RÉINCARNATIONS

Dead & Buried – Etats-Unis – 1981
Support : Bluray & DVD
Genre : Fantastique
Réalisateur : Gary A. Sherman
Acteurs : James Farentino, Melody Anderson, Jack Albertson, Dennis Redfield, Nancy Locke, Lisa Blount…
Musique : Joe Renzetti
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 5.1 et 1.0, Français DTS Master Audio 1.0
Sous-titres : Français
Durée : 94 minutes
Éditeur : ESC Films
Date de sortie : 8 octobre 2025
LE PITCH
Le shérif d’une petite bourgade mène une enquête sur une série de meurtres mystérieux. Le plus étrange est que certains témoins affirment revoir les victimes plusieurs jours après le drame.
“Welcome to Potter Bluff !”
Nettement plus connu (et encore) sous le titre Dead & Buried, Réincarnations a surtout marqué les esprits par chez nous pour son iconiques bande annonce et son affiche stylisée (reprises sur l’édition Bluray cela va de soi). Ce second film de Gary Sherman (Le Métro de la mort, Vice Squad, Poltergeist III…) est pourtant un vrai petit classique du genre, doté d’une ambiance marquante et d’un scénario des plus habiles.
Même si cela est bien entendu notifié en très gros sur les différentes communications entourant le film, la participation de Dan O’Bannon, auteur du script d’Alien et futur réalisateur du génial Le Retour des morts-vivants, n’aura été que très limité sur la préparation de Réincarnations. Appelé en renfort par son collègue et ami Ronald Shussett, il se contentera de quelques suggestions et vagues idées laissant ce dernier remanier le concept imaginé par Jeff Millar et Alex Stern, venus des comics. Il n’en reste pas moins que l’on y retrouve tout son amour du cinéma de genre, des grands classiques et surtout ce sens de la légère réinvention qui renouvelle des concepts archi-rabattus. En l’occurrence le petit monde des zombies, devenue largement à la mode depuis la découverte du Dawn of the Dead de George A. Romero et exploité sans vergogne, et à grand renfort de gore, par les cousins italiens. Rien de tout cela içi, les morts-vivants préfèrent rester dans l’ombre, silhouettes lointaines et menaçantes qui peuvent traverser les nuits brouillardeuses, mais qui laissent surtout place à quelques habitants bien intriguants d’une petite ville côtière américaine.
Inhumations prématurées
Des gens du crus, entre les vieux pécheurs patibulaires et la jolie serveuse du Diner qui, sans explications ou motivations évoquées, s’en prennent systématiquement aux nouveaux venus, aux touristes ou aux photographes trop curieux. Des mises à morts chocs (coups de pelles, immolation sur une victime vivante, seringue directement plantées dans l’œil…) aux lisières du Grand Guignol mais qui creusent surtout cette inquiétante étrangeté, omniprésente, quelque-part entre le délire paranoïaque et le cauchemar éveillé. De quoi faire perdre pied au pauvre shériff (James Farentino, convainquant) qui voit les cadavres s’accumuler, puis disparaitre de la morgue, les morts trouver un nouveau job à la station-service et son épouse multiplier les petits secrets. Malin, Réincarnations ne choisit jamais vraiment son camp, entre récit de sorcellerie (la petite scène dans l’école fait irrémédiablement penser à The Wicker Man), délire à la Frankenstein ou épouvante onirique entre Le Carnaval des âmes et un épisode de La Quatrième dimension. Le twist final, bien amené et aussi cruel que douloureux parachève un film d’épouvante admirablement composé par un Gary A. Sherman très efficace dans sa description d’une petite communauté bien dérangée (on y reconnait un certain Robert Englund juste avant la gloire), dans la mise en place d’un décor typique mais hors du temps façon The Fog et la construction d’un suspens omniprésent et palpable.
Profitant qui plus est d’excellents et très graphiques effets spéciaux concoctés par la petite équipe de Stan Winston (Terminator, Predator…), dont une séance de thanatopraxie inversée mémorable, Réincarnations est l’un des petits bijoux du cinéma d’horreur américain des années 80
Image
Même si le film ne sort pas chez nous sur support 4K (manque de potentiel commercial sans doute), c’est bien le dernier master en date qui est proposé par ESC. Une restauration 4K bien poussée à partir d’une source interpositive nettoyée de fond en comble, rééquilibrée, stabilisée et réetalonnée. Que du bonheur en somme puisque les cadres n’ont effectivement jamais été aussi nets et précis, les matières aussi fermes et présentes et la profondeur subtilement dessinée. Attention cependant, Réincarnations est un film à l’image très sombre, aux effets régulièrement vaporeux et au grain de pellicule extrêmement prononcé et naturellement fluctuant. Le film garde ici toute sa rudesse et ne rend pas la vie facile à la définition et à la compression. Pour le coup le support UHD aux USA semble réussir à dépasser ces dernières petites réserves.
Son
Les bons petits monos d’origines sont proposés dans des DTS HD Master 1.0 de belle tenue, plutôt propres, clairs et maitrisés. La restauration s’entend nettement. La proposition DTS HD Master Audio 5.1 est aussi tout à fait intéressante avec une ouverture étonnement assez naturelle donnant une belle dynamique aux dialogues, quelques ambiances efficaces et une remise en avant de la bande originale de Joe Renzetti.
Interactivité
ESC Films propose une jolie édition collector avec fourreau cartonné, digipack trois volets, une reproduction de l’affiche et un nouveau livret signé par le spécialiste Marc Toullec.
Le disque Bluray est plutôt chargé lui aussi avec un retour complet sur la carrière cinématographique de Dan O’Bannon par Alexandre Jousse. Un travelling qui se visionne avec plaisir mais qui reste essentiellement en surface tout de même et n’apprendra pas grand-chose aux connaisseurs. La suite est plus originale grâce à une longue rencontre avec Michel Landi, auteur de l’affiche du film et de centaines d’autres, artiste génial et modeste qui évoque sa carrière, son style, ses techniques et certaines de ses plus belles propositions. Suit un retour sur la création de la fameuse bande annonce française, devenue le visuel le plus connu du film, en compagnie de l’animateur Jean-Manuel Costa (Démons et merveilles) qui se souvient du dispositif mis en place pour réaliser ce jaillissement de terre si évocateur.
Liste des bonus
Le livret « Réincarnations : Le village des damnés » rédigé par Marc Toullec (32 pages), L’affiche recto/verso (VF/VO) du film (format A3), « Dan O’Bannon, épouvante et SF » par Alexandre Jousse (26’), « Michel Landi, le fantastique à l’affiche » : Entretien croisé avec Michel Landi, affichiste d’époque, et Jacques Ayroles, ancien directeur du fond d’affiche de la Cinémathèque Française, à la galerie Ciné-Images (21’), Bande-annonce française expliquée par Jean-Manuel Costa (9’), Bandes-annonces.







