SOUVENIRS PERDUS

France – 1950
Support : Bluray & DVD
Genre : Comédie dramatique
Réalisateur : Christian-Jaque
Acteurs : Bernard Blier, Pierre Brasseur, Suzy Delair, Danièle Delorme, Edwige Feuillère, Yves Montand, François Perier, Gérard Philipe, Armand Bernard…
Musique : Joseph Cosma
Durée : 127 minutes
Image : 1.33 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
Editeur : Coin de mire Cinéma
Date de sortie : 09 avril 2021
LE PITCH
Nous voici aux objets trouvés de Paris… Comment tant de choses banales ou singulières sont elles échouées ici ? À la suite de quel drame, de quelle comédie ? Florence, mannequin, se fait photographier dans les salles égyptiennes du musée du Louvre quand elle rencontre Philippe et le début d’un nouvel amour… Jean-Pierre invétéré séducteur, ment avec poésie non pas pour être aimé pour lui-même mais pour ce qu’il n’est pas… Tous les journaux en ont parlé à l’époque, Gérard de Lancey, interné par sa famille pour ses extravagances et sa folle prodigalité s’évadait de l’asile… Raoul, agent de la circulation amoureux de l’épicière du quartier, monte un plan pour la séduire…
Plaisirs retrouvés
S’approchant du pic, artistique et populaire, que sera le formidable Fanfan La Tulipe, Christian-Jaque était en ce début des années 50 l’un des patrons du cinéma français. Un faiseur de succès, un artisan solide et appliqué sachant s’entourer des meilleurs artistes contemporains. Et de ce côté-là, Souvenirs Perdus a de sacrés arguments.
A une époque où l’on aimait encore les films à sketchs (tradition largement épuisée depuis, plus encore en France), Christian-Jaque en proposa sa variation, emboîtant le pas de quelques mois à peine au célèbre La Ronde de Max Ophüls. Pas de passage de relais entre metteur en scène ici, c’est bien Christan-Jaque qui va signer les quatre segments qui composent Souvenirs perdus, partant du prétexte, assez mince mais commodes, de la réserve des objets perdus. Des pièces anodines, une statuette égyptienne, une couronne mortuaire, une cravate et un violon qui, magie du cinéma, ouvrent la porte aux souvenirs de leurs propriétaires. Là où certains auraient alors dérivé sur un sentiment égal à chaque chapitre, le cinéaste préfère jouer la variation, se laissant porter par la plume de ses collaborateurs scénaristes et paroliers.
Ainsi le premier chapitre, un bel élan de comédie sentimentale célébrant la mélancolie de deux cœurs qui se retrouvent des années après, mais peinent à ne plus se mentir, porte indéniablement la marque poétique de Jacques Prévert. Il n’est d’ailleurs jamais aussi bien servi que par le charmeur Pierre Brasseur (Les Enfants du Paradis), accompagné pour l’occasion par une Edwige Feuillère tout en délicatesse. A cette légère douceur répondra en conclusion du film le beaucoup plus léger, enjoué, mais néanmoins grinçant « Le Violon », moquant un pauvre policier, Bernard Blier, se faisant voler sa place de prétendant auprès d’une gentille mère de famille par un Yves Montand aux sommets de ses charmes tous parisiens. Là encore l’écriture de Prévert fait des merveilles.
Instantanés parisiens
Pas en reste, c’est le duo Henry Jeanson (Fanfan La Tulipe, La Vache et le prisonnier) et Pierre Véry (L’Assassinat du Père Noël) qui sont en charge des deux sketchs restants. Et si le premier, « La Couronne Mortuaire » est une réjouissante et irrésistible farce célébrant le pouvoir comique de François Perier et Suzy Delair, le suivant se montre bien plus étonnant. Détonnant même, puisque le 3ème segment de Souvenirs perdus est l’histoire d’une rencontre sidérante entre un serial killer et une jeune femme suicidaire qu’il sauve. Gérard Philipe est époustouflant en psychopathe presque touchant, et Danièle Delorme admirable en créature perdue. Désespéré, cruellement noir, « Une cravate de fourrure » est aussi le court le plus impressionnant esthétiquement, travaillant une photographie impressionniste et une réalisation au cordeau. Maître d’orchestre de ce quadriptyque dont le seul vrai point commun est l’échec récurent du sentiment amoureux, Christian-Jaques réussit à la fois à homogénéiser le programme et à explorer à chaque fois une facette de son métier, rappelant, sans doute volontairement, quelques grands moments de sa filmographie.
Les ruptures de styles, de tons, et d’atmosphères sont à caque fois maîtrisés, et comme le tout est aussi habilement écrit qu’interprété, ces petits souvenirs retrouvés restent un excellent moment de cinéma.
Image
Remasterisation légèrement en dessous des standards de l’éditeur avec une restauration certes soignée mais qui n’a pas connu les honneurs d’une source rescannée en 2K ou 4K, Souvenirs perdus est encore accompagnées de petites traces aléatoires et légères imperfections. Des marques de l’âge qui s’intègrent parfaitement dans le spectacle et dans des cadres bien dessinés et joliment contrastés. N’y manque finalement qu’une intensité plus soutenue dans la définition, mais l’ensemble est plus qu’agréable et solide.
Son
Peut-être un peu plus marquée que l’image, la piste sonore originale a des moments de fatigue avec quelques effets de saturations et autres chuintements. Plus tout jeune le mono est tout de même proposé dans un DTS HD Master Audio qui là encore bataille efficacement contre les années.
Interactivité
Pas de supplément en rab ou de sujet pour venir éclairer la naissance du film, l’édition de Souvenirs perdus reprend le cadre désormais habituel de la fameuse Séance de Coin de Mire. Soit une belle sélection d’ancienne réclame comme on fait plus, petits moments souriants et nostalgique qui viennent compenser des actualités de 1950 pas franchement des plus réjouissantes (Franco, le Vietnam…). Le packaging est toujours aussi sobre et élégant, contenant en plus des disques Bluray et DVD des reproductions de photos et de l’affiche ainsi qu’un livret composé de documents d’époque dont la partition de la chanson originale interprétée par Yves Montand.
Liste des bonus
La séance complète avec actualités Pathé, réclames publicitaires et bandes-annonces d’époque, un livret reproduisant des documents d’époque (24 pages), 10 reproductions de photos d’exploitations (14,5 x 11,5 cm), la reproduction de l’affiche d’époque (29 x 23 cm).