THE ROCKY HORROR PICTURE SHOW

Royaume-Uni, Etats-Unis – 1975
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Comédie musicale, Science-Fiction
Réalisateur : Jim Sharman
Acteurs : Tim Curry, Susan Sarandon, Barry Bostwick, Richard O’Brien, Patricia Quinn, Little Nell, Meatloaf, Charles Gray…
Musique : Richard Hartley, Richard O’Brien
Image : 1.66 16/9
Son : Anglais Dolby Atmos et Dolby Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français, Allemand, Espagnol, Italien…
Durée : 100 minutes
Éditeur : 20th Century Studios
Date de sortie : 29 octobre 2025
LE PITCH
Une nuit d’orage, la voiture de Janet et Brad, un couple coincé qui vient de se fiancer, tombe en panne. Obligés de se réfugier dans un mystérieux château, ils vont faire la rencontre de ses occupants pour le moins bizarres, qui se livrent à de bien étranges expériences.
“Give yourself over to absolute pleasure”
Si le terme « film culte » a été inventé c’est pour The Rocky Horror Picture Show. Une œuvre comme nulle autre, un four sévère lors d’une première sortie salle incomprise qui s’est transformée en véritable engouement lors de séances de minuits profitant d’un bout à oreille enthousiaste, transformant un délire queer et kitch à souhait en rendez-vous des amoureux du cinéma autre dans des salles de quartier qui ne désemplissent jamais (le film se joue encore et toujours en mode « interactif »). Si vous n’avez jamais sauté le pas, il est grand temps !
Jeune acteur habitué au petites scènes londoniennes, Richard O’Brien n’avait certainement pas imaginé que ses petites chansons entonnées lors de quelques moments solitaires, combinant autant ses multiples références du cinéma de SF d’autrefois et l’explosion de la liberté sexuelle (nous sommes au début des années 70) allaient finalement connaitre ce destin. Sous l’impulsion du copain Jim Sharman, réalisateur d’origine australienne, le concept devient une comédie musicale bricolée, presque improvisée au départ même, qui connut rapidement un certain écho auprès de la jeunesse locale et en particulier de la population homosexuelle. Il faut dire que la personnalité frappante et étrangement sexy de ce professeur Frankenstein venu de l’espace se trimbalant constamment en porte-jarretelle et faisant du gringue à tout ce qui passe, a de quoi affoler les hétéros les plus récalcitrants, et le spectacle valorise constamment dans son délire ultra-référentiel et parodique une différence assumée, une liberté d’exploration et de pratiques avec un ton joyeux particulièrement désarmant. Que s’est-il passé dans la tête de l’un des producteurs de la 20th Century Fox pour s’imaginer transformer tout cela en production cinématographique ? On est quand même loin d’Un Violon sur le toit !
« Don’t dream it. Be it ! »
Peu importe puisqu’après une tentative vite abandonnée d’adaptation luxueuse à grand frais avec d’authentiques stars du rock, la coproduction américano-britannique se soldera surtout par l’arrivée dans le casting de Barry Bostwick (futur maire de Sin City) et une craquante Susan Sarandon en Brad et Janet, couple normatif et cul-cul la praline, et le vétéran Charles Gray (Blofeld dans Les Diamants sont éternels) en narrateur au sérieux imperturbable. Bonne pioche ! L’essentiel de la troupe reste bien présente avec Nell Campbell (Columbia), Patricia Quinn (Magenta), le compositeur Richard O’Brien en valet pervers nommé Riff Raff et surtout l’inénarrable Tim Curry (futur clown dans ça, truand dans Annie ou démon dans Legend) qui emporte tout sur son passage dans les tenues légères de Frank-N-Furter, multipliant les regards lubriques eet les déhanchés hasardeux. Tourné dans les studios de Bray et en particulier dans la vieille demeure gothique qui servait de pied-à-terre à la maison Hammer, la version cinéma toujours mise en scène par Jim Sherman pousse sans doute encore plus loin sa logique décalée en s’inscrivant dans une longue tradition de récits d’horreur, de séries B paranoïaques et de films de monstres. Il emmène le tout sur un territoire où les non-dits d’autrefois, les sous-entendus délicats et les métaphores freudiennes pas toujours assumées éclatent à chaque morceau de danse, et où ces honorables classiques (King Kong, Tarantula, L’Homme invisible, Frankenstein, Dracula…) sont tour à tour gentiment moqués et généreusement célébrés comme la source d’un imaginaire fébrile, salvateur et camp. Bien enfoncé en talon aiguille dans son époque, The Rocky Horror Picture Show est un opéra rock décadent et libertaire souvent grivois, parfois touchant, hilarant, réjouissant où l’esthétique Glam Rock trouve un nouveau niveau d’ambiguïté sexuelle entre deux mouvements de madison, un flot de paillettes et l’orgie loufoque.
