SOPHIE ET LE CRIME

France – 1955
Support : Bluray
Genre : Policier
Réalisateur : Pierre Gaspard-Huit
Acteurs : Marina Vladys, Peter van Eyck, Jean Gaven, Dora Doll, Marcelle Géniat, Paul Guers…
Musique : Georges Van Parys
Image : 1.37 16/9
Son : Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
Durée : 98 minutes
Editeur : Coin de mire Cinéma
Date de sortie : 1er juillet 2025
LE PITCH
Arrivée depuis quelques mois à Paris, Sophie Brulard, qui a 20 ans et le goût de l’indépendance, s’est aménagée une mansarde dans le quartier de la place Maubert. Un jour, une femme est assassinée à coups de couteau dans l’appartement voisin. Tout de suite, les soupçons se portent sur le mari de la victime, Frank Richter, qui a disparu depuis la nuit du crime. Or, le lendemain, Sophie se retrouve face à Richter lui-même.
Adorable détective
Curieux petit film noir un peu oublié aujourd’hui, Sophie et le crime n’est pas marqué une ambiance sombre et inquiétante, par une vision désespérée d’un Paris sous le joug du crime, il est surtout éclairé par la bouille charmante d’une Marina Vladys déguisée en détective en herbe, fraichement naïve.
Adaptation du roman éponyme de Jacques Laurent, lauréat du prix du Quai des orfèvres deux ans plus tôt, Sophie et le crime est surtout le premier véritable film d’un Pierre Gaspard-Huit qui avait dû se contenter jusque-là de travaux d’assistant, de courts métrages, de scénarios et de co-réalisations. Mais cette importante étape dans sa carrière professionnelle n’est pas accompagnée forcément d’un sentiment de libération créative. Comme beaucoup d’autres, le futur metteur en scène du Capitaine Fracasse avec Jean Marais (son plus grand succès), s’identifie nettement comme un artisan, un faiseur de métier. En image Sophie et le crime est effectivement un film bien fait, profitant d’une très belle photographie noire et blanc, de cadre propres mais sans grands relief, et d’une construction générale surtout placée à disposition des acteurs. L’affaire en elle-même est cousu de fil blanc et rares sont les spectateurs qui passeront à coté du véritable coupable du meurtre de la voisine du dessus, et c’est de toute façon une approche beaucoup plus décontractée que véritablement policière qui est proposée.
Le crime c’est son affaire
La charmante Sophie, jeune journaliste débutante qui joue de ses sourires enjôleurs et de ses moues boudeuses pour faire sa place, mène le film par le bout du nez au gré de ses inspirations, presque de ses caprices, passant son temps à se mettre en danger pour défendre ce Mr Richter trop gentil pour être véritablement coupable du décès de son épouse. La véritable police s’en amuserait presque tandis que le collègue photographe, très intéressé, tente constamment de la mettre en garde contre ses imprudences. Un petit côté Nancy Drew, qui venait justement de faire son entrée sous le nom d’Alice Roy dans l’incontournable Bibliothèque verte, pour cette aventure qui n’affiche pas beaucoup de mordant ou de véritable suspens, mais qui n’est jamais vraiment déplaisante grâce aux dialogues bien sentis, et souvent assez drôles, de Marcel Achard, et par le charisme du duo de tête, délicieuse Marina Vladys, belle et agaçante comme un cœur, et Peter Van Eyck (Le Salaire de la peur) qui joue ici parfaitement de son visage émacié et inquiétant pour semer le doute.
Lors de la promotion du film, l’actrice ne louera d’ailleurs que son partenaire, se montrant à côté de cela extrêmement critique quand au résultat final qu’elle trouvait ouvertement ennuyeux. On n’ira pas jusque-là, Sophie et le crime est un divertissement modeste et anecdotique soit mais il fait passer un petit moment très agréable. Peut-être aussi car le métrage se dote désormais d’un aspect témoignage assez précieux, décrivant en filigrane autant les désirs de liberté et d’amusements de la nouvelle génération (les zazous, les sauteries bourgeoises, les flirts, l’émergence d’une féminité plus indépendante…) que les dernières belles heures d’un Paris encore constitué de quartiers populaires habités par les ouvriers, les artisans, les immigrés, et d’autres plus malfamés (prostitution, délinquances, bouges…) où les taxis refusaient de s’aventurer la nuit. Même si l’essentiel du film s’est tourné dans les fameux studio de Neuilly, les amoureux de la capitale y décèleront quelques fantômes d’un Paris aujourd’hui définitivement disparu.
Image
On n’est jamais déçus avec Coin de mire. L’éditeur nous fournit une nouvelle fois une copie en tout point admirable. Une restauration délicate et profonde inédite effectuée par Les Films du Jeudi à partir d’un scan 4K des négatifs qui permet de redécouvrir le métrage avec une image d’une propreté saisissante, d’une stabilité imparable, le tout avec un maintient appréciable du grain et des argentiques d’origines. De beaux contrastes noir et blanc délicats et naturels, parachèvent le tout.
Son
La piste mono française se trouve un bel écrin avec ce DTS HD Master Audio 2.0 qui ne dénature jamais la prestation d’origine mais la restitue avec le maximum de clarté et de finesse. Aucune véritable perdition à noter, l’ensemble est confortable et bien mené.
Interactivité
On retrouve comme il se doit l’habituelle mais incontournable « séance » à l’ancienne qui permet de revoir le film dans les conditions d’autrefois avec en ouverture les actualités Pathé de la 33ème semaine de l’année 1955, particulièrement chargée, avec des sujets sur des signes de détente à Genève avec les représentants de la Chine communiste, le retour d’Afrique du Dr Schweitzer, l’affaire Dominici qui rebondissait (encore), les championnats de France d’athlétisme à Colombe avec le fameux Mimoun, un sujet douteux sur les Témoins de Jehovah et le bonheur (sic) de la première centrale nucléaire en Angleterre. Le programme embraye avec l’excellente bande annonce de Les Diaboliques et une belle sélection de réclames datées mais charmantes dont un très joli court métrage animé pour la marque de savon Le Chat.
L’éditeur a ajouté à tout cela un petit document d’archive court mais très intéressant qui traite des bouleversements architecturaux du vieux Paris dont la disparition programmée du Viaduc d’Argenteuil visible dans le film, ainsi qu’une nouvelle présentation signée Julien Comelli. Habitué de l’exercice, ce dernier nous fait les petites filmographies de circonstance, souligne le petit mélange des genres et l’aspect assez unique de l’objet, mais revient aussi sur son succès très limité en salle et le désintérêt de l’actrice principale.
Liste des bonus
La séance complète avec actualités Pathé, réclames publicitaires et bandes-annonces d’époque (21’), « La Fille qui en savait trop » : document de Julien Comelli (19’),
« la Fin du viaduc d’Auteuil – Paris qui change » (1’).






