RAGE + FAST COMPANY

Rabid, Fast Company, Canada – 1977, 1979
Support : Bluray
Genre : Horreur, Action
Réalisateur : David Cronenberg
Acteurs : Marilyn Chambers, Frank Moore, Joe Silver, William Smith, Claudia Jennings, John Saxon…
Musique : Fred Mollin
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 1.0 et 5.1 (Fast Company), Français DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titres : Français
Durée : 91 et 93 minutes
Editeur : Carlotta Films
Date de sortie : 1er avril 2025
LE PITCH
Rage : Après un accident de moto, Rose est confiée au docteur Keloid, spécialiste des greffes. Après son opération, elle découvre une plaie à l’aisselle d’où sort une fléchette qu’elle peut lancer sur ses ennemis pour se nourrir de leur sang. Malheureusement, ses victimes se transforment en zombies assoiffés de sang…
Fast Company : Lonnie Johnson a consacré sa vie à sa passion : la course de dragster. Au volant de son bolide, il est devenu un véritable héros national. Mais depuis longtemps, Lonnie tente de résister à la pression des sponsors et à cette concurrence impitoyable qui n’a plus guère à voir avec l’esprit sportif…
Le corps et la machine
Carlotta Films propose désormais un double programme Cronenberg en coffret Bluray. Une excellente nouvelle pour les cinéphiles puisque cette édition s’intéressant aux débuts du cinéaste regroupe le film séminal Rage, récit tétanisant de contamination et d’apocalypse pulsionnelle, et Fast Company…. Une œuvre de commande, inédite en France depuis sa sortie en salle et qui résonne, il est vrai, comme une anomalie au sein d’une filmographie des plus personnelles.
L’incontournable Rage ayant déjà été traité pour une sortie Bluray précédente (voir le lien directement au-dessus), concentrons-nous dès lors sur cette inattendue production d’exploitation venant célébrer le petit monde de la course automobile, de la franche virilité, de la camaraderie, de l’honneur et bien entendu de la mécanique. Une production dont David Cronenberg n’a pas rédigé lui-même le scénario (cas déjà rare) et pour cause il n’en accepta la charge uniquement que pour des questions pécuniaires. En effet, si ses deux premiers long métrages, Frissons et Rage donc, ont connu un certain succès, ce n’est que dans un parc restreint de salles et dans le milieu plutôt fermé du cinéma d’horreur. Les projets peinent à aboutir et un film comme Fast Company assure effectivement une rentrée non négligeable, mais aussi un bon moyen de démontrer des qualités simples et directes de metteurs en scène capable de boucler un film plus « classique ». Et difficile en effet de faire moins original ici puisqu’on retrouve les habituelles tensions entre chauffeurs (jeunes et expérimentés), les coureurs et les mécanos, l’industriel qui ne pense qu’au spectacle et à sa marque d’huile de moteur, et les vrais passionnés qui donnent tout sur la piste. Un Jour de tonnerre avant l’heure mais sans l’efficacité spectaculaire et juvénile de Tony Scott
Sous le capot
Même si Cronenberg a mis son petit grain de sel dans le scénario, les scènes s’enchainent plutôt mollement et seules finalement les confrontations entre l’imposant William Smith (futur père de Conan chez Milius) et le roi de la série B John Saxon relèvent un peu l’intensité du drame. Il y a aussi, comme dans tout bon film d’exploitation de cette fin des 70’s, une bonne petite dose de nudité féminine et de célébration du sexe libre (deux auto-stoppeuses qui savent payer la course en sommes), mais effectivement rien de bien trouble et dérangeant à l’horizon. On s’étonnera même de prime abord d’observer des courses de drugster relativement expéditives, se contentant de quelques fulgurances bien spectaculaires (vitesse, cascades, explosions…) mais servies comme un passage obligé. C’est sans doute car la passion bien connue de Cronenberg pour les voitures se cultive plus ouvertement à l’arrêt. Lorsque les techniciens en explorent les entrailles, remplacent les pièces abimées ou obsolètes, y déversent carburant et autres liquides, mais aussi lorsque les pilotes s’installent et se fondent dans l’habitacle, font chauffer les moteurs et vrombir les échappements. C’est peut-être uniquement lors de ces quelques minutes volées, mais récurrentes, que Fast Company fait vraiment échos au cinéma de Cronenberg, et en particulier à un versant popcorn et rock’n’roll du sidérant Crash.
