SHERLOCK HOLMES CONTRE JACK L’ÉVENTREUR

A Study in Terror – Royaume-Uni – 1968
Support : Bluray
Genre : Policier, Thriller
Réalisateur : James Hill
Acteurs : John Neville, Donald Houston, John Fraser, Anthony Quayle, Robert Morley, Barbara Windsor, Judi Dench…
Musique : John Scott
Image : 1.77 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 95 minutes
Éditeur : BQHL Editions
Date de sortie : 25 février 2026
LE PITCH
Londres, 1888. Comme tous les Londoniens, Sherlock Holmes et le docteur Watson lisent dans la presse les articles relatant les abominables meurtres commis dans les rues mal famées de Whitechapel par un assassin qui se fait appeler Jack l’Éventreur. À l’enquête, les deux hommes se retrouvent impliqués le jour où, à Baker Street, ils reçoivent un colis contenant des instruments chirurgicaux. Les armes du crime ? Possible. Un écusson met Sherlock Holmes sur la piste du duc de Shines dont le fils aîné rêvait d’exercer la médecine…
Les Crimes de Whitechapel
Véritable rencontre au sommet, et alors totalement inédite à l’écran, Sherlock Holmes contre Jack L’Éventreur confronte deux icônes de l’ère victorienne : le meilleur détective du monde d’un coté et le premier des serial killer de l’autre. Comme une évidence pour un excellent film gothique britannique.
Les années 60 sont effectivement l’âge d’or du cinéma gothique anglais, propulsé par le grand studio Hammer et repris par tout une industrie avide de monstres à l’ancienne, de thrillers macabres et de sensations fortes. C’est d’ailleurs bel et bien la Hammer qui en 1959 donne une nouvelle orientation aux adaptations de l’œuvre de Conan Doyle grâce au magnifique Le Chien des Baskerville signé Terrence Fisher. Une adaptation relativement fidèle mais qui surtout insiste sur la proximité entre l’univers de Sherlock Holmes avec celui d’un fantastique plus prégnant voir très graphique. Si les studios de Bray ne poursuivent malheureusement pas l’aventure, ils laissent la place ouverte à d’autres comme le producteur Henry E. Lester qui engage le même réalisateur pour mettre en boite Sherlock Holmes et le collier de la mort (Christopher Lee jouant désormais le détective) puis le présent Sherlock Holmes contre Jack L’éventreur. Un homme qui a de la suite dans les idées puisqu’en 1970 il signera son plus gros succès avec La Vie privée de Sherlock Holmes réalisé par Billy Wilder. Toujours cette même volonté en tous cas de respecter le canon littéraire tout en lui donnant des échos plus originaux, sans doute plus modernes. Sherlock Holmes contre Jack l’éventreur est ainsi un pur film de cette fin des années soixante, embrassant l’esthétique gothique à la mode, les explosions de couleurs type Technicolor et un tournage en studio qui offre de splendides décors de vieilles ruelles londoniennes, de pubs mal fréquentés, de morgues froides et d’intérieurs délicieusement bourgeoises.
Jeu d’ombres
Cinéaste artisan qui en dehors de The Man from Nowhere et Le Capitaine Nemo et la ville sous-marine est surtout connu pour ses nombreuses participations à des classiques de la télévision comme Le Saint, Chapeau melon et bottes de cuir ou Journey to the Unknown, James Hill ne fait certes pas preuve d’une maestria confondante, ni d’une inspiration particulièrement notable dans sa mise en scène, mais il capture très efficacement cette atmosphère évocatrice. Celle d’un Londres partagé entre les richesses d’une aristocratie bien installée (la famille Carfax) et une misère omniprésente qui viendra d’ailleurs teinter l’enquête de quelques réflexions sur les injustices sociales de la société britannique jusque dans le développement même de l’enquête. Inédite (même si bourré de clins d’œil à d’authentiques nouvelles), cette dernière est étonnement très bien construite, refusant la facilité du sensationnalisme dû à la présence de Jack L’éventreur, pour en aborder de nombreux faits réels (l’identité et l’ordre des victimes, le courrier envoyé à Scotland Yard…) à l’aune d’un récit policier à la hauteur de Sherlock Holmes mais aussi d’une authentique tragédie familiale faite de secrets, de regrets et de lutte des classes.
Prenant, relevé de quelques rixes de tavernes et poursuites nerveuses jusqu’à un final spectaculaire en diable, Sherlock Holmes contre Jack L’Éventreur est une authentique réussite du genre et l’un des meilleurs Sherlock Holmes porté à l’écran. Une réussite qu’il faut aussi créditer à l’excellente partition d’un casting de haute qualité. On y remarque le toujours impeccable Anthony Quayle (Lawrence d’Arabie, Le faux coupable, Les Canons de Navaronne…), un Frank Finlay (Les Trois mousquetaires, Othello, Le Pianiste…) mémorable en Lestrade toujours dépassé, une toute jeune et déjà remarquable Judi Dench et surtout un éclatant John Neville dans le rôle-titre. Le futur Baron de Münchhausen de Terry Gilliam propose un Sherlock Holmes particulièrement alerte, presque joueur, mais aussi capable d’une profonde humanité. Un trait de caractère souvent gommé au cinéma.
Image
La copie HD du film est loin d’atteindre tous les standards actuels. De nombreux points blancs, traces, restes de griffures et légères instabilités lumineuse sont encore très visibles, démontrant qu’aucun travail à la source n’a pu être effectué. Abimé certes, mais loin d’être désagréable puisqu’en plus de garder des sensations « dans son jus » la copie offre la plupart du temps une définition plutôt efficace avec de jolis détails apparaissant sur les costumes, dans la profondeur des décors, en particulier dans les passages les plus lumineux. Inégales, les couleurs elles aussi retrouvent une nouvelle intensité et s’approche nettement plus des sensations « Technicolor » voulues. Il reste une grande marge d’amélioration pour Sherlock Holmes contre Jack L’Éventreur, mais cela reste pour l’instant la seul copie HD disponible sur le marché de toute façon.
Son
Les monos d’origine ont bien été respectés et gardent là aussi quelques traces des années. La version originale, plus intense et énergique, laisse passer quelques saturations et petites crissements occasionnels. La version française, au doublage d’excellent qualité, est marquée comme souvent par un détachement des voix vers l’avant mais se révèle plus équilibré et stable.
Interactivité
Après Opening et Filmedia, c’est au tour de BQHL de nous proposer une édition Bluray de Sherlock Holmes contre Jack L’Éventreur. On y recroise d’ailleurs le très sympathique documentaire Sherlock Holmes contre Conan Doyle qui retrace la relation parfois houleuse entre le romancier et sa création, explore le canon littéraire et ses diverses adaptations à l’écran. Rien de bien nouveau pour les connaisseurs, mais le programme se laisse très agréablement suivre. Il est complété par une rencontre avec Marianne Stjepanovic (autrice d’une biographie de Conan Doyle) qui s’attache plus particulièrement à explorer les contours du film en présence. Ses liens avec les romans de Doyle, avec la véritable affaire criminelle, le choix et le jeu des acteurs, la structure du scénario, l’ambiance générale… La aussi la discussion est tout à fait plaisante et intéressante.
Liste des bonus
Le livret « Sherlock Holmes, 125 ans d’enquêtes à l’écran » (76 pages), Entretien avec Marianne Stjepanovic, biographe de Conan Doyle (43’), « Sherlock Holmes contre Conan Doyle » (52’).







