THE MUSIC LOVERS

Royaume-Uni – 1971
Support : Bluray
Genre : Drame, Historique
Réalisateur : Ken Russell
Acteurs : Richard Chamberlain, Glenda Jackson, Max Adrian, Christopher Gable, Kenneth Colley, Izabella Telezynska …
Musique : André Previn
Image : 2.35 16/9
Son : DTS HD Master Audio 5.1 Anglais, DTS HD Master Audio 2.0 Anglais et Français Sous-titres : Français
Durée : 123 minutes
Éditeur : BQHL Editions
Date de sortie : 26 juin 2025
LE PITCH
Une biographie revisitée de la vie de Piotr Ilitch Tchaïkovski. Le compositeur, cédant à la pression sociale, épouse Antonina Milioukova mais reste hanté par son homosexualité.
« On pourrait vraiment devenir fou sans la musique »
A l’heure où les biopics pullulent, généralement plombés par un académisme laborieux ou une déférence embarrassante, il est bon de revenir (pour ça et plein d’autres raisons) au cinéma de Ken Russell et à ses portraits de grands compositeurs. Le premier, celui consacré à Tchaïkovski, reste une œuvre fascinante, libre, inventive et surtout… définitivement musicale.
Réalisateur de l’opéra rock Tommy des Who, du chef d’œuvre païen Les Diables ou du trip SF Au-delà du réel, Ken Russell est un cinéaste anglais dont l’œuvre et la vie ont constamment été habitués par la musique, classique en particulier. Si lui-même s’imagina longtemps danseur classique et qu’il estime que c’est justement la musique de Tchaïkovski qui le ramena à la vie lors d’un épisode tragique vécu durant son service militaire, il a rapidement mis en scène sa passion au sein de la série documentaire Monitor, où déjà ses expérimentations formelles firent sa renommée. Après un épisode quasi parodique du film d’espionnage avec Un Cerveau d’un milliard de dollars et surtout l’adaptation sulfureuse du Femmes amoureuses de D.H. Lawrence sous le titre Love, son troisième long métrage cinéma lui permet de revenir à ses premiers amours, et en l’occurrence son compositeur préféré Piotr Ilitch Tchaïkovski. Un projet de biopic donc mais qui très loin de l’illustration sage et policée se contentant de rejouer les grandes dates et œuvres majeurs de sa vie, s’articule autour de deux points : conter les amours torturés de l’homme et célébrer à chaque instant le pouvoir évocateur de sa musique. Le film s’ouvre ainsi d’emblée sur deux prestations musicales et cinématographiques aux élans tout à fait complémentaires. Le premier est une vaste célébration populaire où déjà tous les protagonistes semblent se croiser, plus ou moins enivrés par l’alcool et le rythme, et où les mouvements de chacun dans ces longs plans fébriles et caméra à l’épaule, tissent les drames à venir.
Cinéma orchestral
Le second est la prestation publique de son fameux Concerto au piano où les accents passionnés et champêtres transportent le musicien et l’assemblée, permettant au cinéaste de mettre en images les idéaux romanesques de chacun. La puissance d’évocation du travail de Tchaïkovski est omniprésente, et Ken Russell tendrait même bien souvent vers un mélange entre les anciens accents de l’expressionnisme (jusque dans le jeu des acteurs) dans sa volonté de réduire au maximum les dialogues, et vers les prémices des futurs clips à venir. L’image ne se contente cependant jamais de sobrement illustrer « le message » ou les sentiments de la musique, mais par ses mises en scènes excessives, sa théâtralité, ses symboliques outrées et ses délires baroques, à en révéler l’enthousiasme, la fougue, la souffrance pour les mettre en perspective avec la tragédie de son auteur. Celle d’un homme aimé, voir idolâtré, par les femmes (la comtesse mécène qui se complait dans l’amour chaste, la sœur aux désirs manifestement incestueux et surtout l’épouse de « normalisation » qui sera poussée à la folie par sa froideur) mais qui s’enferme dans un refoulement dramatique de son homosexualité manifeste. Une trajectoire destructrice qui par le jeu fiévreux de Richard Chamberlain (presque christique par instant) et celui phénoménal de Glenda Jackson (Un Dimanche comme les autres, Marie Stuart, Reine d’Écosse) ainsi que par les bousculements constant du montage et de la mise en scène, apparente le film à une curieuse rencontre entre une vision fantasmée de la Russie digne parfois du Docteur Jivago de David Lean (la présence de l’excellent Douglas Slocombe n’y est pas pour rien) et une déstructuration très free cinema et Nouvelle Vague.
Un film qui secoue, qui fascine, qui heurte et qui à chaque note construit cette magnifique Symphonie Pathétique, sous-titre français pertinent du film et composition la plus célèbre et intime de Tchaïkovski qui hante les dernières minutes de cette œuvre double.
Image
BQHL nous permet de retrouver ici la dernière copie HD du film, produite par les Anglais de la BFI et qui a profité d’une restauration plutôt poussée. Les cadres ont été admirablement nettoyés (de très rares points et traces persistent), les bords bien stabilisés et la définition solidement ancrée pour offrir des tableaux creusés et fermement détaillés. Un joli relief rehaussé par un traitement généreux des couleurs, vives, puissantes et contrastées, qui souligne parfaitement ce rapprochement du film avec l’esthétique Technicolor. On notera toutefois un gommage parfois un peu trop poussé du grain et quelques sursauts « numériques » visibles dans certains plans très sombres (légers effets d’halo) où lors d’une danse devant un feu d’artifice (ça pixelise presque).
Son
Si le doublage français d’origine est d’excellente qualité, bien incarné et bien rendu, on entend régulièrement quelques saturations et légers écrasements. Rien à reprocher cependant aux pistes originales avec un DTS HD Master Audio 2.0 tout à fait net, clair et équilibré et surtout un DTS HD Master Audio 5.1 inattendu qui réussi à rester très fidèle aux volontés initiales tout en proposant une amplitude large et inédite pour tous les morceaux musicaux et même quelques ambiances bien placées et enveloppantes.
Interactivité
On regrettera certainement l’absence des multiples suppléments de l’édition anglaise (interviews de spécialistes, archives sur Ken Russell…) mais il faut reconnaitre que la présentation de Rafik Djoumi remplie parfaitement son office. Il y évoque la naissance de la passion du futur réalisateur pour Tchaïkovski, ses premières œuvres et ses sujet documentaires traitant déjà parfois du compositeur, avant d’enchainer sur le traitement très particulier du film, son ancrage dans son époque et les échos des films à venir comme Mahler ou Les Diables. L’intervenant a parfois quelques réserves sur l’emportement du film, mais en souligne constamment l’inventivité et la passion.
Liste des bonus
Entretien avec le journaliste Rafik Djoumi (31’).







