THE SAVIOUR

Hong-Kong – 1980
Support : Bluray & DVD
Genre : Policier,
Réalisateur : Ronny Yu
Acteurs : Ying Bai, Gigi Suk Yee Wong, Kent Cheng, Feng Tien…
Musique : Teddy Robin Kwan
Durée : 82 minutes
Image : 1.77 16/9
Son : Cantonnais et français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Editeur : Spectrum Films
Date de sortie : 07 mai 2020
LE PITCH
L’inspecteur Tong et son nouveau partenaire Cheng enquêtent sur un tueur en série psychopathe qui a violé et assassiné des prostituées.
Cops and killers
Véritablement découvert en occident avec l’esthétisant et baroque Jiang Hu, Ronny Yu s’est construit une image de cinéaste léché et maniériste. Retour aux origines avec Saviour, sa première réalisation solo, qui rappelle qu’il était avant tout l’un des précurseurs de la nouvelle vague HK.
Loin d’être aussi réputé que nombre de ses camarades de l’époque (parmi lesquels Tsui Hark, Ann Hui, Kirk Wong, Alex Cheung…) Ronny Yu souffre finalement dans sa représentation d’une filmographie des plus éclectiques et de, malgré son passage américain populaire, d’une image d’artisan presque modeste, ne mettant jamais sa figure d’auteur en avant. On le connaît surtout fantaisiste forcené (Jiang-Hu, La Fiancée de Chucky…), styliste léché (l’impressionnant Le Maitre d’armes), voir amuseur déconnant (Le Messager de guerre, SOS Maison hantée, Le 51e état), on le retrouve pourtant à ses tout débuts parmi les précurseurs d’une nouvelle approche du cinéma chinois. Après un premier polar, The Servants, à la fabrication plutôt collective, il rempile en solo en 1980 pour ce The Saviour produit ni plus ni moins que par le fameux Teddy Robin Kwan, déjà derrière un certains Cops and Robbers sorti l’année précédente. Une même volonté anime d’ailleurs les deux films d’approcher le genre policier par un réalisme plus frontal, une image rugueuse et sèche, où l’ancienne vision ultra positive des forces de l’ordre laisse place à des enjeux beaucoup plus violents, scabreux voir nihilistes.
Expiation
Là où le film d’Alex Cheung jouait sur un glissement de terrain progressif, celui de Ronny Yu croise d’emblée les deux angles. D’un côté des atmosphères lumineuses et mélodramatiques pour illustrer la vie personnelle de l’inspecteur Tong, parrain d’un gosse qu’il espère pouvoir adopter, ou se rapprochant d’une très jolie témoin, de l’autre un quotidien de flic présenté comme brutal, violent et scabreux, plongé dans des ténèbres plus qu’inquiétantes. Un polar aux racines ancrées dans les 70’s mais entrant déjà de plein pied dans la décennie à venir, marquant sa stylisation par une photographie flirtant avec les néons et le béton cauchemardesque, le tout accompagné d’une BO pop concocté par, forcément, Teddy Robin Kwan. Un petit quelque-chose de Michael Mann en devenir, et en particulier du fascinant Manhunter dont on retrouve, de manière précoce donc, la traque presque intime d’un flic à fleur de peau sur les traces d’un serial killer aussi flippant que fragile, torturé et pathétique. Un thème particulièrement étonnant pour un thriller chinois de l’époque, voir même excessivement original, qui marque là aussi très bien l’influence indéniable qu’a pu avoir le cinéma occidental sur Ronny Yu : William Friedkin ou Hitchcock en particulier, mais aussi le giallo italien dont on retrouve ici la fascination subjective pour les meurtres à l’arme blanche, les victimes dénudées et les visages figés dans la douleur. Un monde où la femme est essentiellement réduite à un objet sexuel et donc une victime potentielle.
Une proposition unique dans le cinéma chinois d’alors, choquant pour beaucoup sans doute et qui a clairement participé à changer le visage du polar HK, à le faire entrer dans une modernité, aussi douloureuse soit elle.
Image
Distribué un temps en France sous la forme d’une VHS pâlotte et baveuse sous le titre La Justice d’un flic, The Saviour saute les étapes et revient en Bluray. Belle initiative de Spectrum qui comme souvent avec les films chinois de cette période a dû forcément batailler pour obtenir une copie exploitable. Gain évident, la colorimétrie générale qui permet de redorer le blason d’une photographie tour à tour lumineuse (la vie personnelle du flic) et crépusculaire (son boulot), tout en préservant une certaine masse de grain pellicule, parfois tiraillée entre un réducteur de bruit trop visible et du bruit vidéo. Loin d’être parfait, mais jamais vraiment désagréable, la présentation en 1080HD 50i amoindrit forcément les capacités de la définition, mais on doute sérieusement de pouvoir découvrir une meilleure copie dans un avenir proche.
Son
Sans grande surprise, malgré un DTS HD Master Audio 2.0, les pistes originales accusent leur âge. Le doublage français, écrasé et plat, maniait encore l’occidentalisation outrancière des patronymes (la scène de classe est hilarante) et ce léger accent un peu déroutant pour rappeler que les héros sont asiatiques (et pas tout à fait comme nous manifestement). La version originale, beaucoup plus réaliste cela va sans dire est souvent marquée par les effets de saturations et les chuintements habituels.
Interactivité
Sorti peu de temps seulement après Jiang-Hu, The Saviour se présente sous la forme d’une édition beaucoup plus légère, composée uniquement des rendez-vous habituels de l’éditeur. A commencer par la présentation éclairante d’Arnaud Lanuque (il faudrait penser à la proposer en option avant le lancement du film) qui replace efficacement le métrage dans cette fameuse nouvelle vague HK. Suivent une émission spéciale du podcast de Stéroïdes et une longue évocation de la carrière de Ronny Yu par un Julien Sévéon qui ne tarit pas d’éloge sur sa filmographie. Quitte parfois un perdre un peu de crédibilité sur certains opus (Freddy Vs Jason qui aurait sauvé les deux licences… outch).
Liste des bonus
Présentation du film par Arnaud Lanuque historien du cinéma, La Nouvelle Vague hongkongaise, Ronny Yu par Julien Sévéon, Steroids le Podcast par l’équipe de Capture Mag, Bande-annonce.