THE KILLER

Hong-Kong – 1989
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Action, Policier
Réalisateur : John Woo
Acteurs : Chow Yun-Fat, Danny Lee, Sally Yeh, Chu Kong, Barry Wong, Kenneth Tsang, Shing Fui-On…
Musique : Lowell Lo
Image : 1.85 16/9
Son : Cantonnais et Français DTS Master Audio 2.0 et 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 94 minutes
Editeur : HK Video
Date de sortie : 12 mars 2026
LE PITCH
Comment un tueur à gages, décidé à changer de vie va, lors de son dernier « contrat », provoquer la cécité d’une jeune chanteuse. Pour trouver l’argent nécessaire à l’opération de la jeune femme, il accepte un autre contrat.
Les yeux révolvers
Plus qu’un film sans doute The Killer est devenue une marque, la vision d’un Chow Yun Fat iconisé à l’extrême aux postures copiées inlassablement des années durant, l’acte de transfiguration ultime d’un cinéaste enfin maitre de tous ses moyens et une réinvention magistrale du polar et de l’action. Une date, un choc, et une beauté qui restent intacts quarante ans après.
Longtemps simple mercenaire rongeant son frein au sein d’une industrie au débit effréné, enchainant les films de sabre (dont le très réussi La dernière chevalerie), les adaptations d’opéra et même les farces locales, cet ancien élève et assistant de l’illustre Chang Cheh ne fut que miraculeusement sauvé par son amitié avec le chantre de la nouvelle génération : Tsui Hark. Nait ainsi l’énorme succès du Syndicat du crime où John Woo peut enfin exprimer sa fascination pour le polar américain, l’œuvre de Melville tout autant que les anciens films de chevalerie de son mentor. Plus ou moins offert comme une récompense pour avoir accepté de mettre en boite un Syndicat du crime 2 parfaitement commercial (mais le final est resté dans les annales), The Killer achève définitivement la mue. Tout le monde s’accorde dans les témoignages à avouer leur circonspection durant le tournage devant la maniaquerie de Woo, ses expérimentations, ses références cinéphiles exotiques, ainsi que devant les longues heures d’un tournage qui durera plusieurs mois là où la norme n’excédait par la semaine. C’était que sans doute celui-ci savait qu’il tournait là son œuvre centrale, le film de sa vie, celui pour lequel il laissera définitivement sa marque.
Carnage élégiaque
Une œuvre amoureuse tout d’abord, constamment traversée par les fantômes de ses souvenirs de cinéma, du Samouraï naturellement dont il pourrait être un remake, jusqu’à la nouvelle vague, Scorsese, Michael Mann, Kurosawa et toujours Chang Che dont le mélange d’effusions sanglantes et d’effusions de camaraderie restent incrustées dans son ADN. Un entrelacs d’échos et d’icones qui créent à l’écran un univers presque à part, un monde cinéma ne cherchant ni réalisme ni crédibilité psychologique, mais bien une recréation d’un fantasme aux mouvements constamment décomposés, stylisés quettant une sanctification définitive, une beauté parfaite au-delà du cadre figé. En ce sens et dans la démultiplication des glissements parallèles, des ruptures en apesanteur, des freezes frames et enchainements rythmiques, le travail du fabuleux monteur David Wu (Pekin Opera Blues, The Bride with White Hair, Le Pacte des loups…) est primordial. Celui du chorégraphe Ching Siu-Tung l’est presque tout autant, refusant la brutalité du polar d’action lambda pour étirer les massacres modernes vers l’élégance et la grâce des plus souples films d’arts martiaux. The Killer tient alors presque moins du simple polar que du film poème où le mélodrame le plus exacerbé prend le pas sur une quelconque enquête criminelle où une opposition attendue entre le flic (le boss Danny Lee) et le tueur (un Chow Yun-Fat qui en ferait presque oublier Alain Delon) se transforme en fusion amicale et où un triangle amoureux prévisible (car reposant sur la culpabilité) avec la fragile Sally Yeh, devient surtout le centre d’un romantisme terminal, sacrificiel et intensément lyrique.
C’est sublime comme un vieux refrain pop et mélancolique, parsemé de fulgurances mortelles où les belligérants tombent dans le même ralenti que les colombes qui s’élèvent. Les instants finaux, cristallisés autour du Messie de Handel et l’explosion d’une statue de la vierge signifiant la prise de conscience de Jeff et Inspecteur Lee de l’issue fatale prévisible de cet ultime baroud d’honneur de western classique, restent l’un de ces miracles sacrés de l’histoire du cinéma.
Image
De la VHS au DVD en passant par le Laserdisc, les copies de The Killer reposaient toutes sur une même source intermédiaire, marquée, très instable et à la colorimétrie affadie et fluctuante. Deux décennies plus tard (que ça a été long) The Killer peut enfin renaitre grâce à la nouvelle technologie et un retour à la source la plus pur disponible, une copie 35 mm couleur composite. Forcément malgré une restauration extrêmement poussée et un travail d’orfèvre effectué sur les cadres et la stabilité, le rendu ne peut être totalement parfait. Quelques très légères fluctuations de matières et de couleurs peuvent encore apparaitre lors de scènes très particulières et sous les instances de fondus optiques par exemple. Cela reste cependant extrêmement délicat et impeccablement géré avec un grain de pellicule naturel et organique et des textures admirablement fines. Au-delà de la précision forcément inédite, de la profondeur de champs redécouverte à chaque instant (les vues de la ville au-delà des collines, les virées nocturnes…) c’est le traitement des couleurs et l’apport Dolby Vision qui est proprement renversant, redonnant au film une photographie digne d’un film noir et un relief que l’on n’imaginait pas.
