RESERVOIR DOGS

Etats-Unis – 1992
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Quentin Tarantino
Acteurs : Harvey Keitel, Tim Roth, Michael Madsen, Chris Penn, Steve Buscemi, Quentin Tarantino, Lawrence Tierney, Randy Brooks…
Musique : Divers
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 99 minutes
Editeur : L’Atelier d’images
Date de sortie : 16 octobre 2025
LE PITCH
Après un hold-up manqué, des cambrioleurs de haut vol règlent leurs comptes dans une confrontation violente, pour découvrir lequel d’entre eux les a trahis…
I Gotcha !
La véritable sensation du Festival de Cannes en 1992 ne fut pas la Palme d’or attendue, mais bien un petit film américain indépendant projeté tardivement à une séance spéciale. Son nom ? Incompréhensible ! Et pourtant Reservoir Dogs fait immédiatement entrer son auteur dans la cour des grands, nouvelle coqueluche des spectateurs et des critiques… Et cela ne s’est quasiment pas démenti depuis.
Le jeune Quentin Tarantino est un authentique cinéphile que l’on qualifierait aujourd’hui de geek, adolescent qui aura passé sa vie à bouffer du cinéma et des comics, débutée sa carrière professionnelle comme gérant d’un vidéoclub, acteurs un peu trop roublards et qui se rendit vite compte qu’il était beaucoup plus attiré par l’écriture et la réalisation que la comédie. Lui prend alors l’idée d’écrire ses propres scénarios dans l’espoir de les tourner lui-même, mais True Romance et Tueurs nés finiront respectivement dans l’objectif de Tony Scott et Oliver Stone. Reste alors Reservoir Dogs, petite histoire d’un casse foiré qu’il pense pouvoir mettre en boite pour pas cher et en noir et blanc avec une bande de camarades jusqu’à ce qu’Harvey Keitel ne découvre le script et décide de lui apporter tout son soutien. Le reste fait partie de la légende comme on dit, bousculant le petit monde du cinéma américain avec rudesse mais élégance, transformant le polar des années 90 et la culture pop par la même occasion. Film culte sans doute, peut-être un peu moins que le encore plus maitrisé Pulp Fiction suivant, mais déjà ce premier long métrage est constamment habité par la personnalité et les amours de son auteur. On a coutume de dire que les premiers films sont fragiles, se cherchent ou ploient sous la fougue de la jeunesse… Rien de tout cela ici, tant trente ans après l’objet semblent toujours autant maitrisé, solidement construit et indéniablement structuré de bout en bout.
Stuck in the middle with you
Tarantino ne choisit pourtant pas la facilité avec un polar qui plutôt que de livrer un climax spectaculaire autour du casse de bijouterie centrale, va constamment jouer avec les attentes du spectateur, et par là-même, les codes du genre et le dérober à nos yeux. On ne verra de l’évènement que les préparatifs (par flashbacks), l’avant (en introduction) et surtout l’après, catastrophique, dans lequel les survivants devant se retrouver dans un hangar (façon huis-clos), tentent de démêler l’action passé afin d’identifier une possible taupe de la police. Le casse ne sera donc plus que subjectif, réinterprété, reraconté, le film jouant constamment sur la personnalité des personnages (tous sous noms de code déjà), le jeu des acteurs et surtout une multitude d’indices pas toujours verbaux et dissimulés, égrenés dans des dialogues rentre-dedans. Mais leur précision chirurgicale trouve presque toujours un écho dans les rapports de forces mis en exergues par la construction des cadres et la finesse du montage. A ce titre la séquence de torture et d’arrachage d’oreille hors-cadre s’approche de la leçon de mise en scène.
On n’est parfois pas loin de l’exercice de style voir presque de l’esbroufe dans la mise en place d’un récit chapitré autour de flashback, dont l’un s’offre lui-même un flashback imaginaire, mais cette forme de déconstruction et de croisement entre les purs élans de la série B et les ambitions d’auteurs étaient totalement novatrice pour l’époque. Des éléments, voir des tics comme les longs tunnels dialogués en plan séquence, les collages en ruptures de ton et une violence décomplexée que l’on retrouvera bien entendu par la suite dans tout son cinéma. Autre marque d’un « déjà » grand, le casting de jeunes gueules (Tim Roth, Steve Buscemi, Michael Madsen, Chris Penn…) et de pointures des décennies passées (Keitel reflétant les 70’s mais aussi Lawrence Tierney échappé des 50’s et Edward Bunker pour les 80’s) souligne une cinéphilie ultra-référentielle et sans frontière tout en profitant immédiatement d’une direction admirable et d’un sens du verbe particulièrement généreux.
