ROMANCE & A MA SŒUR !

France, Italie– 1999, 2001
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Catherine Breillat
Acteurs : Caroline Ducey, Sagamore Stévenin, François Berléand, Rocco Siffredi, Anaïs Reboux, Roxane Mesquida, Libero De Rienzo, Romain Goupil, Laura Betti…
Musique : Raphaël Tidas, DJ Valentin
Image : 1.66 et 1.89 16/9
Son : Français DTS Master Audio 2.0 et 5.1 (sur Romance)
Sous-titres : Aucun
Durée : 98 et 83 minutes
Editeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 1er juillet 2025
LE PITCH
Marie, institutrice, et Paul, modèle dans la publicité, forment un couple de trentenaires apparemment sans histoire. Mais Paul, narcissique et émotionnellement distant, n’éprouve plus de désir charnel pour sa compagne. Cette dernière en souffre, et sa frustration conduit Marie à tromper son compagnon avec Paolo, rencontré dans un bar.
Anaïs, treize ans, passe ses vacances d’été à La Palmyre, une station balnéaire proche de Royan, en Charente-Maritime. Elle est accompagnée de ses parents et de sa sœur Elena, âgée de quinze ans. Celle-ci tombe amoureuse d’un jeune Italien, Fernando, qui lui fait connaître ses premiers émois sexuels. Anaïs, qui dort dans la chambre de sa soeur, est témoin de leurs ébats amoureux.
En quête des sens
Séparés de deux petites années, le temps que la réalisatrice trouve difficilement les financements, Romance et A ma sœur ! ont des airs de déjà-vu. L’un explore l’insaisissable désir de la femme faite, le second l’attirance de l’adolescente pour cette fameuse première fois… Et pourtant voilà deux films de la rupture qui, peut-être plus que jamais, prennent le spectateur à rebrousse-poil.
Catherine Breillat n’a que faire de la bienséance et ne va surtout pas se limiter à un cinéma des convenances et des habitues. Il faut bien dire cependant que A Ma sœur ! ressemble énormément sur le papier, et dans beaucoup de ses séquences, à certains de ses plus célèbres et précédents essais, soit Une Vraie jeune fille et 36 fillettes. On reconnait d’emblée cette justesse folle dans l’écriture de cette gamine en quête d’expérience, aux lisières de l’âge adulte, nourrie de grands principes mais constamment bouleversée par la séduction masculine et ses mensonges. L’adolescente happée par ses désirs et son corps, prisonnière d’une sitcom romantique dont elle n’arrive jamais à percevoir la triste normalité.
Sauf que le film n’est pas vu par le regard de la jolie Elena (Roxane Mesquida que l’on retrouvera dès le suivant Sex is comedy dans la mise en abime de son personnage) mais bien par celui d’Anaïs (Anaïs Reboux) de deux ans sa cadette, moins gracieuse, moins sociable, jeune fille souffrant d’obésité (manger pour combler les absences…) et d’une terrible jalousie. Entre connivences et petites crasses, toutes deux parlent grand amour, critiquent leur parents et les garçons, se rejettent brutalement, s’aiment et se maudissent, Breillat étant aller rechercher, comme souvent, dans ses propres souvenirs pour nourrir avec véracité cette relation des plus convaincantes. Mais ce biaisement du regard, distant, parfois froid, cruellement lucide, induit aussi un glissement beaucoup plus inquiétant qui trouvent échos dans certains décors apocalyptiques (la forêt ravagée par une tempête) et un interminable retour punitif à la maison, puisqu’Elena a finalement donnée sa première fois à un petit con manipulateur, mais où l’angoisse envahie peu à peu le regard des personnages. La dernière bobine, terrible, brutale et thématiquement des plus troublantes (le viol le plus violent remplace le viol par culpabilisation), résonne comme une énorme gifle.
