THE PHOENICIAN SCHEME

États-Unis – 2025
Support : UHD 4K & Blu-ray
Genre : Comédie dramatique
Réalisateur : Wes Anderson
Acteurs : Benicio Del Toro, Mia Threapleton, Michael Cera, Tom Hanks, Bryan Cranston, Bill Murray…
Musique : Alexandre Desplat
Durée : 101 minutes
Image : 1.50 16/9
Son : Dolby Atmos Anglais, DTS HD Master Audio 5.1 Français & Espagnol
Sous-titres : Français, Anglais, Espagnol…
Editeur : Universal Pictures Home Entertainment
Date de sortie : 8 octobre 2025
LE PITCH
Riche homme d’affaires aux méthodes le plus souvent douteuses, Anatole « Zsa Zsa » Korda survit une fois encore à une tentative d’assassinat. Il décide alors de se rapprocher de sa fille Liesl, novice sur le point de devenir nonne, pour la préparer à devenir sa seule héritière et pour qu’elle l’assiste dans un projet pharaonique au Moyen-Orient. Dans l’ombre, un autre complot se dessine contre Korda et ses ambitions…
Et vogue le navire…
Plus proche que jamais de l’auto-parodie, Wes Anderson poursuit son petit bonhomme de chemin et dresse une fois encore le portrait d’un patriarche dysfonctionnel et de son entourage farfelu. Sans jamais vraiment quitter sa zone de confort et sans se départir d’un style désormais reconnaissable entre mille, le réalisateur de Grand Budapest Hotel sauve (un peu) la mise en livrant un film dont les aspirations révolutionnaires se révèlent tout à fait attachantes.
Le changement, ce n’est manifestement pas pour tout de suite. Bien calé dans son costume d’auteur « singulier », Wes Anderson déroule avec The Phoenician Scheme, son treizième long-métrage, un programme de moins en moins excitant. Outre un ensemble de fidèles devant (Bill Murray – cette fois-ci dans le rôle de Dieu ! – Willem Dafoe, Matthieu Amalric, F. Murray Abraham, Scarlett Johansson, etc, etc) comme derrière la caméra (le compositeur Alexandre Desplat, le co-scénariste Roman Coppola), Anderson recycle ses obsessions, ses thématiques et ses tics formels ad nauseam. Dans les faits, il est ainsi presque impossible de différencier The Phoenician Scheme de Grand Budapest Hotel, d’Asteroid City, de l’anthologie Netflix La Merveilleuse Histoire d’Henry Sugar ou des centaines de parodies générées par IA et visible sur Youtube. Pire encore, il devient surtout profondément difficile de s’émouvoir des relations père/fille entre les deux personnages principaux (pourtant campés par Benicio Del Toro et la très prometteuse Mia Threapleton, fille de Kate Winslet) ou de rire des nombreuses saillies d’humour absurde qui jalonne le métrage, la faute à une direction d’acteurs de plus en plus rigide, abstraite et décalée. Si les thématiques égrainées par The Phoenician Scheme sont à la fois familières et pertinentes, qu’il s’agisse de l’éclatement puis de la recomposition de la cellule familiale (Anderson en parlait déjà dans La Famille Tenenbaum ou dans The Darjeeling Limited), de l’excentricité aussi inquiétante que drôle et pathétique des grands et des puissants de ce monde (ou qui se croit l’être, tout du moins) ou d’une passion quasi-fétichiste pour les plans et les complots alambiqués, l’ensemble laisse cette fois-ci de marbre. Le style semble avoir bouffé la substance, pour de bon.
No pasaran !
S’il y a fort à parier que les fans de cadrages parfaitement symétriques en 1.33:1, de décors aux couleurs pastels, d’effets spéciaux à l’ancienne et de mouvements de caméra chorégraphiés avec un soin que l’on pourrait qualifier de mathématique, n’est t-il pas souhaitable de retenir de The Phoenician Scheme autre chose que des tics d’auteur de plus en plus hermétiques ? La réponse, fort heureusement, est oui.
En raison de son intrigue échevelée, à base d’espionnage old school et de relations amicales et familiales tentaculaires, The Phoenician Scheme semble forcer la comparaison avec Grand Budapest Hotel, agrémenté d’éléments de La Famille Tenenbaum et d’hommages plus ou moins discrets à Citizen Kane. Pourtant, les allers et retours dans l’au-delà du personnage de magnat farfelu et roublard joué par Del Toro, l’étrangeté du (faux) candide interprété par un Michael Cera en forme olympique et l’intrusion à mi-parcours d’une escouade de guérilleros communistes menés par Richard Ayoade vont peu à peu contaminer le récit pour le faire chavirer vers les sorties de route poétiques et anarchistes de La Vie Aquatique … peu ou prou le meilleur film de Wes Anderson à ce jour.
À sa façon, douce et amère, The Phoenician Scheme plaide en fin de parcours pour la chute des dogmes (religieux, financiers, politiques, familiaux) et pour un retour à l’authenticité. Anderson en aurait t-il donc marre de ses propres simulacres ? Autant que de la richesse la plus obscène, de la confiscation des beaux-arts et des mensonges d’état qui façonnent le monde dans lequel ses anti-héros évoluent ? Le plaisir et l’émotion (enfin!) sincère et manifeste qui encadre les dernières minutes ou un père et sa fille s’assied autour d’une table pour taper le carton dans le silence laissent certainement songeur. En dépit d’un générique de fin à la préciosité quelque peu ambiguë.
Mr Anderson, et si l’heure était venue de s’essayer à de nouvelles recettes ?
Image
La photo extrêmement soignée du français Bruno Delbonnel, fréquent collaborateur des frères Coen et de Tim Burton, est restituée dans toute son onctuosité par un master HDR de tout premier ordre. La colorimétrie est douce mais affirmée, la définition est pointue et la compression est particulièrement discrète. Du grand art, ni plus, ni moins.
Son
Robuste, la version française ne fait pas vraiment le poids face au Dolby Atmos du mixage original, lequel offre un surplus de présence et d’impact au score très percussif d’Alexandre Desplat ou encore à la myriade de bruits suspects lors de voyages en avion qui menacent à tout moment de dégénérer en attentats explosifs. Chirurgical !
Interactivité
Un peu frustrant, le making-of d’une quinzaine de minutes (et visible en 4 chapitres distincts) ne fait qu’effleurer la surface du processus créatif de Wes Anderson. Quelques brèves images de tournage ne suffisent pas à masquer la superficialité d’une featurette paresseuse.
Liste des bonus
Making-Of en 4 chapitres (15 minutes).






