SUPER GUN LADY

スーパーGUNレディ ワニ分署 – Japon – 1979
Support : Bluray
Genre : Action, Policier
Réalisateur : Chûsei Sone
Acteurs : Emi Yokoyama, Kaoru Janbo, Kei Satô, Shin Kishida, Hatsuo Yamaya, Yûya Uchida…
Musique : Ken Matsumoto
Image : 2.35 16/9
Son : Japonais DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 96 minutes
Editeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 10 décembre 2026
LE PITCH
Mika Hino est une détective d’élite au tir précis, membre de la redoutée « Gator Branch », une unité spéciale de la police de Shinjuku. Chargée de surveiller un cadre supérieur d’une grande entreprise de négoce impliqué dans une affaire de corruption, elle découvre son corps sans vie au pied de son immeuble de bureaux. Bien que la police conclue à un suicide, Mika soupçonne un meurtre et décide de mener sa propre enquête avec l’aide de sa partenaire Rin Kakura.
L’affaire est close
Spécialiste des fameux Roman Porno, Chûsei Sone (Red Guts : Classe Rouge, La Leçon de chose de Mademoiselle Mejika…) hérite d’un polar d’exploitation façon Guns & Girls. Plutôt qu’un simple film d’action bis, le bougre accouche d’un trip nihiliste et totalement déviant.
Au milieu du film, à l’issue d’une longue poursuite dans les rues de Tokyo, Mika Hino (sexy et taiseuse) et Rin Kakura (plus volubile et adepte du kickboxing), les deux détectives de l’unité spéciale dite « Alligator », se retrouvent chacune blessée par leurs opposants dans les ruines d’un bâtiment en cours de destruction. Ce dernier n’est ni plus ni moins que l’un des grands studios de la Nikkatsu, revendu par se dernier en plein déclins pour tenter de renflouer les caisses. Les années 70 touchent à leur fin et, en même temps que la chute de la Nikkatsu, c’est tout une époque du cinéma nippon qui s’effondre : celui de l’expérimentation, de l’exploitation chiadée, d’une nouvelle génération d’auteurs revendicateurs et plus largement d’un certain soin apporté aux productions, même les plus petites. Super Gun Lady résonne alors constamment comme un chant du cygne, dernier sursaut d’une firme à bout de souffle qui tentait là vainement de retrouver l’attrait du publique en revenant à ces films musclés et sexy qui avaient fait leur gloire quelques années plus tôt. Une nouvelle fois adapté d’un célèbre manga de Tooru Shinohara (La Femme scorpion, Les Menottes rouges…), Super Gun Lady s’intéresse à l’enquête d’une troupe spécialisée dans la traque de hauts fonctionnaires corrompus. Une affaire qui va leur faire découvrir ici un vaste réseau reliant un gang mafieux à un ministre haut-placé et des branches des services d’ordres. Le reflet d’un monde décadent et d’une réalité aux contours sordide, dont les deux héroïnes ne pourront pas sortir totalement indemne.
Les femmes flics
Là où certains auraient privilégié l’action, la nervosité, l’efficacité et les effets pops « manga » des 70’s, Chûsei Sone privilégie lui une atmosphère des plus délétères et un divertissement qui n’est jamais vraiment fun. Par sa mise en scène tout d’abord, privilégiant les plans longs aux limites de l’immédiateté documentaire parfois, un jeu constant sur la profondeur de champs qui confine au trop plein et à l’enfermement, et par une crudité des évènements décrits. Un réalisme brut et rugueux qui n’est pas sans rappeler parfois le cinéma de William Friedkin et son French Connection, mais perverti par une vision outrancière du bis et des codes du Roman Porno. Point central du film, la capture de Mika laisse libre court à de longues séances de tortures, d’humiliations et de viols alors que la pauvre à été droguée par ses tortionnaires. Plus frappant encore est cette prise d’otage finale dans une banque de près de trente minutes. Celui-ci a été imaginé et organisé par les fonctionnaires criminels uniquement pour détourner l’attention de la presse et se débarrasser des deux policières, et qui tourne au carnage absolu entre viols divers et exécutions sommaires, abandonnant les pauvres otages survivants totalement anéantis. Chûsei Sone laisse la caméra tourner, capturant toute l’inhumanité des criminels, l’absurdité de la situation et le chaos d’un Japon suicidaire.
Si le film s’achève sur un happy end un peu crétin et hors sujet, qu’on ne s’y trompe pas Super Gun Lady a tout d’une œuvre apocalyptique, témoin de la fin d’une époque et d’un art qui allait rapidement laisser la place au grandissant marché de la vidéo.
Image
Sans être totalement parfait ou éclatante, la copie de Super Gun Lady s’avère de très bonne facture. La remasterisation a été agréablement soignée et assure un transfert très propre, assez stable (quelques légers cadres tremblotants) et doté d’une colorimétrie vive et équilibrée. Avec un retour 4K à la source pellicule le résultat aurait forcément offert une définition nettement plus poussée, mais ici le piqué accompagne harmonieusement le relief de l’image et son grain d’origine.
Son
Sans fioriture, la piste japonaise mono est disponible en DTS HD Master Audio 2.0, pour une clarté très confortable. Les dialogues sont clairs, les musiques bien incarnées et les ambiances restent relativement discrètes mais bien placées.
Interactivité
Sortie classique, mais toujours de qualité, pour Le Chat qui fume qui dispose le métrage dans un boitier scanavo full frame avec une jaquette reprenant l’affiche d’origine, le tout rangé dans un fourreau cartonné au visuel inédit. On découvre avec plaisir dans le boitier un petit livret uniquement composé de photos inédites en provenance des archives de la Nikkatus.
Toujours autant de soin sur le disque Bluray lui-même, accompagné de deux rencontres avec des spécialistes français. Clément Rauger explore la filmographie de Chûsei Sone et replace le film dans sa carrière autant que dans l’histoire de la Nikkatsu. Il en souligne la grammaire très particulière à une époque où ce cinéma d’exploitation valorisait surtout les effets de style nettement plus maniéristes. Fausto Fasulo, ici en tant que rédacteur en chef de la revue Atom, se consacre lui essentiellement au manga de Tooru Shinohara, au style de l’artiste et à l’importance de ce dernier dans la contre-culture des années 70. Très intéressant dans les deux cas.
Liste des bonus
Flics de choc par Clément Rauger (26’), Du Manga au cinéma par Fausto Fasulo (33’), Films annonces de la collection Nikkatsu, Livret de 16 pages de photos rares issues des coffres de la Nikkatsu.