L’attrait du vide
Le coup porté dans Romance n’est pas à destination du spectateur, mais plutôt à celui d’un cinéma qui n’a fait que réserver la représentation de la sexualité à une masculinité omniprésente. Avec son sixième long-métrage, Catherine Breillat voulait en effet se réapproprier la représentation cinématographique de la sexualité et du corps féminin. Le ravir à une longue histoire de fantasmes et de condescendances, mais aussi au carcan du cinéma porno industriel. Pas si étonnant dès lors que l’histoire du film ne nous raconte pas grand-chose de nouveau avec cette jeunes femmes esseulée, abandonnée à ses désirs et qui va finir par parcourir les nuits à la recherche de partenaires à même de la satisfaire. L’amoureux n’est pas impuissant, non, mais semble bien lui refuser l’acte pour mieux préserver le contrôle qu’il a sur elle. La quête d’expérience se mue donc en quête d’indépendance, en aventure initiatique, où les hommes étreints ou subis lui apprennent tous quelque chose sur le rapport au masculin et sur elle-même.
A la différence de Sade où la crudité des actes alternaient avec les réflexions philosophiques les plus poussées, Breillat elle tend à constamment superposer le physique et le mental, le coït et le mot, annonçant directement les extrémités penseuse du futur Anatomie de l’enfer. On croise d’ailleurs ici pour la première fois le roi du porno Rocco Siffredi, déjà mis en danger dans ses mécaniques de performeur et sa masculinité triomphante, mais aussi facilitateur pour des scènes de sexe sans voile et non simulée. Sacrée prise de risque pour la jeune et fascinante actrice Caroline Ducey (qui ne s’en est manifestement pas totalement remise) mais aussi pour le film en lui même puisque cette image crue de la sexualité se refuse à tout érotisme sensoriel, à tout excitation autre que cérébrale.
Un dispositif terriblement inconfortable, comme une vitre blindée entre le spectateur et la fiction, où ont peut trouver effectivement que la réalisatrice passe là à coté de quelque chose, surtout quand sa référence absolue est le magnifique de subversion et de passion L’empire des sens de Nagisa Oshima.
Image
Le Chat qui fume poursuit son exploration de l’œuvre de Catherine Breillat avec à nouveau des copies d’excellente qualité, solidement restaurées et consciencieusement préservées. Pas toujours évident de rendre tout ce travail apparent puisque la réalisatrice travail toujours une lumière assez crue et des sources un peu ternes et légèrement voilées, mais on apprécie forcément la définition bien poussée qui permet de scruter la profondeur, parfois inattendue, des plans, l’utilisation des décors naturels ou intérieurs, et l’importance des gros plans.
Son
Les pistes françaises 2.0 n’ont bien entendu rien à se reprocher, assurant une clarté constante et une mise en avant évidente des dialogues. Ces derniers profitent d’une dynamique très naturelle. On notera la présence d’un DTS HD Master Audio 5.1 pour Romance, délivrant quelques atmosphères nocturnes supplémentaires (rues, bars…) mais l’essentiel se porte toujours à l’avant.
Interactivité
Romance et A Ma sœur ! rejoignent les autres titres de la collection Breillat chez Le Chat qui fume et se présentent donc toujours avec cette esthétique réussie magnifiant un simple boitier scanavo par une jaquette sans écriture et simplement une petite surjaquette qui déborde de la tranche pour les informations nécessaires. Sobre et élégant. On retrouve dans les boitiers deux nouveaux petits livrets analytiques rédigés par Murielle Joudet, qui se montre toujours aussi efficace et pertinente dans ses propos, clarifiant là où d’autres critiques ont tendance à vite s’emporter lorsqu’il s’agit du travail de Breillat.
Sur les disques proprement dits, c’est à nouveau la réalisatrice qui prend totalement la parole pour raconter la naissance de ses films, son choix des acteurs et actrices et ses rapports toujours très particuliers avec eux, son regard sur la censure, sa passion pour le cinéma japonais, sa volonté de toujours pousser son regard plus loin et son étonnement de voir la réception de A Ma sœur ! à l’étranger par rapport à Romance. Il est aussi beaucoup question (comme dans le livret d’ailleurs) des accusations de Caroline Ducey sur des actes qui auraient été forcés durant le tournage de Romance.
Liste des bonus
Romance : Livret de Murielle Joudet, « Romance » par Catherine Breillat (27’), Bande-annonce.
A ma sœur ! : Livret de Murielle Joudet, « À ma soeur » par Catherine Breillat (30’), Bande-annonce.








