THE CRYING GAME

Royaume-Uni – 1992
Support : Bluray & DVD
Genre : Drame, Thriller
Réalisateur : Neil Jordan
Acteurs : Stephen Rea, Jaye Davidson, Forest Whitaker, Miranda Richardson…
Musique : Anne Dudley
Durée : 112 minutes
Image : 2.39 16/9
Son : Anglais DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Editeur : ESC Editions
Date de sortie : 06 janvier 2021
LE PITCH
Après s’être rendu responsable de la mort d’un jeune soldat américain, un membre de l’IRA décide de se rendre sur Londres pour rencontrer sa femme.
Le scorpion et la grenouille
Neil Jordan fait partie de ces cinéastes qui n’ont fait de concession qu’à de très rares moments dans leur carrière. Peut-être parce que derrière le cinéaste existe un véritable auteur, un romancier qui imagine des histoires qui ne ressemblent qu’à lui. Un de ses premiers films, le magnifique La Compagnie des Loups, relecture fantastique et onirique du Petit Chaperon Rouge le prouvait déjà. The Crying Game, qu’ESC nous propose aujourd’hui en bluray, le confirme encore.
The Crying Game se situe loin, très loin, de rêves moites d’une jeune fille hantés par un loup-garou. Quoique… A bien regarder au-delà des apparences, cette histoire d’un membre actif de l’IRA embarqué dans une mission qui le dépasse partage plusieurs similitudes avec la jeune héroïne de La Compagnie des Loups (ne serait-ce que son titre). Ainsi, Fergus (Stephen Rea, compagnon de route de Jordan qui lui offre ici le rôle de sa vie) est un des nombreux bras armés de l’Irish Republican Army. Un porte-flingue lambda qui se contente d’obéir aux ordres. Comme de kidnapper un soldat noir anglais (le jeune Forest Whitaker, qui en fait déjà des tonnes) et menacer de le tuer pour obtenir la libération d’un des activistes de l’organisation. Seulement voilà, Fergus n’est pas un mauvais type et se prend rapidement d’amitié avec celui qu’il est sensé surveillé puis tué si leurs revendications restent sans réponse. De fil en aiguille, le jeune anglais lui raconte sa vie, lui parle de sa femme, Dil, qui vit à Londres et via un conte à priori enfantin, celui du scorpion et d’une grenouille, lui fait comprendre qu’il a compris qui il avait en face de lui. Alors que le groupe paramilitaire subit un assaut, le captif est tué accidentellement. Fergus réussit à échapper à l’armée et décide de partir à Londres, à la recherche de Dil.
Crise d’identité
Derrière cette histoire très ancrée dans la réalité, et dont le contexte politique trouvera aussi un écho social dans le développement de sa narration, le réalisateur irlandais parle une fois de plus de la substantifique moelle de son personnage principal. Ici un mec paumé, qui ne se connaît finalement pas lui-même. Jusqu’à faire voler en éclat la plus grande de ses certitudes et lui faire vivre un grand amour du genre qu’il n’aurait jamais pu imaginer. Un thème central dont l’écho résonne dès l’introduction du film, où la chanson de Percy Sledge « When a Man Loves a Woman » accompagne un long et magnifique travelling à l’ombre d’un pont situé aux abords d’une fête foraine de village grise et triste. Tout est là. Le quotidien morne d’une société en quête d’identité derrière laquelle subsiste l’amour, fût-il improbable. Bientôt au centre de l’intrigue, le personnage de Dil (Jaye Davidson, qu’on retrouvera l’année suivante dans le Stargate de Roland Emmerich), coiffeuse qui trouve quelques bouffées d’oxygène en chantant dans un club le soir, seul personnage à s’assumer telle qu’elle est, à ne pas se mentir et qui va progressivement vivre une relation avec Fergus, hanté par la mort du jeune soldat et bientôt rattrapé par ses anciens compagnons d’armes. Au-delà de son écriture et du jeu des comédiens, Jordan crée une atmosphère particulière, entre drame social et film noir, entre thriller politique et grande histoire d’amour passionnée. Un mélange des genres qui lui vaudra l’Oscar du meilleur scénario en 1992. Une récompense amplement méritée pour un film qui ne ressemble à aucun autre et dont les différents thèmes n’ont pas fini de résonner au son des quelques notes du chef d’œuvre de Percy Sledge.
Image
L’image profite comme jamais d’une impressionnante somme de détails. Le grain lui reste présent mais rajoute une patine bienvenue. Quant aux noirs, ils sont bien contrastés et savent se rendre très profonds lorsqu’il le faut.
Son
Comme toutes les éditions sorties avant lui, la galette ESC ne propose le film qu’en mono (aussi bien en Français qu’en Anglais). Deux pistes qui manquent forcément d’ampleur mais qui ne gâchent pas pour autant l’expérience du film qui, comme pour l’image, joue en faveur de son atmosphère.
Interactivité
Derrière un très beau menu animé bleuté, une belle somme de bonus intéressants (et provenant directement de l’édition anglaise sortie il y a quatre ans). D’abord un entretien avec Neil Jordan où le réalisateur revient sur la réception du film, la chanson titre qui lui vient de son enfance ou encore les différents thèmes abordés. Vient ensuite un making of assez complet (mais uniquement à base d’interviews) qui revient sur la genèse, la difficulté à trouver des producteurs, le casting… jusqu’à l’Oscar du meilleur scénario. Une fin alternative (nettement moins réussie que celle retenue) est également proposée. Enfin, une drôle de balade en voiture dans Belfast, sur les traces de l’IRA, ainsi que la bande annonce du film clôturent la tournée.
Liste des bonus
Entretien avec Neil Jordan (15’30), Making of (50’26), Fin alternative (5’16), Northern Troubles (8’09), Bande annonce (1’33).