
L’édition comprend aussi une unique scène coupée autour d’une impressionnante prestation au piano de Elvira effectuée juste avant le décès du père, une courte pastille promotionnelle sans grand intérêt et une galerie des diverses affiches envisagées.
Liste des bonus
Un livret 52 pages, Commentaire audio de Emilie Blichfeldt et Marcel Zyskind (chef-opérateur), Entretien avec Emilie Blichfeldt (32’), Scène coupée (3’), Courts métrages de Emilie Blichfeldt : « How Do You Like My Hair? » (2013, 11’) et « Sara’s Intimate Confessions » (« Saras intime betroelser », 2018, 22’), Featurettes promotionnelles (2’), Galerie de projets d’affiche, Bande-annonce.