Pas un grand film et certainement pas un titre révélateur dans la carrière de Cronenberg soit, mais tout de même marquant pour le reste de sa carrière puisqu’il lui permit de travailler pour la première fois avec Carol Spier (directeur artistique), Mark Irwin (directeur photo) et Ronald Sanders (monteur), qui deviendront immédiatement des collaborateurs indispensables à la réussite de ses créations suivantes. Fast Company a sans doute aussi marqué Cronenberg d’une manière plus douloureuse puisqu’il est aussi le dernier film de l’actrice Claudia Jennings (Le Marais de la haine, Dynamite Girls…) tuée quelques mois après la sortie du film au Canada dans un tragique accident de voiture. Une ironie cruelle où se mêlent mort, vitesse, mécanique et fatalité dont on ne peut s’empêcher de voir passer l’ombre durant certaines séquences de Crash.
Image
Carlotta nous permet de retrouver ici l’excellent master de Rage produit par Arrow Vidéo en 2015. Une restauration appuyée effectuée à partir d’un scan 2K des négatifs qui effectivement extirpe le film de ses origines plutôt modeste de film d’exploitation pour en révéler toutes les richesses de la photo et les détails les plus crapoteux. La même source fut utilisée pour le précédent Bluray proposé par The Ecstasy of Films.
Plus rare, Fast Company doit se contenter d’une copie plus datée, remontant à 2009 du coté de Blue Underground, et clairement travaillé à partir d’un master déjà disposé sur leur précédent DVD. Une source de bonne qualité cependant, très propre, stable et lumineuse, mais où il manque tout de même un peu de fermeté dans la définition et où parfois le grain se mêle à un léger bruitage.
Son
Comme pour l’image, Rage reste dans les clous de l’édition précédente avec un DTS HD Master Audio mono anglais de très bonne qualité, sobre mais toujours clair et bien équilibré, là où le doublage est un peu plus marqué par les années. Du coté de Fast Company il est question d’un mixage DTS HD Master Audio 5.1 qui s’efforce de gonfler un peu les sensations du film, mais les effets sont souvent un peu artificiels et on lui préfèrera le plus carré mono d’origine. Le doublage français d’époque, bien bis, est à réserver aux nostalgiques.
Interactivité
Carlotta propose son double programme dans un très efficace digipack trois volets avec fourreau cartonné et où chaque film profite de son propre disque Bluray. Rage est nettement plus mis en avant avec la reprise de deux suppléments déjà vus chez The Ecstasy of Films soit une rencontre très technique avec le réalisateur et une évocation plus généreuse des travaux effectuées par le spécialiste des effets spéciaux Joe Blasco pour Frissons et Rage. A cela s’ajoute désormais une petite interview du célèbre Ivan Reitman (réalisateur de SOS Fantômes ou Les Bleus) alors producteur pour la Cinepix et qui fut producteur sur les deux premiers films de Cronenberg et eut même la charge de la bande sonore (composée de sons libres de droits) de Rage. On perd cependant au passage les commentaires audios du réalisateur (certes un peu froids) et un regard plus large sur l’histoire du studio Cinepix.
Malheureusement pour Fast Company rien n’est proposé en dehors de la bande annonce alors que le disque Blue Underground contenait un commentaire audio plutôt éclairant de Cronenberg et des interviews des acteurs et du chef opérateur. Le film était aussi proposé en double programme avec les œuvres étudiantes Stereo et Crimes of the Futures que l’on retrouve en France sur le collector de Videodrome édité par Éléphant Films.
Liste des bonus
Entretien avec David Cronenberg (21’), « Indépendance d’esprit » : Entretien avec Ivan Reitman (12’), « Joe Blasco, les années Cronenberg » : Entretien avec le maquilleur FX (27’), Bandes-annonces originales.







