RÉPULSION

Repulsion – Royaume-Uni – 1965
Support : Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Roman Polanski
Acteurs : Catherine Deneuve, Ian Hendry, John Fraser, Yvonne Furneaux…
Musique : Chico Hamilton
Durée : 105 minutes
Image : 1.66 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titres : Français
Éditeur : Carlotta Films
Date de sortie : 05 mai 2021
LE PITCH
Une jeune manucure belge, Carole, travaille et vit à Londres avec sa sœur Hélène. Carole, introvertie, a des problèmes relationnels avec les hommes. Elle repousse Colin, qui la courtise et n’apprécie pas Michael, l’amant de sa sœur. Quand celle-ci part avec Michael, Carole sombre progressivement dans la névrose. Recluse, elle bascule dans la schizophrénie, et devient hantée par des bruits.
La locataire
Ayant encore tout à prouver, lui jeune réalisateur échappé de Pologne, elle jolie actrice cherchant déjà à casser son image trop lisse, Roman Polanski et Catherine Deneuve, donnent naissance à l’un des sommets de leurs carrières respectives avec Répulsion, film d’horreur anglais métamorphosé en thriller psychologique hanté.
Jeune espoir du cinéma révélé par un prix de la critique à la Mostra de Venise en 1962 et un engouement certain pour son premier long métrage, Le Couteau dans l’eau, Polanski doit encore faire patte blanche et accepte alors de tourner pour une petite société de production, spécialisée entre autres dans l’exploitation sexy, afin de mettre en boite un film d’horreur à faible budget. Le sujet ? Une femme maladivement timide, abandonnée dans un appartement par sa sœur et son amant, qui se retrouve assaillie par des visions morbides et des pulsions meurtrières et sexuelles. Sur un canevas simple, Polanski et son camarade coscénariste Gérard Brach (ils œuvreront de concert jusqu’au décès de ce dernier) s’échappent du carcan du simple cinéma d’exploitation pour dériver vers une optique plus intime, plus troublante et, d’une certaine façon, beaucoup plus sensationnelle. Le film repose dès lors sur l’équilibre fragile mis en place entre le jeu minimal d’une Catherine Deneuve, jeunette et frêle, s’approchant d’une épure statufiée, et un dispositif scénique qui fait de tout mouvement, de toute sonorité ou présence, une agression violente.
mi casa es tu casa
Mêlant dès le générique l’œil de la jeune femme, absent, vide, et celui d’une caméra reconstruisant le monde et la fiction, Répulsion affirme le combat qui aura lieu entre les deux, et parfois la réunification d’une même direction, d’un même point de vue, donnant alors à voir au spectateur le cauchemar dans lequel Carole s’est enfermée. Des fissures qui éclatent sur les murs de son appartement, devenus le symbole d’un ultime retranchement, d’une intériorité assaillie ; la silhouette d’un homme qui s’approche progressivement ; des bras qui traversent les cloisons dans une version pervertis des chandeliers de Cocteau… Des jaillissements que Polanski, sadiquement, a longuement retardé comme pour en contenir la violence et assurer la portée des intrusions des mâles tentant de forcer l’intimité de la névrosée. Aidée par le noir et blanc tranché et éclatant de Gilbert Taylor (Dr Folamour, Quatre garçons dans le vent), la mise en scène abaisse les rempart physiques et mentaux, révélant en image, et donc en métaphores, les fêlures et obsessions de la jeune femme tout en laissant le soin à une simple photo de famille de signifier l’impensable. Une finesse admirable, un quasi-huis-clos maitrisé à l’extrême, une utilisation machiavélique du décor, où Polanski se laisse aller pour la première fois à des exactions beaucoup plus virtuoses, se pliant aux codes du genre (la nuisette, les meurtres, l’atmosphère oppressante, la morbidité omniprésente…) sans perdre une once de sa personnalité. Répulsion et son incroyable pouvoir d’attraction…
Image
Carlotta reprend ici la copie restaurée par Criterion à partir d’un scan 2K du négatif 35mm. Un travail qui date déjà de 2009 et qui malgré ses indéniables qualités prend un (tout) petit coup de vieux, en particulier à coté du nouveau master de Le Couteau dans l’eau. Quelques restes de défauts de pellicules sont encore perceptibles, un ou deux plans sont légèrement plus floconneux… Des broutilles souvent, surtout que la définition est constamment poussée et la restitution du noir et blanc réussit à rendre parfaitement la légère douceur des contrastes et des lumières naturelles.
Son
Restaurée elle aussi à partir de la source optique 35mm, la version originale retrouve une restitution directe et naturelle, entre prise directe et silences envahissants. La version doublée, tout aussi propre, manque souvent de cette petite dose de réalisme nécessaire.
Interactivité
Comme pour la copie, Carlotta reprend ici l’intégralité des suppléments regroupés par Criterion pour son édition aux USA. On retrouve alors le commentaire audio passionnant enregistré par Polanski et Deneuve pour l’ancien Laserdisc, un reportage français sur le tournage du film, occasion unique de voir les deux construire l’une des scènes centrale du film, et un documentaire rétrospectif « Un Film d’horreur britannique ». Comme pour celui présent sur le bluray de Le Couteau dans l’eau, le supplément est hérité là d’un ancien DVD Blue Underground, et réunit le cinéaste, son chef opérateur et le producteur, retraçant très efficacement l’arrivée de Polanski en Angleterre, la difficulté de trouver une société de production et la réception du film.
Là où Carlotta fait la différence c’est en glissant à nouveau des courts métrages rarissimes du réalisateur. Les très court Meurtre, exercice dont la précision des effets se retrouvera sur les films à suspens à venir, et La Lampe conte fantastique inquiétant se déroulant chez un fabricant de poupée. Là aussi tout repose sur le découpage, le montage sonore, afin de créer une atmosphère parfaitement inquiétante. A noter que tout deux ont été joliment restaurés en HD pour l’occasion.
Liste des bonus
Commentaire audio de Catherine Deneuve et Roman Polanski, « Grand Écran : Roman Polanski » : document rare sur le tournage du film avec Roman Polanski, Catherine Deneuve et Yvonne Furneaux (21’), « Un film d’horreur britannique » : retour sur le film avec Roman Polanski, Gilbert Taylor (chef op.) et Gene Gutowski (24’), Entretien audio avec le professeur Richard L. Gregory (11’), « Meurtre » (« Morderstwo », 1957, N&B, muet, 1’), « La Lampe » (« Lampa », 1958, N&B, 8’), Bande-annonce originale.