Son
Les pistes sonores ont, elles aussi, été restaurées comme il se doit. Le doublage français, qui fait ce qu’il peut, est de retour avec un DTS HD Master Audio 2.0 ferme et efficace, et une prestation 5.1 qui tente de donner une ouverture un peu plus prononcée sans vraiment marquer les esprits. La piste originale cantonaise gagne clairement dans le processus, joliment rajeuni sans gommer ses aspérités et son aspects un peu rude de l’époque. Le mono en DTS HD Master Audio 2.0 est tout à fait performant. Et si certains préfèreront le DTS HD Master Audio 5.1 un peu plus moderne et ample sur les ambiances urbaines, la dynamique peu aussi s’avérer un peu artificielle dans les gunfights.
Interactivité
Troisième coffret du grand retour de HK Video, The Killer reprend le fourreau cartonné déjà apprécié sur A Toute épreuve, tout comme le digipack, la superbe reproduction de l’affiche, les photos d’exploitation et le livret. Celui-ci est à nouveau composé de très intéressants textes critiques et analytiques inédits, ainsi que de notes d’intentions du réalisateur John Woo.
De la même façon l’éditeur français reprend l’essentiel du contenu imposant produit par Shout Factory (manque essentiellement deux commentaires audio critiques) pour l’édition US avec en tête de ligne un nouveau commentaire audio de John Woo qui alterne les plongés dans ses souvenirs, les précisions techniques et les petits assoupissements et un grand documentaire retraçant le pic de la carrière du cinéaste, soit du Syndicat du crime jusqu’à Volte / Face en explorant les figures de l’Heroic Bloodshed. Le réalisateur est bien présent tout comme certains collaborateurs et surtout de nombreux spécialistes du cinéma de genre et asiatique qui décortiquent le style des films et leur impact considérable sur le cinéma mondial. A cela s’ajoute une batterie importante de nouvelles interviews séparées dont une nouvelle rencontre avec John Woo qui retrace durant 45 minutes les origines du film, son tournage, ses recherches visuelles et surtout in fine une expérience très personnelle et presque solitaire (à l’époque personne ne comprenait ce que Woo voulait faire). Il passe ensuite la main au passionnant monteur David Wu, au producteur Terence Cheng, au chef op Peter Pao et aux acteurs Tsan Kong (volubile à souhait) et la charmante Sally Yeh. La section contient à nouveau un document de la collection « Hong Kong Confidential » mais après tout cela on n’y apprendra pas grand-chose de neuf.
Reste la partie inédite français et elle n’est une fois encore pas des moindres. On retrouve avec plaisir l’interview croisée de l’époque du DVD, « Naissance d’un tueur romantique » ou John Woo revient avec plaisir sur l’un de ses films les plus importants et retrace autant ses recherches thématiques que stylistique tandis que Tsui Hark fait quelques interventions laconiques et se crédite quelques bonnes idées au passage (tant qu’à faire). On retrouve surtout l’équipe d’HK Magazine pour un troisième « HK revisited », incontournable forcément pour un film comme The Killer, qui aura totalement traumatisé la rédaction. Le propos est toujours aussi libre et captivant, entre considérations personnelles, souvenirs de cinéphiles et analyses à la volée. Les intervenants rivalisent d’informations, d’anecdotes et de remarques pointues avec une décontraction et un amour constant du cinéma.
Enfin, en totale exclusivité, HK Vidéo ne se contente pas de donner à voir la dizaine de minutes de scènes coupées et alternatives issues d’un montage taïwanais plus long (ce qui était courant à l’époque) mais il les inclut directement dans une reconstitution de ce fameux cut effectué avant que John Woo ne reparte à la table de montage avec David Wu pour resserrer le film. Uniquement disponible sur le disque UHD, ce dernier permet véritablement d’apprécier le travail de finition effectué et l’amélioration incroyable à coups de légères coupes à droites à gauches, de dialogues réduits et d’affrontements plus pêchus qui permirent de transformer un excellent film en authentique chef d’œuvre. Les plus fanas pourront aussi visionner un second montage alternatif constitué cette fois-ci d’une hybridation entre le montage long et les scènes exclusives de la version finale ainsi que de deux segments (anecdotiques mais tout de même) hérités d’une copie VHS… taïwanaise là encore. Forcément ces deux montages proposés en langue mandarin sont marqués par des sources très variables (de la 4K à la SD très fatiguée) avec parfois des sous-titres anglais incrustés dans l’images, mais cela reste des objets de collection de taille… à l’image de ce coffret, plus qu’imposant.
Liste des bonus
Un livret (20 pages) , La reproduction de l’affiche du film dédicacée par John Woo, 5 photos d’exploitation, Commentaire audio de John Woo et Drew Taylor (VOST), Montage taïwanais (129’, VOST), Montage taïwanais étendu (136’, VOST), « HK revisited, épisode 03 » avec Christophe Gans, David Martinez, Léonard Haddad et Julien Carbon (53’), Bande-annonce originale, « A Bullet Ballet » : Interview de John Woo (45’), « Editing The Killer » : Rencontre avec David Wu (12’), « My Kind of Hero » : Rencontre avec Terence Chang (6’), Entretien avec Tsang Kong (15’), Entretien avec Sally Yeh (15’), Entretien avec Peter Pao, « Hero of Heroic Bloodshed » : Documentaire avec John Woo, Bruce Law et de nombreux intervenants (74’), « Hong Kong Confidential » avec Grady Hendrix (11’), Scènes coupées et alternatives (11’), Galerie d’images, « Naissance d’un tueur romantique » : Documentaire avec John Woo et Tsui Hark (32’).







