SUBWAY

France – 1985
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Luc Besson
Acteurs : Christophe Lambert, Isabelle Adjani, Richard Bohringer, Michel Galabru, Jean-Hugues Anglade, Jean Bouise, Jean-Pierre Bacri, Jean-Claude Lecas, Jean Reno…
Musique : Éric Serra
Image : 2.35 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
Durée : 104 minutes
Éditeur : Gaumont
Date de sortie : 25 juin 2025
LE PITCH
Amoureux fou d’Héléna, Fred, un garçon mystérieux, donne rendez-vous à la jeune femme dans l’univers fascinant et agité du métro parisien. Il possède des documents compromettants qu’il a dérobés à son mari. Dans les couloirs souterrains, les jeunes gens vont découvrir une faune étrange, où se mêlent pickpockets et policiers, « rollers » et musiciens…
« It’s Only Mystery »
Après un étonnant, mais finalement assez discret Le Dernier combat et son voyage post-apocalyptique méditatif, Luc Besson trouve sa voie avec Subway. Un film culte, générationnel même, en forme de trip moderne entre réalisme poétique et postures plus 80’s tu meurs, qui incarne à la perfection son époque.
On pourrait même dire que Subway est le premier vrai film de Luc Besson, Le Dernier combat ressemblant plus à une expérimentation débrouillarde, mais loin d’être inintéressante, dont on peut clairement offrir une part de la paternité à son acteur principal et coscénariste Pierre Jolivet. Il est amusant de voir d’ailleurs comment leurs carrières vont rapidement diamétralement s’opposer, ce dernier montrant rapidement une quête de vérité et de discrétion de la mise en scène de plus en plus frappante, là où l’autre va lui célébrer un cinéma de la forme, de l’image avec un maniérisme assumé. Subway apparait alors comme une sorte de manifeste. Non pas seulement pour le jeune Luc Besson, alors âgé de 26 ans, mais bien pour une nouvelle génération de spectateurs, cherchant toujours l’évasion dans le bleu de Klein, une nouvelle forme de lyrisme urbain, et pour toute une nouvelle bande de cinéastes et techniciens émergeant aux cotés de gens comme Leos Carrax et Jean-Jacques Beineix. Pour eux la forme et le style reprend définitivement le dessus, quitte parfois effectivement à être targués de simples clippeurs, d’adeptes du m’as-tu-vu et du clinquant. Besson s’en fout, il saute dedans à pied-joint et semblerait presque prendre un malin plaisir à bazarder un scénario lacunaire, bourré de failles, d’ellipses et de raccourcis où la psychologie des personnages serait réduite aux plus simples silhouettes héritées des formes primaires du conte (lui le petit prince peroxydé, elle cendrillon punkette) ou d’une BD feuilletée à la va-vite.
Sous le métro, la plage
A ce titre, l’histoire d’amour, impossible forcément, est certes amenée par des dialogues gentiment décalés énoncés avec conviction par Isabelle Adjani et Christophe Lambert, mais elle n’a rien de celle de deux adultes. Des enfants plutôt, à la rigueur d’adolescents, dans leur bulle, capricieux et naïfs. Pour eux la rébellion contre le système prend corps lors d’une soirée chez l’ambassadeur où Adjani, les cheveux en crête, balance ses quatre vérités à l’assemblée, ou dans la passion de Fred pour faire exploser les coffres (il ne les aime pas fermés). La galerie de portraits de s’arrête pas là puisque dans ce microcosme bétonné, ce huis-clos sans soleil, Galabru joue le vieil inspecteur mélancolique, Bacri, alias Batman, s’imagine justicier du métro mais manque systématiquement son ennemi juré Roller (Jean-Hugues Anglade), Bohringer est un vendeur à la sauvette à l’âme de casse-couille et de poète et Jean Reno, presque muet, joue inlassablement de la baguette. L’écriture tend tellement vers l’épure et le second degré, qu’elle devient un canevas idéal pour les démonstrations virtuoses de Luc Besson, multipliant les travelings flottants et glissants à travers les couloirs d’un métro parisien, usant du brutalisme ambiant et des lignes surlignées aux néons pour transformer ce décorum d’un quotidien blafard en monde réenchanté, laissant le blues post-moderne d’Eric Serra imposer sa partition. On reconnait déjà quelques tics à venir du cinéma de Luc Besson, de l’excellente poursuite d’ouverture qui renvoie à Taxi, au traitement branquignole de la police en passant par le héros clairement hors-monde, mais à l’état de terreau vivifiant, rafraichissant, et surtout jamais cynique. Dommage que Besson ait trop rapidement perdu ce petit état de grâce.
