THE MACHINIST

États-Unis, Espagne, France, Royaume-Uni – 2004
Support : Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Brad Anderson
Acteurs : Christian Bale, Jennifer Jason Leigh, Aitana Sánchez-Gijón, Michael Ironside…
Musique : Roque Baños
Durée : 101 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et Français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Éditeur : ESC Editions
Date de sortie : 03 mars 2021
LE PITCH
Trevor Reznik est ouvrier dans une usine. Un métier répétitif, fatiguant, usant, au milieu d’un bruit assourdissant, où la moindre inattention peut avoir des conséquences dramatiques. Une attention que Trevor a du mal à maintenir, car il est très fatigué. En fait, Trevor n’a pas dormi depuis un an. Depuis quelque temps, la vie de Trevor devient de plus en plus étrange. Qui laisse des messages codés dans son appartement ? Pourquoi Marie ressemble-t-elle tant à sa mère ? Quant à Ivan, le nouvel employé de l’usine c’est un homme d’ailleurs très étrange, inquiétant et dérangeant, il semble surveiller sans cesse Trevor…
Paranoïa Agent
Quelle bonne idée a eu l’éditeur ESC de nous ressortir The Machinist. Film atypique que l’on a souvent rapproché des œuvres de David Lynch ou de celles de David Cronenberg. Il est vrai que son univers perturbant s’imbriquant dans un scénario anxiogène peut tenir la comparaison. Le résumer à cela serait terriblement réducteur et injuste pour ce film qui a su marquer les esprits durablement depuis maintenant plus de quinze ans.
Il faut dire que l’aura du film doit beaucoup à son acteur principal sans qui le film n’existerait sans doute pas. L’enfant star de l’Empire du soleil de Spielberg a bien grandi. Loin d’être déjà une vedette planétaire, le futur interprète tourmenté du Dark Knight commençait à se bâtir une solide réputation depuis sa prestation dans le remarqué American Psycho. L’avenir prouvera cette évidence. Ici, il ne s’agit plus de performance d’acteur mais de mimétisme allant jusqu’à la fusion physique et psychologique avec son personnage. Rarement un artiste aura autant mis sa santé en péril pour un rôle poussant l’identification à son apogée. Pour interpréter le rôle de Trevor Reznik, ouvrier amaigri et insomniaque cachant un lourd passif, Bale opta pour le régime : une boîte de thon, une pomme par jour en se privant de sommeil pour arriver à perdre 27 kg en quelques mois. Sa performance en devient viscérale, donnant littéralement forme à la paranoïa de son personnage, le spectateur en oublie très vite qu’il y a un acteur derrière Trevor. Le simple fait qu’il ne soit même pas nommé à l’oscar cette année-là est une aberration de plus dans l’histoire de cette institution. A charge maintenant à son metteur en scène affolé de le voir si amaigri d’en tirer parti.
Heureusement pour lui et surtout pour nous le pari est relevé haut la main. Brad Anderson (puisque c’est de lui qu’il s’agit) va surprendre son monde par la maitrise formelle de son film. S’exilant pour l’occasion en Espagne afin de limiter les frais et faisant passer Barcelone pour Los Angeles, Anderson trouve en ses producteurs espagnols les collaborateurs rêvés qui n’empiéteront jamais sur ses plates-bandes. Pourtant le sujet n’était pas facile et encore moins commercial. Un homme paranoïaque ayant des hallucinations dans un scénario à tiroirs. Pas vraiment ce qu’affectionnent les majors. Mais les rêves d’Hollywood ont la vie dure, ils soutiendront fidèlement le réalisateur jusqu’au bout, le laissant terminer le tournage allongé sur une civière à cause de ses problèmes de santé persistants.
Dark Night
Tournage ibérique oblige, Anderson lâchera du lest sur le contrôle total de son film. Il adopte pour la première fois un scénario écrit par un tiers. Cette expérience nouvelle pour lui laissera selon ses dires, une plus grande objectivité pour se concentrer sur sa mise en scène. Il sait s’appuyer sur des artisans du cru. Bien lui en a pris. Cette conjoncture de talent aura un seul objectif : faire le meilleur film possible. La photo du film sera un poste clé. Celle-ci pousse l’aspect visuel dans les retranchements de l’expérience chromatique en désaturant avec naturel ses décors pour une ambiance glaçante. Seules quelques pointes de couleurs parsèment de-ci de-là le film comme autant d’indices révélateurs abandonnés par Anderson. La texture du film amplifie cette illusion de cauchemar éveillé subi par le personnage. Cette frontière infime sera directement franchie dès la première scène où Bale apparait tel une illusion vampirique dans la nuit. Dès lors, les séquences s’enchaineront avec un sentiment d’inconfort visuel et auditif à l’instar du travail que Lynch avait pu faire sur son Eraserhead. Cette plongée dans l’âme humaine est épaulée par un travail d’équipe. Aux côtés de Christian Bale, les acteurs ont beau être de second plan, chacun est d’importance, à l’instar d’une Jennifer Jason Leigh, parfaite en pute au grand cœur tout comme le toujours inquiétant Michael Ironside, abonné au rôle de manchot depuis Starship Troopers.
Grand film sur la culpabilité, The Machinist passe les secondes visions haut la main. On a beau connaitre le twist final du film, l’alchimie fonctionne à plein régime. Brad Anderson s’est peut-être un peu fait oublier enchainant les séries de luxe avec des petits films pas désagréables en soit, son nom sera toujours dans les mémoires ne serait-ce que pour ce film. Mais quel film !
Image
Une expérience chromatique. Les images sont désaturées pour plonger le spectateur dans ce cauchemar. La masterisation de cette édition pourrait servir de carte de visite pour le directeur de la photographie Xavi Giménez. Le piquet est aussi précis que les contrastes nuancés, ajoutez à cela une profondeur de champ optimum. Le film s’offre enfin une seconde vie.
Son
Pour un film d’ambiance, il fallait que le son le soit également. Pari réussi. Des bruits industriels dans l’usine au score discret mais envoutant de Roque Baños. L’expérience sensorielle est plus que probante.
Interactivité
Une édition bien garnie. A commencer par un visuel plutôt accrocheur sur le personnage de Christian Bale qui nous plonge direct dans l’ambiance. Niveau interactivité on attaque avec un making of qui nous envoi dans un Barcelone que la production essaie de faire passer (et ils ont réussi) pour Los Angeles. S’ensuit une interview du réalisateur Brad Anderson qui loin de prendre la couverture pour lui rend justice à son équipe. Le journaliste iconoclaste Christophe Lemaire prend la suite du programme en passant en revue le travail du réalisateur et plus particulièrement la performance de son acteur principal. De très intéressantes scènes coupées qui auraient semé trop d’indices sur les événements à venir font également partie du lot. Enfin un commentaire audio de bonne tenue d’Anderson ainsi qu’un module d’instant de tournage complète cette édition que l’on ne saurait trop vous conseiller.
Liste des bonus
Commentaire audio de Brad Anderson, Entretien avec Christophe Lemaire (19’), « The Machinist: Breaking All the Rules » : making of (31’), Entretien avec Brad Anderson (13’), Images du tournage (20’), Scènes coupées (11’).