RIVIÈRE DE NUIT

夜の河 – Japon – 1956
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Kôzaburô Yoshimura
Acteurs : Ken Uehara, Fujiko Yamamoto, Keizô Kawasaki, Michiko Ai, Eitarô Ozawa, Eijirô Tô…
Musique : Sei Ikeno
Durée : 104 minutes
Image : 1.37 16/9
Son : Japonais DTS-HD Master Audio 1.0
Sous-titres : Français
Éditeur : Carlotta Films
Date de sortie : 19 août 2025
LE PITCH
Kiwa Funaki travaille à la teinturerie de son père à Kyoto. Cette femme indépendante et talentueuse y conçoit des tissus et accessoires qu’elle commercialise elle-même jusqu’à Tokyo. À bientôt trente ans, son entourage aimerait la voir mariée mais Kiwa trouve son épanouissement dans son art. Un jour, elle fait la rencontre de M. Takemura, professeur à l’université d’Osaka. Ce client singulier et érudit, au demeurant marié et père de famille, trouble la jeune femme…
Fleuve d’abondance
Perdu entre les maîtres Kenji Mizogushi et Yasujiro Ozu qui lui sont contemporains, le cinéaste Kozabiro Yoshimura partage avec ces illustres icônes du cinéma japonais le respect de la gent féminine et le poids des traditions familiales. Pas forcément connu en nos contrées, il faut compter à nouveau sur l’éditeur Carlotta pour revaloriser ce metteur en scène disparu.
Malgré une carrière conséquente dans son pays, Yoshimura a le privilège de devenir l’un des premiers réalisateurs japonais à recevoir un prix dans un festival international de renom comme celui de Cannes en 1952. Même s’il s’agit du prix de la photo, Le roman de Genji est une victoire pour le pays. Cette reconnaissance ouvre une brèche pour une nouvelle ère de découvertes cinématographiques. Rashomon déferlera dans le monde et La porte de l’enfer remportera la Palme d’Or, deux ans plus tard. La Daei a gagné son pari. Il est le studio phare des années cinquante dans l’archipel nippon. L’un de ses objectifs est de rayonner à l’international en misant sur l’exportation. Kozabiro Yoshimura est l’un des cinéastes vedettes de la maison à l’instar de Kenji Mizogushi, son aîné, précédemment cité. C’est à lui que l’on confie les projets les plus prestigieux et les techniciens les plus talentueux. Rivière de Nuit va regrouper ce qui se fait de meilleur dans l’industrie cinématographique japonaise et va arpenter des sentiers peu visités pour l’époque.
Avant-gardiste
Le film, fait assez rare dans un monde d’hommes, est à souligner car il est entièrement scénarisé par une femme : Sumie Tanaka. Le fait est loin d’être saugrenu pour l’époque puisque son regard apporte une réelle profondeur à l’émancipation féminine, toile de fond de Rivière de nuit. L’histoire suit une jeune femme pas encore mariée et foncièrement indépendante qui a des sentiments pour l’un de ses clients. Lui est marié à une épouse qui est sur le point de mourir. Un sujet profond, abordé avec justesse par Yoshimura. Il dépeint ici un Japon à deux vitesses. Celui traditionaliste de Kyoto où vit l’héroïne à celui plus moderne d’Osaka où vit le bien-aimé. Les sentiments sont esquissés, sur le fil pour ne pas succomber à la tentation et audacieux dans la relation platonique de ces tourtereaux. Il filme la révolution féminine avec doigté, par petite touche, chez lui, la femme prend les devants, paie l’addition à la place de l’homme, gère l’entreprise familiale, crée sa propre collection de textile. Le choc des générations est de mise, le bellâtre prend les traits de Ken Uehara, l’acteur star des années 40 et 50 que le public a adulé. Dans le rôle phare de la jeune fille, on y trouve la chanteuse Fujiko Yamamoto, la miss Japon 1950 (que l’on a aussi vu chez Yasujiro Ozu). C’est à elle que l’on doit la couleur du film. Car si le procédé est arrivé en 1951 au pays du soleil levant, les productions en sont encore rares. Mais une miss mérite bien le technicolor. En cela, le film trouve en Kazuo Miyagawa l’écrin qu’il lui faut. Ce directeur de la photo fait des merveilles ; il joue sur les éclairages, compose avec les couleurs et donne au film une belle identité en osmose avec le travail de son héroïne où l’art et le processus créatif sont représentés sous diverses formes.
Cette Rivière de nuit mérite amplement d’être mise en lumière. Sensible émotionnellement et beau artistiquement, il pourrait servir de prémisse à In the Mood for Love, où l’amour naît par un simple regard et où la gestuelle vaut bien des mots.
Image
Le film a le droit à une restauration 4k réalisée en 2022. Le travail est conséquent avec une palette de couleurs qui nous immerge dans le Japon de l’époque. Les contrastes ne sont pas en reste avec de belles harmonies de dégradés (le travail dans la teinturerie, les effets avec les couleurs naturelles). De quoi tomber sous le charme d’antan.
Son
Rien à reprocher non plus de ce côté-là. Une bande son purgée de tout souffle et parasites inhérents aux copies d’époque. Une atmosphère toute en sensibilité où se dégage naturellement le jeu des acteurs.
Interactivité
Pascal-Alex Vincent est la personne qu’il faut pour alimenter la section bonus de l’édition. En l’espace d’un quart d’heure il nous inonde d’infos. Il contextualise les années 50 dans le cinéma japonais tout en introduisant le travail de Kozabiro Yoshimura, auteur de Rivière de nuit. Une intervention grandement appréciable.
Liste des bonus
« Femmes en couleurs » : Entretien avec Pascal-Alex Vincent (16’), Bande-annonce (1’).