Entre la peinture d’une cour des miracles modernes, l’évocation d’un royaume féérique caché sous le niveau des rails et un réel qui tourne presque à la comédie musicale avec son concert final hautement improbable, Subway a effectivement tout du rêve de gosse. Mais doué.
Image
Nouvelle superbe restauration d’un film de Luc Besson par l’équipe de Gaumont, en association avec le laboratoire Video Digital Multimedia, sans doute à partir d’un scan 4k des négatifs 35mm comme pour les précédents Nikita et Leon. Impressionnant forcément surtout que le nettoyage éprouvé (très rares sont les scories persistantes) s’accompagne enfin du retour des textures d’origines : superbes argentiques et un grain vibrant et organique. Le film retrouve tout son relief, solidifié par une compression imparable, structurant les arrière-plans, les larges zones d’ombres, les visages… Surtout Subway se sépare enfin de ses reflets bleutés ou verdâtres qui étaient devenu coutumiers des différentes diffusions vidéos (jusqu’au précédent Bluray de 2009) pour retrouver les teintes plus naturelles, légèrement brutes, d’origines. La force du néon, le tranchant des bleus et des rouges, la lumière rasante et froide : Subway dans son écrin d’origine.
Son
Le film est proposé dans sa stéréo, vive et percutante, d’origine avec au passage un petit rafraichissement bienvenue et une piste DTS HD Master Audio 2.0 qui emballe le tout. Il est aussi visible dans un DTS HD Master Audio 5.0 plus moderne et ample, qui va venir déployer avec minuties nombres d’atmosphères urbaines (échos du métro, passages des figurants…) et offrir plus d’intensité encore aux musiques d’Eric Serra. Savoureux.
Interactivité
Grand plaisir de retrouver autant sur le Bluray que l’UHD l’excellent documentaire tourné par Jean-Hugues Anglade durant le tournage, s’attardant sur les coulisses de nombreuses scènes, observant le réalisateur et ses équipes techniques à l’ouvrage, suivant quelques échanges avec les acteurs, se promenant librement sur le plateau et dans le décor, bien réel, du métro parisien à 1heure du matin. Un document indispensable pour les fans du filmn reflet direct d’une belle expérience du cinéma français et d’une époque.
Mais comme pour Nikita et Léon, Gaumont se fend aussi d’un Bluray supplémentaire compilant les interviews inédites de Jean-Hugues Anglade qui se remémore ces fameux tournages nocturnes et ses séances de roller, de Didier Naert qui explore surtout le métier de décorateur de cinéma, de Michel Jonasz qui rend hommage au chanteur Arthur Simms et enfin de Sophie Schmit, monteuse et coscénariste, et Didier Grousset, assistant réalisateur. Ce sont les deux rencontres les plus riches en infos et anecdotes, revenant sur les premières moutures du scénario, les nuits entières passée par Besson dans le métro pour s’en imprégner et la durée démesurée du premier montage, le faux script présenté à la RATP pour obtenir l’autorisation de tournage et quelques épisodes bien croustillants à découvrir.
Un programme bien riche où il nous manque tout de même des petits retours d’expérience par le réalisateur (certes très avare d’interview on le sait) et ses deux interprètes principaux.
Liste des bonus
« The Making of Subway » par Jean-Hugues Anglade (80’), Bande-annonce, Interviews : Jean-Hugues Anglade (18’), Didier Grousset, assistant réalisateur (20’), Sophie Schmit, monteuse et coscénariste (31’), Didier Naert, assistant décorateur (29’), Michel Jonasz parle d’Arthur Simms, chanteur de « It’s only Mystery » (17’).






