SHALAKO

Royaume-Uni, Allemagne – 1968
Support : Bluray
Genre : Western
Réalisateur : Edward Dmytryk
Acteurs : Sean Connery, Brigitte Bardot, Stephen Boyd, Jack Hawkins, Peter Van Eyck, Honor Blackman, Woody Strode, …
Musique : Robert Farnon
Durée : 112 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Français & Anglais DTS-HD Master Audio 2.0 Mono
Sous-titres : Français
Éditeur : Studiocanal
Date de sortie : 1er juin 2021
LE PITCH
Nouveau-Mexique, en 1880. Des aristocrates venus d’Europe s’engagent dans une partie de chasse en plein territoire Apache, violant un traité de paix. Malgré ses réticences, Shalako, un colonel de l’armée américaine, tente de protéger les étrangers des représailles indiennes …
Les proies
Étrange alignement de planètes que Shalako. Sous la direction d’un Edward Dmytryk en fin de carrière, Sean Connery et Brigitte Bardot se partagent pour la première (et dernière) fois la vedette d’un western singulier et en mal d’identité.
Producteur britannique auquel on doit notamment L’Enfer des Tropiques avec Robert Mitchum, Euan Lloyd se sera battu de nombreuses années pour que Shalako, adaptation d’un roman de Louis L’Amour, puisse voir le jour. Entre l’aspirant nabab natif de la ville de Rugby (ça ne s’invente pas) et passionné d’aventures et le prolifique romancier dont les séries de westerns régalent les amateurs les plus exigeants, le courant est toujours bien passé. Très tôt, d’ailleurs. Avant même la parution de Shalako en 1962. Scénario en main, Lloyd fit la tournée des studios hollywoodiens dès 1963, essuyant refus sur refus. La cause ? Le coût des assurances lié à la présence de Henry Fonda dans le rôle-titre et d’un tournage au Mexique. Loin d’être découragé, Lloyd rebondit en saisissant plusieurs opportunités. Devenu un sex symbol et une star mondiale grâce au succès de James Bond, Sean Connery ne cache pas, dès 1965, son intention de quitter la franchise d’Eon pour se forger sa propre carrière, quitte à se lancer dans des projets aussi différents les uns des autres. Autre sex symbol, la française Brigitte Bardot enflamme les 60’s mais refuse dans un premier temps Shalako. Sa séparation d’avec l’homme d’affaires Gunter Sachs la convainc finalement d’accepter, la star de Et Dieu créa … la femme et du Mépris ne crachant pas sur quelques semaines de vacances sous le soleil d’Espagne, fusse pour un film et un rôle auxquels elle ne comprend pas grand-chose. L’Espagne, justement. Le succès des westerns spaghetti de Sergio Leone transforment Almeria en nouvel El Dorado du genre, avec une main d’œuvre bon marché et très compétente. Après être parvenu à réunir des fonds un peu partout en Europe et avec son duo de rêve, le producteur n’a plus qu’à embaucher un metteur en scène solide. Son choix se porte sur Edward Dmytryk, populaire dans les années 50 (après une longue traversée du désert et un exil londonien dans la tourmente du McCarthysme) mais alors en perte de vitesse.
Promenade dans le désert
Tout ça pour ça, serait-on tenté de dire. Divertissement tout à fait honorable en soi, Shalako peine pourtant à faire honneur à son affiche de rêve. Sur près de deux heures de durée, le film n’offre rien de bien palpitant à se mettre sous la dent. Sur la base d’une confrontation entre une poignée d’aristocrates en goguette venus se payer un safari sous le soleil de plomb du Nouveau-Mexique, des cowboys opportunistes et une tribu d’indiens Apache, Shalako dérive vers la course-poursuite poussiéreuse et le survival mou du genou, retardant une confrontation finale plus frustrante qu’autre chose. Les enjeux du scénario de J.J. Griffith et Hal Hopper, entre éparpillement et manque d’ambition, ne trouvent aucun refuge dans une galerie de personnages pour la plupart détestables. Lâcheté et suffisance dominent et les indiens sont un peu trop caricaturaux pour que l’on puisse adhérer à leur colère, pourtant justifiée. Entre film d’aventure sur fond de lutte des classes et des territoires, western de l’âge d’or (un aspect souligné par la très belle partition old school de Robert Farnon) et euro-western violent et pamphlétaire, Shalako ne sait que choisir. Et rares sont les scènes où ces trois courants se rejoignent harmonieusement. Tout juste pourra-t-on citer ce moment où le baron teuton interprété par l’excellent Peter Van Eyck propose à ces compagnons d’infortune d’escalader un pic rocheux pour gagner du temps sur leurs poursuivants et mettant ainsi à profit ses talents de grimpeur dans les Alpes Bavaroises. Sans doute l’une des meilleures scènes du film.
De la personnalité même de Dmytryk, ancien communiste n’ayant jamais cessé de concentrer son attention sur les inégalités de l’échelle sociale, on ne retrouve ici que des bribes. Un dîner aux chandelles avec argenterie, champagne et domestique au beau milieu des ruines d’un ranch et sous le regard de cowboys rugueux, le lien qui se créé entre la femme d’un sénateur hautain et un jeune homme avec qui elle retrouve le plaisir de partager quelques mots en espagnol, sa langue natale. Pour le reste, le réalisateur d’Ouragan sur le Caine se contente d’appliquer son savoir-faire à des cadrages en scope très professionnels et lâche la bride à deux occasions, illustrant des explosions de violence typiques d’un bis transalpin, entre un cowboy supplicié et transpercé par une lance et le quasi-viol d’Honor Blackman aux mains d’Apaches vicieux et cruels.
Quant à Sir Sean et BB, heureux d’être là à défaut d’avoir grand-chose à jouer, ils livrent précisément ce que l’on attend d’eux. Sean, magnétique, bombe le torse en toute virilité et Brigitte tombe le haut lors d’une séquence à l’érotisme aussi chargé que gratuit. Mais, avec le recul, on retiendra surtout cette séquence d’ouverture où l’icône de lutte pour le bien-être animal abat un félin avec une fierté malfaisante. Les temps changent.
Image
Avec ses rouges qui bavent et sa définition tremblotante, le générique de début n’augure rien de bon. Mais le rendu s’améliore dès les premières scènes avec une luminosité éclatante, un grain élégant et des visages parfaitement mis en valeur. La copie ici employée par Studiocanal est donc la même que celle du bluray US de Kino Lorber. Une bonne nouvelle en termes de qualité mais aussi en termes de montage puisqu’il s’agit là d’une version intégrale et non censurée. Du pain béni pour les collectionneurs.
Son
Du mono robuste et sans la moindre bavure. Le score bondissant de Robert Farnon se déploie à l’avant sans la moindre perte de relief, les dialogues sont clairs, les ambiances, bien que rares, ont la pêche et pas le moindre souffle audio à l’horizon. Rien à redire.
Liste des bonus
Aucun.