THE GAME

Etats-Unis – 1997
Support : Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : David Fincher
Acteurs : Michael Douglas, Sean Penn, Carroll Baker, Deborah Kara Unger, Armin Mueller-Stahl, James Rebhorn, …
Musique : Howard Shore
Durée : 128 minutes
Image : 2.39 16/9
Son : Français & Anglais DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Éditeur : L’Atelier d’images
Date de sortie : 11 décembre 2020
LE PITCH
Richissime homme d’affaires, Nicholas Van Orton s’apprête à célébrer son anniversaire. Comme cadeau, son frère Conrad lui offre une invitation à un jeu mystérieux. Pour tromper son ennui, Nicholas accepte de participer mais il ignore encore à quel point le jeu va bouleverser son existence …
Les dés sont lancés
Attendu au tournant par la critique et le public, The Game eut pour seul tort de devoir succéder au succès immense de Se7en. De David Fincher, nouveau prince des ténèbres d’Hollywood, on attendait bien évidemment plus de noirceur, plus de crasse, plus de pluie… plus de tout. Bien au contraire, le cinéaste fit le choix de l’humour noir, de la mélancolie et de l’existentialisme, signant sans nul doute son meilleur film et le pilier central de son œuvre à venir.
Des images en super 8 et aux couleurs déjà fatiguées d’une fête d’anniversaire chez une famille de la haute société, un patriarche distant qui disparaît comme une ombre et un enfant dont le sourire semble forcé, le tout accompagné des notes de piano douces amères de la partition entêtante d’Howard Shore. L’ouverture de The Game dégage une tristesse tenace à laquelle vient se greffer un mystère encore mal défini. Y succède en un raccord brutal sur la morne routine matinale de Nicholas Van Orton, protagoniste « fincherien » (mais aussi « hitchcockien ») par excellence et interprété par un Michael Douglas parodiant avec délice et finesse le personnage de Seth Gecko, le requin de la finance du Wall Street d’Oliver Stone. Le petit garçon est devenu un adulte cynique qui possède tout mais n’aime rien, un parangon de solitude moderne à la virilité fragile, voire éteinte. Pour reprendre la métaphore du puzzle qui accompagne à la fois les affiches et le carton-titre du film, on retrouve des pièces de Van Orton un peu partout dans la filmographie de David Fincher. Dans le narrateur incarné par Edward Nortnn dans Fight Club, dans le duo mère-fille de Panic Room, dans le Richard Graysmith de Zodiac, dans son Benjamin Button, un peu partout dans le quatuor Zuckerberg/Saverin/jumeaux Winklevoss de The Social Network, dans la famille Vanger de Millenium, dans le Nick Dunne de Gone Girl et jusque dans le Herman Mankiewicz de Mank. Tous ces personnages forment un portrait de l’homme contemporain selon David Fincher, une image à la force illusoire, au mal être profond et où la relation au père, difficile parce que souvent brisée, concentre tous les drames passés et à venir.
Sueurs froides
Outre cette thématique de fond, le cinéaste profite également de The Game pour y définir d’autres éléments récurrents de son style devenu aujourd’hui inimitable. Peu satisfait par la production chaotique (et c’est un euphémisme) d’Alien 3 et bien conscient de la rage l’animant lors de la création de Se7en, Fincher n’avait pas encore eu l’occasion de recourir pleinement à son triptyque favori : sophistication/épure/voyeurisme. Soignant ses cadres et ses angles avec une maniaquerie extrême, s’inspirant à la fois d’Alfred Hitchcock et de Roman Polanski (Vertigo et Chinatown sont ses films de chevet) pour mieux jouer entre la distance et l’indiscrétion et insistant pour souligner le grâce féline de chacun de ses mouvements d’appareil, David Fincher abandonne définitivement les contours les plus rugueux de ses premiers films pour une certaine préciosité.
Décor principal de The Game, la ville de San Francisco revêt une importance toute symbolique. Pour les cinéphiles, bien entendu, les scènes les plus marquantes de Vertigo (encore et toujours), de l’Inspecteur Harry ou de Bullitt remontent immédiatement à la surface. Pour David Fincher, il s’agit aussi de la ville du tueur du Zodiaque, fait divers ayant eu un impact durable dans sa jeunesse. Pour Michael Douglas, on ne peut exclure le clin d’œil vis-à-vis des Rues de San Francisco.
Enfin, impossible de ne pas dresser un parallèle entre les scènes d’aéroports de The Game et de Fight Club, dont les cadrages semblent se répondre, entre CRS et Facebook, sociétés concepts aux mains de démiurges inamovibles et entre la trop rare Deborah Kara Unger et Anna Katerina et toutes les femmes ayant habité les histoires du cinéaste, la femme « fincherienne » se distinguant comme un modèle d’indépendance, d’intelligence, de résilience et de liberté.
