SYNDICAT DU MEURTRE

P.J. – Etats-Unis – 1967
Support : Bluray & DVD
Genre : Polar
Réalisateur : John Guillermin
Acteurs : George Peppard, Gayle Hunnicutt, Raymond Burr, Coleen Gray, Susan Saint-James, Herb Edelman, Wilfrid Hyde-White, Brock Peters…
Musique : Neal Hefti
Image : 2.35 16/9
Son : DTS-HD Master Audio 2.0 Anglais et Français
Sous-titres : Français, Anglais
Durée : 109 minutes
Éditeur : Eléphant Films
Date de sortie : 26 août 2025
LE PITCH
P.J. Detweiler, détective privé toujours fauché, se retrouve malgré lui chargé de la protection de Maureen Preble, une jeune femme séduisante. Celle-ci, maîtresse du mystérieux William Orbison, fait l’objet de menaces et échappe de justesse à plusieurs tentatives de meurtre. Mais derrière cette affaire apparemment simple, se cachent peut-être des complots bien plus tordus.
Faux semblants et flingues brûlants
Certains films avancent sans frime, portés par le savoir-faire d’un artisan qui connaît son métier. Syndicat du meurtre, signé John Guillermin, fait partie de ces polars tranquilles qui assument leur simplicité avec panache. George Peppard s’y balade avec une désinvolture délicieuse, dans un néo-noir lumineux qui préfère jouer avec les codes plutôt que sonder les abîmes. Un vrai moment de plaisir, sans ambition démesurée.
John Guillermin, c’est cet artisan fiable qu’Hollywood pouvait toujours appeler pour rendre une copie propre. Sa carrière regorge de films efficaces (Shaft et les trafiquants d’hommes, King kong) voire de vraies réussites (La Tour infernale, Mort sur le Nil). Syndicat du meurtre se hisse parmi ses travaux les plus attachants. Pas de virtuosités forcées, pas de volonté de moderniser le genre par la surenchère : juste une mécanique de polar huilée avec soin, où l’histoire se déroule sans accroc. Ce classicisme n’est jamais pesant. Il permet au contraire une lisibilité, une clarté de narration qui rend l’enquête agréable à suivre.
Au centre, George Peppard – répondant ici au doux nom de P.J. – se révèle parfait. Le film aurait pu être conçu sur mesure pour sa nonchalance élégante : un mélange de chic, de désinvolture et d’ironie, presque à la Belmondo. Il traverse l’intrigue avec ce sourire fatigué qui dit qu’il en a vu d’autres, mais qu’il n’a pas perdu le goût de s’amuser un peu. Ce n’est pas un détective désabusé, ce n’est pas un homme blessé qui regarde l’humanité se déliter. C’est un type qui connaît la chanson et qui choisit délibérément d’en jouer les notes les plus légères. Cette posture modifie tout le film : au lieu d’un paysage intérieur rongé par la corruption morale, on a un décor lumineux où l’on s’amuse à repérer les figures traditionnelles du film noir – le client louche, la menace diffuse, les coups fourrés – comme on coche les cases d’un petit plaisir coupable.
Le film assume totalement ce registre. Il ne cherche jamais à sonder l’âme humaine, mais préfère jouer avec ses reflets. La femme fatale, par exemple (l’envoûtante Gayle Hunnicutt), n’est pas un gouffre moral ; elle est un archétype utilisé avec un clin d’œil discret. Les situations dangereuses sont présentées avec un recul presque ludique. Même les méchants (dont l’impeccable Raymond Burr) semblent parfois conscients de participer à une variation pop sur un genre codifié. Ce mélange de respect et de distance donne au film cette saveur particulière : un néo-noir qui ne sombre jamais dans la noirceur, un polar lumineux où le plaisir de narration prime sur le poids des thèmes.
Polar pop
Ce qui frappe, en filigrane, c’est la façon dont le film annonce une sensibilité qui explosera plus tard chez Shane Black. Cette manière de combiner enquête, humour discret et personnages légèrement cabossés mais toujours joueurs rappelle déjà les futurs Kiss Kiss Bang Bang ou The Nice Guys. On sent l’ombre des romans de gare, la jubilation de détourner les clichés, la volonté de livrer un spectacle malin sans se prendre trop au sérieux. Le film n’a évidemment pas la même nervosité ni le même sens du twist, mais il installe un terrain esthétique qui, quelques décennies plus tard, deviendra un style à part entière.
La musique de Neil Hefti contribue énormément à cette impression de modernité. Hefti, c’est un compositeur capable de faire basculer une ambiance en quelques mesures, et ici, sa partition transporte littéralement le détective venu des années 1940 dans le bouillonnement des sixties. On entend cette énergie pop qui faisait déjà la réussite de la série Batman de 1966 : un mélange de swing, de rythme et de couleurs sonores qui contraste avec l’image très traditionnelle du privé solitaire. C’est comme si deux époques se rencontraient et se livraient un petit duel amical. Cette tension douce donne au film un supplément d’âme et une identité visuelle et sonore qui le distinguent de la production policière plus standard de l’époque.
Syndicat du meurtre ne prétend pas réinventer le genre, et il n’en a pas besoin. C’est un exercice solide, construit avec sérieux mais porté par une légèreté constante. Le plaisir, ici, tient à voir un genre codifié se déployer avec décontraction et maîtrise, chaque figure imposée à sa place, chaque scène réglée comme du papier à musique. Un voyage en terrain connu !
Image
Bien que cela puisse paraître incroyable, Syndicat du meurtre n’avait jamais bénéficié d’une sortie vidéo dans le monde avant 2020, date de l’édition américaine chez Kino Lorber. Cinq ans plus tard, il arrive enfin en France dans une forme éclatante ! La restauration 2K fait des merveilles. La clarté est nette, les contours précis, et la profondeur des contrastes restitue parfaitement la lumière et les ombres d’un néo-noir ensoleillé. Les couleurs sont magnifiques : les primaires éclatent sans excès, les nuances secondaires sont équilibrées, et la texture argentique, organique et subtilement granuleuse, rappelle que l’on est bien face à un film de 1967. Quelques micro-points blancs et variations ponctuelles rappellent que la pellicule est toujours là, mais rien ne vient perturber le visionnage.
Son
La piste originale en anglais DTS-HD Master Audio 2.0 impressionne par sa clarté, sa dynamique et son absence de souffle. Neal Hefti y déploie son jazz swing typique des sixties, renforçant l’énergie légère et pop du film. Le mixage français DTS HD Dual Mono 2.0 privilégie les dialogues, parfois au détriment des ambiances, mais reste intelligible et agréable. Les sous-titres français ne sont pas imposés, et des sous-titres anglais sont également disponibles.
Interactivité
Comme souvent chez Elephant, les bonus restent peu nombreux, mais ceux proposés privilégient la richesse du contenu et sont restitués avec passion. Cette édition comprend ainsi une présentation du film par Julien Comelli. Peu avare en informations, Comelli revient sur la carrière de John Guillermin et sur le casting, tout en multipliant les digressions — certaines passages s’éloignent du film, mais cela ajoute à la générosité de son propos. Il établit également un parallèle avec Un cri dans l’ombre, œuvre quasi-jumelle (également éditée chez Elephant Films), réunissant à nouveau le duo Guillermin/Peppard. La section suppléments se clôt enfin sur la bande-annonce originale du film, pour un petit plaisir vintage bienvenu.
Liste des bonus
« P.J. : La Toile d’araignée » par Julien Comelli (29’), Bande-annonce d’époque (2’), Bandes-annonces.