Au-delà de sa solidité plastique pop et rococo, de son utilisation inspirée des décors, ses détournements des codes de la comédie musicale et son montage très comics, The Rocky Horror Picture Show se déguste comme une expérience où il ne s’agit pas vraiment de regarder véritablement le film, mais plutôt d’y plonger avec entrain. L’objet se revisionne à l’envie et n’est jamais aussi galvanisant qu’en reprenant en cœur, et en bande, toutes ces chansons inoubliables, mimant les chorégraphies suggestives avec une bonne couche de maquillage tape-à-l’œil pour faire bonne mesure. Le Rocky on ne l’aime pas, on lui voue un culte.
Image
Datant déjà de presque 15 ans le premier Bluray du film a aujourd’hui encore de très beaux restes. Mais cette nouvelle restauration 4K, même si les informations sur son procédé sont peu claires, montre un nouveau pallier dans le rajeunissement du film. Comme toujours quelques plans de transition et fondus se montrent plus doux et plus marqués par le temps, mais le reste du film est d’une propreté vraiment surprenante, permettant surtout au métrage de perdre ses vieux accents fauchés pour affirmer pleinement sa photographie éclatante (les rouges et les violets ne sont jamais été aussi riches et variés), des noirs forts et profonds, un grain de pellicule d’une belle finesse et le retour inespéré des argentiques. L’image est vraiment superbe, profitant d’une définition ciselée et de traitement HDR10 et Dolby Vision qui éprouve plus encore la moindre qualité. Quelques petits remaniements aux niveaux des teintes (plus de rose et des lumières plus froide que précédemment) pourront faire tiquer les plus pointilleux, mais ce n’est pas une raison pour bouder le résultat final.
Son
Si la version mono est toujours présente avec un petit Dolby Audio 2.0 très modeste mais tout à fait adéquate pour l’accompagner, l’éditeur poursuit sur la lancée de l’ancien DTS HD Master Audio 5.1 qui tentait de moderniser une source sonore extrêmement concentrée d’origine. Les petites distorsions ou effets trop artificiels ont été largement gommés sur cette nouvelle prestation Dolby Atmos, beaucoup plus fluide, souple et naturelle qui dispose désormais quelques ambiances étonnement enveloppantes comme l’écho de la salle d’expérimentation ou la petite foule du mariage, mais diffuse aussi les prestations musicales avec une dimension inédite. On y découvre quelques voix ou instruments que l’on devinait autrefois à peine. Déstabilisant mais certainement pas déplaisant.
Interactivité
La logique voudrait que d’années en années et d’éditions en éditions le matériel proposé par les éditeurs s’accroisse et se bonifie. Ce n’est malheureusement pas le cas ici avec une nouvelle sortie 4K / Bluray qui fait de curieux choix éditoriaux délaissant en cours de route une poignée de petits documents d’archives (comme une version alternative par-ci, un reportage par-là), retire l’option PiP du Bluray permettant de visionner le film avec les interactions d’un public déchainé ou réservant la version voulue par le réalisateur (avec une première partie en noir et blanc) uniquement au disque HD. Reste heureusement sur les deux disques les sous-titres du karaoké : indispensables même si on connait déjà les paroles par cœur !
Plus gênant les fun facts en pagailles sont uniquement disponibles en anglais, tout comme le commentaire audio, pourtant assez sympa, et les multiples documents vidéo (reportage d’époque, prises raté et making of rétrospectifs…) alors que tout cela était bel et bien disponible avec des sous-titres français en 2011. Incompréhensible.
Liste des bonus
« Rocky-oke » : Piste karaoké avec ou sans voix, « 50 ans et toujours vivant ! » : informations et anecdotes en cours de visionnage (VO), « Piste de rappel vintage (non classée) » : réplique à lancer pendant le film (VO), Commentaire audio de Richard O’Brien et Patricia Quinn (VO), Version alternative avec introduction en noir & blanc, Chanson supprimée : « One In A While » (3’, sous-titres anglais), 11 prises alternatives (10’, sous-titres anglais), Générique de fin alternatif (4’, sous-titres anglais), Coquille sur le générique (2’, sous-titres anglais), Le Phénomène Rocky Horror Picture Show (1995, 36’, sous-titres anglais), Clip : « The Time Warp » 15ème anniversaire, sortie en VHS (5’, sous-titres anglais), 10me anniversaire au Beacon Theater, New York (5’, sous-titres anglais), Bandes-annonces (3’, sous-titres anglais).