De ce fameux débat inénarrable sur le sens caché de Like a Virgin de Madonna qui ouvre le métrage jusqu’à son nihilisme tragique final en passant par l’utilisation pointue et pertinente de vieux tubes oubliées des 70’s, Reservoir Dogs préserve sa cool attitude d’années en années et rappelle encore et toujours la rage de cinéma qui habitait, et habite toujours, le fameux Quentin Tarantino.
Image
En provenance des Américains de Lionsgate, cette restauration 4K datant de 2022 offre un sacré coup de fouet au film grâce à une copie étonnement immaculée, fluide, limpide et extrêmement profonde. Le nettoyage éprouvé fait enfin véritablement rejaillir toute la tridimensionnalité de la mise en scène (en particulier celles dans le hangar) tout en soulignant une importance masse de détails rendue avec ferveur et naturel. Si le grain est bien présent, très fin et organique, certains pourraient presque regretter sa légère réduction. Les même sans doute tiqueront sur des teintes carnées qui tirent rapidement vers le rosé, et pourtant le traitement HDR10 ne fait qu’approfondir la photographie initiale et développer ses gradations. Dans tous les cas, c’est clairement une très belle performance.
Son
Les deux pistes sonores sont disposées en DTS HD Master Audio 5.1. Non pas de Dolby Atmos pourtant la dynamique générale est bien soutenue et particulièrement efficace. Un peu plus de naturel a été ajouté dans les échanges verbeux, avec une meilleure prise en compte de la profondeur, mais surtout les mixages s’imposent à la fois lors des explosions musicales et des effets d’ambiances. Les scènes centrales par exemples sont constamment accompagnées en arrières plans d’un écho et d’un léger vrombissement qui donnent l’impression d’être dans la pièce avec les protagonistes.
Interactivité
Longtemps édité chez nous par Metropolitan, Reservoir Dogs passe dans l’escarcelle de L’Atelier de l’image pour une très belle édition 4K : un fourreau cartonné, un steelbook bien classieux et un excellent livret regroupant notes de productions et articles de la revue Positif publiés à sa sortie en font d’emblée un joli objet.
Sur les disques UHD et Bluray on ne s’étonne pas de retrouver les bonus US bien connu avec une featurette rétrospective composées de paroles de critiques et analystes sur le style et les innovations du film, ainsi qu’une série de fiches personnages un peu austères mais communiquant des informations inédites sur les personnages. Beaucoup plus intéressantes, les scènes coupées permettent de découvrir des scènes écartées autour de la préparation de Mr Orange et par là même ce qui aurait dû être le seul personnage féminin. On peut y visionner aussi les prises alternatives, plus sanglantes et brutales, du découpage de l’oreille. On peut regretter cependant que cette sortie n’inclue pas certains des segments produits autrefois pour l’édition française (commentaires audios, archives diverses, interviews collectives et segments analytiques…). L’Atelier d’image se fend tout de même d’une nouvelle et très intéressantes présentation signée Philippe Rouyer (Positif donc) qui se remémore de la première découverte du film, en explore toutes les qualités et particularité et enchaine même par une petite analyse de la séquence culte de l’oreille.
Enfin, la grosse surprise de l’édition est la présence sur un second Bluray du très sympathique long-métrage documentaire QT8 (jusqu’ici disponible uniquement en DVD single chez nous) compilant les interventions de nombreux collaborateurs (Tim Roth, Samuel L. Jackson, Michael Madsen, Jamie Foxx…) et revenant généreusement sur les 20 premières années de sa carrière et ses huit premières réalisations. S’il manque effectivement la présence du principal intéressé, celle d’Uman Thurman ou Leonardo Di Caprio, les anecdotes sont nombreuses et insistent sur la créativité du bonhomme, son amour immodéré du cinéma et sa fidélité amicale.
Liste des bonus
Un livret (40 pages), Présentation du film par Philippe Rouyer (29’), Analyse de séquence par Philippe Rouyer (5’), Scènes coupées et alternatives (12’), « Le Profil psychologique des tueurs » (7’), « L’Art du cool » (16’), « QT 8 » (104’).







