SAC DE NŒUDS

France – 1985
Support : Bluray
Genre : Comédie
Réalisateur : Josiane Balasko
Acteurs : Isabelle Huppert, Josiane Balasko, Farid Chopel, Jean Carmet, Coluche, Dominique Lavanant, Micel Albertini, Daniel Russo…
Musique : Gérard Blanchard, Michel Goglat
Image : 1.85 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Aucun
Durée : 90 minutes
Editeur : Rimini Éditions
Date de sortie : 18 mars 2025
LE PITCH
Anita, seule et au bout du rouleau, décide de se suicider. Mais son projet est contrarié par l’arrivée inopinée du couple du dessus, Rose-Marie et son mari, venus poursuivre chez elle l’une de leurs innombrables disputes. Mais cette fois, Rose-Marie plante un couteau dans le ventre de l’homme violent. Pour les deux femmes, c’est le début d’une folle cavale.
Merci la vie
Premier film réalisé par Josiane Balasko en personne, Sac de nœuds ne fut pas en 1985 le succès escompté malgré l’amour indéfectible que les spectateurs vouaient à la troupe du Splendid. Justement, sans doute trop décalé, trop vachard, trop sombre, l’essai ne se contentait pas de resservir une formule, mais bien d’affirmer une auteur en mode solo.
Si les camarades Michel Blanc et Gérard Jugnot avaient toujours affiché une grande volonté de passer à la réalisation, Josiane Balasko avait plutôt creusé le sillon de l’écriture que ce soit au théâtre (Bunny’s Bar et bientôt Nuit d’ivresse) ou au cinéma avec des participations à Retour en force, L’Année prochaine… si tout va bien et surtout Les Hommes préfèrent les grosses. Mais c’est en voyant les grands succès populaires de Pinot Simple Flic et Marche à l’ombre que l’idée de confier un projet à Josiane Balasko germe dans la tête de producteurs comme Claude Berri puis Marie-Laure Reyre (Possession, L’effrontée). Quelque peu réticente à l’idée au départ, l’actrice finit par accepter la charge par la force des choses, son dernier sujet en date ne trouvant justement aucun metteur en scène de disponible. Ce projet est bien entendu Sac de nœuds, co-écrit avec Jacques Audiard (oui le futur réalisateur de Sur mes lèvres et Emilia Pérez) qui tient beaucoup moins de la grosse comédie que de la farce sociale.
Thelma et Louise made in France
L’univers n’est plus déluré et coloré comme dans Les Hommes préfèrent les grosses, mais s’inscrit au raz du bitume, s’ouvrant sur un décor de banlieue délabrée où Anita (Balasko donc) n’hésite pas à se prostituer au chinois du coin pour payer la bonbonne de gaz qui lui permettra de se suicider, tandis que Rose-Marie (Isabelle Huppert en mode Marilyn des supérettes) se fait tabasser par son mari flic et alcoolo. Un coup de bouchon de bonbonne dans la tronche et un couteau planté dans le beauf de service plus loin, et les deux donzelles s’échappent vers le road movie jalonné de petits braquages et de vols de véhicules (avec ou sans caravane) et sont rapidement rejointe dans leur cavale par Rico (Farid Chopel) petit truand peu dangereux échappé de prison malgré lui. Un trio branque comme les aime Balasko traversant une France très loin des joies du fluo, uniquement illustrée par des autoroutes grisâtres, des quartiers miteux où fleurit la petite criminalité et les proxénètes comme Coyote (Coluche toujours prompte à rendre service aux copines) transformant le parking d’un immeuble en tripot et boite à putes. Mine de rien Balasko aborde ici des sujets franchement difficiles comme le suicide, les femmes battues, la sexualisation des femmes et plus généralement la misère ordinaire, mais sans une once de misérabilisme s’inspirant clairement de l’école italienne (Les Monstres de Dino Rosi) dans le mélange de réalisme caricatural et méchant, et du grand modèle Bernard Blier dans une construction faite d’errances et de rencontres, où finit par naitre un curieux onirisme. Presque du surréalisme même lorsque les trois protagonistes croisent Jean Carmet en sympathique pharmacien rescapé des camps de concentration et semblant encore attendre sa libération.
Plutôt osé pour un premier film, Sac de nœuds reste forcément un peu fragile. Le film est ainsi marqué par un certain manque de cohésion et de fermeté, se plombe un peu dans une dernière partie qui se sait plus trop comment achever son affaire et doit supporter une bande son rock vite horripilante. Mais il est constamment rattrapé par l’alchimie réussie entre la petite troupe d’acteurs (et en particulier le trio de tête), les bons gags dilués à rythme soigné et les toujours excellents dialogues de Balasko, visant juste avec ironie, cruauté et même un soupçon de poésie.
Image
Comme pour Les Hommes préfèrent les grosses, Sac de nœuds a eu les honneurs d’une restauration de luxe à partir d’un scan 4K des négatifs. Un travail manifestement plus compliqué que pour le titre précédent puisque certains segments sont encore marqués par un grain oscillant et quelques instabilités. Il est cependant évident que le nettoyage a été très poussé et soigné, tant les cadres se révèlent plus propres que jamais, et que le réétalonnage redonne un vrai coup de fouet au film.
Son
Restauré à partir de la bande magnétique d’origine et réhabilité dans un DTS HD Master Audio 2.0 aussi clair que limpide, le bon vieux mono parait plus confortable que jamais avec des échanges équilibrés et des musiques certes envahissantes mais qui ne gênent jamais les dialogues.
Interactivité
Second titre de la collection Balasko chez Rimini Edition, Sac de nœuds en reprend tout logiquement le packaging avec le boitier scanavo classique, le fourreau cartonné et le nouveau visuel cette fois-ci aux accents orangés.
Du coté des bonus on peut visionner un petit sujet avant / après sur la restauration du film, mais aussi et surtout une nouvelle discussion avec l’actrice / réalisatrice qui revient sur ce premier passage, un peu forcé, à la réalisation, un apprentissage sur le tas des questions techniques et ses prises de bec avec la productrice. Toujours beaucoup de franchise, et d’amitié pour son compagnon d’écriture, ses comparses à l’écran de Huppert à Lavanant, sans oublier bien entendu quelques petites anecdotes au passage. Un bon moment à l’image de la dame.
Liste des bonus
Interview de Josiane Balasko (19’), La restauration du film (3’), Teaser, Bande-annonce.