SANS UN CRI

Ο φόβος – Grèce – 1966
Support : Bluray
Genre : Thriller, Drame
Réalisateur : Kostas Manoussakis
Acteurs : Elli Fotiou, Anestis Vlahos, Spyros Fokas, Elena Nathanail, Mary Hronopoulou, Alexis Damianos…
Musique : Giannis Markopoulos
Image : 1.37 16/9
Son : Grec DTS Master Audio 1.0
Sous-titres : Français
Durée : 106 minutes
Editeur : Intersections Films
Date de sortie : 31 octobre 2025
LE PITCH
Dans la campagne grecque des années 60, une jeune sourde-muette disparaît sans laisser de traces. Servante docile d’une famille de riches propriétaires terriens, elle était l’objet du désir trouble d’Anestis, le fils de la maison à la libido dévorante. Craignant le scandale, les parents tentent de dissimuler la vérité, étouffant les rumeurs sous le poids des convenances tandis que leur fille soupçonne le pire. Alors que les rancunes, jalousies et frustrations refoulées refont surface, l’équilibre fragile de toute une communauté est prêt à imploser.
Les crimes d’Anestis
Troisième et dernier film réalisé par le cinéaste grec Kostas Manoussakis, Sans un cri (ou La Peur) marqua le point final d’une nouvelle vague du cinéma local rapidement étouffé par la Dictature des colonels. Un cinéma puissant, esthétique et animal que l’on peut enfin redécouvrir en condition optimale grâce à l’éditeur Intersections Films.
Cinéaste purement indépendant, refusant catégoriquement l’imprégnation d’une quelconque autorité commerciale, étatique, voire même une quelconque influence venue des nations voisines, Kostas Manoussakis n’a réussi à mettre en boite que trois longs métrages sur la période courte allant de 1958 à 1966. Quelques années où justement le cinéma grec relevait la tête et entamait une reconquête de ses propres frontières. Après Amours dans les dunes et Trahison, explorant déjà chacun à leur façon des thèmes titillant la censure (la sexualité et la vacuité du fascisme), il signe avec Sans un cri ce qui est considéré par beaucoup comme sa plus belle œuvre. Le sujet en soi, jamais très loin du pur fait divers, aurait plutôt prêter le flan à une description réaliste, pas loin du cinéma vérité, avec cette famille étouffant sous les secrets et les ressentiments, devant réapprendre à faire front pour protéger le fils, coupable d’avoir violé et tué dans un accès de violence, la jeune servante muette. Un crime terrible et misérable, à l’image d’Anestis pauvre trentenaire toujours puceau, écrasé par un père autoritaire, abandonné par une mère effacée, craint par une sœur qui ne cherche depuis longtemps qu’à s’échapper et constamment moqué dans cette campagne perdue dans l’espace et le temps.
Angoisses
Un drame rural mais qui ne verse pas dans le mélodrame en optant pour le point de vue même du coupable, observant son glissement progressivement vers le passage à l’acte puis accompagnant une culpabilité et une terreur de se faire découvrir de plus en plus envahissante. Un angle dramatique qui entraine dès lors le métrage vers une atmosphère de plus en plus étouffante et malsaine alors que le vrai visage de ses proches se révèle, que la famille vole en éclat et que l’étau se resserre. Jamais très loin du film noir ou du thriller criminel, versant psychologique trouble, Sans un cri surprend constamment par son érotisme sourd, suggéré, mais sauvage, et sa mise en image d’une existence collective presque uniquement mue par la frustration. Doté d’un noir et blanc crépusculaire de toute beauté, le métrage déambule aux lisières du cauchemar, hanté par des sonorités inquiétantes mélangeant instruments traditionnels et distorsions électroniques avant-gardistes.
Si le film peut ronronner parfois d’une scène à l’autre et aurait pu appuyer plus encore sur la représentation voulue d’une société patriarcale et figée, il s’achève brillamment sur une séquence de danse cathartique et mémorable où le protagoniste se perd dans ses mouvements, sa folie et son animalité, encerclés par les spectateurs alors qu’en montage alterné le corps de sa pauvre victime réapparait à la surface de l’eau sous le regard d’un témoin. L’enchainement brutal de plans figés parachève avec éclat cette tragédie majeure.
Image
Film rare et surtout croisé dans des copies très abimées jusque-là, Sans un cri a été restauré par Mondo Macabro à partir d’un scan 2K des négatifs 35mm. Le master a profité d’un nettoyage éprouvé afin de gommer de nombreuses traces des années (griffures, taches, instabilités diverses) et même si quelques soucis sous la forme de points blancs ou de bords tachetés persistent parfois, le résultat est impressionnant. Les cadres sont désormais nets, profitant d’un piqué bien ferme et creusé, tout en affirmant pleinement la nature argentique de la source avec un noir et blanc subtilement contrasté, aux accents légèrement métalliques et doté d’un grain fluide et organique. Une sacrée résurrection.
Son
Un même travail de rafraichissement a été apporté à la piste mono d’origine permettant de le diffuser avec un DTS HD Master Audio plus clair et équilibré qu’autrefois. Quelques scories et saturations persistent, le film faisant bien son âge, mais là aussi il n’y a aucune comparaison possible avec d’anciennes projections.
Interactivité
Sans un cri rejoint le très beau catalogue d’Intersections et reprend donc le sobre packaging avec boitier scanavo à jaquette grand format et dans le boitier un livret analytique concocté par Jacques Spohr, spécialiste du cinéma grec. Il y resitue l’émergence d’une nouvelle vague fugace mais marquante au cours du milieu des années 60, décrit le contexte de l’apparition du film, revient sur l’œuvre et la carrière de Kostas Manoussakis avant de décrypter plus avant le film lui-même. Un écrit très intéressant, d’autant que ce cinéma là est relativement confidentiel par chez nous, dont on retrouve plus ou moins les grandes lignes et les réflexions dans la présentation vidéo enregistrée par le même intervenant. A chacun de choisir son format de prédilection donc.
Liste des bonus
Un livret contenant un essai de Jacques Spohr sur le film et son contexte historique (40 pages), Entretien avec le critique de cinéma Jacques Spohr (41’), Bande-annonce.