Considéré à juste titre comme le cinéaste de la manipulation, prenant plaisir à jeter ses protagonistes consentants dans des labyrinthes tortueux où l’on s’enferme sans espoir de retour, David Fincher est aussi un amoureux des mots et du dialogue ciselé, à l’humour très acéré. The Game n’y fait pas exception, bien au contraire. Drôle, le film l’est à plus d’un titre. Pisse-froid de compétition, Nicholas Van Orton ne perd ainsi jamais une occasion d’affirmer sa supériorité intellectuelle sur son entourage par une remarque cinglante. Et l’arroseur de finir inévitablement arrosé lorsque les plaisantins de CRS s’amusent à mettre la pagaille dans son traintrain quotidien à la précision d’horloger. L’attaché case qui refuse de s’ouvrir, le saut forcé dans une benne à ordure et la chambre d’hôtel transformé en lieu de débauche sont de grands moments d’humour noir et d’absurdité où Fincher prend un pied monstrueux à filmer une élite rigoureusement incapable de ne pas glisser sur la moindre peau de banane.
Moqué à sa sortie par certains critiques ne voyant dans le scénario de John D. Brancato et Michael Ferris (réécrit à de multiples reprises) qu’une simple copie des pièges élaborés de Surprise sur prise ! avec un twist final convenu, peu crédible et manquant de courage, The Game vole pourtant bien plus haut que ces références cherchant à le rabaisser. Le saut dans le vide de Nicholas Van Orton et sa survie répondant aux codes les plus éculés du happy end ne sont ni plus ni moins que l’ultime pied de nez d’un cinéaste en pleine possession de ses moyens. Sans effets ostentatoires à la Deadpool, Fincher fait exploser le quatrième mur et persiste dans la chute de son anti-héros applaudi puis oublié, contribuant financièrement à sa propre flagellation et s’éclipsant dans un demi-sourire pour poursuivre la blonde qui l’obsède. Vous en connaissez beaucoup, vous, des happy ends aussi empoissonnés ?
Image
Pas franchement mis à l’honneur par ses précédentes sorties hexagonales, The Game se devait de voir son blason redoré pour de bon par un éditeur sérieux. C’est aujourd’hui chose faite grâce aux bons offices de l’Atelier d’Images qui a pu mettre la main sur la restauration 2K effectuée par Criterion et approuvée par David Fincher et feu son directeur de la photographie Harris Savides. Entre teintes froides et teintes chaudes, entre éclairages audacieux (le manoir vandalisé à la bombe phosphorescente, les entrailles éclairés au néon du building de CRS) et grain naturel de la pellicule, cette nouvelle copie redonne enfin tout son lustre à une photographie exigeante et qui donne le meilleur d’elle-même en basse, voire en très basse lumière. La grande classe !
Son
Les deux mixages 5.1 sont déjà de très haute tenue et redonnent à certaines scènes (le plongeon du taxi, la fusillade chez CRS) une vraie force acoustique. Mais le vrai miracle est accompli en 7.1 avec une spatialisation exceptionnelle de la musique et des détails qui refont surface comme l’ouverture à l’avant puis à l’arrière lors de l’arrivée de Van Orton dans les bureaux en travaux de CRS ou encore le rugissement des fauves dans la scène du zoo. Une authentique bande démo.
Interactivité
Déjà disponible à la vente depuis début novembre dans une édition dite simple, le film de David Fincher est de retour pour les fêtes de fin d’année dans un collector maousse limitée à 1997 exemplaires et véritablement conçu pour les fans du film. Au sein d’un coffret plutôt cossu et au visuel sobre et élégant, on retrouve d’abord une poignée de goodies sympathiques : un porte-clé CRS, un puzzle (belle idée !) et une affiche du film. Les autres ajouts sont toutefois plus conséquents. Un livre de 56 pages en couverture cartonnée joint à une analyse solide du journaliste David Mikanowski le livret de presse de l’époque. Même si on aurait préféré voir ses bonus (dont un très bon commentaire audio et la fin alternative) sur le nouveau bluray, le DVD édition spéciale d’Universal sorti en 2006 est inclus dans le digipack et permet de se faire une idée des améliorations techniques apportées par le nouveau transfert. Sur le blu-ray du film donc, trois nouveaux suppléments mais seul l’entretien avec Phillipe Guedj, riche en anecdotes et en pistes d’analyse passionnantes, est exclusif à nos contrées. Produits pour l’édition spéciale Arrow chez nos voisins anglais, l’entretien d’une exceptionnelle sincérité avec le scénariste John D. Brancato ainsi qu’un module vidéo un peu fade censé nous révéler tous les secrets cachés du film soufflent le chaud et le froid et manquent finalement de consistance. Un peu léger pour une édition qui se voudrait définitive mais amplement satisfaisant pour réhabiliter un classique méconnu et trôner sur nos étagères de collectionneurs.
Liste des bonus
The Game, l’art de la manipulation : entretien avec le journaliste et critique Philippe Guedj (30’), Une semaine de fou : entretien avec le scénariste John D. Brancato (15’), Les hommes sur l’échiquier : les plaisirs cachés de The Game (21’), Bande annonce originale.






