QUATRE NUITS D’UN RÊVEUR

France – 1971
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Robert Bresson
Acteurs : Isabelle Weingarten, Guillaume des Forêts, Jean-Maurice Monnoyer…
Musique : Louis Guitar, Chris Hayward
Durée : 82 minutes
Image : 1.66 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
Editeur : Potemkine Films
Date de sortie : 17 juin 2025
LE PITCH
Une nuit, à Paris, Jacques sauve Marthe d’un saut tragique du Pont-Neuf. Alors qu’ils se livrent l’un à l’autre, ils décident de se revoir. Durant quatre soirées, Jacques réalise qu’il tombe profondément amoureux. Mais qu’en est-il des sentiments de Marthe à l’égard de Jacques ?
Être ou ne pas être
On a beau s’appeler Robert Bresson, être une icône internationale du cinéma dit « d’auteur à la française » et souffrir de quelques films maudits. La sortie de Quatre nuits d’un rêveur met en émoi la cinéphilie arty avide de découvrir un de ses films fantasmé car invisionnable depuis des années.
Il aura donc fallu attendre un demi-siècle pour pouvoir découvrir ce film rare. Cinq décennies de droits bloqués pour diverses raisons, cinquante années à imaginer cette œuvre invisible. Les fans connaissent le moindre plan des Dames du bois de Boulogne, du Journal d’un curé de campagne. Classiques incunables de notre cinéma hexagonal. Les plus chanceux ont pu le redécouvrir en projection à Cannes Classiques en 2024 et dans certaines salles le diffusant dans la foulée. Avec moins d’une quinzaine de films à son actif, Robert Bresson a tracé œuvre après œuvre, un cinéma plongeant au fil du temps vers une épure parfois déstabilisante. Le mythique Quatre nuits d’un rêveur réalisé au début des années soixante-dix va enfin permettre au spectateur de compléter leur collection et d’analyser encore plus profondément ce parcours atypique.
Dans quel état gère ?
Après Une femme douce réalisé en 1969, c’est la seconde fois que Robert Bresson s’accapare d’un roman de l’auteur russe Dostoïevski. Déjà adapté par Luchino Visconti avec Marcello Mastroianni en 1957, Nuits Blanches s’adapte parfaitement avec la vision du cinéaste. Il suit les pérégrinations d’un jeune homme sauvant une femme déçue de l’amour, d’un suicide sur le pont neuf. Sous le charme, le garçon sera obnubilé par cette dernière, par l’obsession de son prénom : Marthe. Prénom qu’il trouvera dans ses fantasmes, sur la devanture d’un magasin, sur le nom d’un bateau, sur des amoureux qui s’embrassent…
Comme souvent chez Bresson, le scénario n’est pas la partie la plus importante de son travail. Ça en serait presque un artifice. Ses acteurs également, loin des standards chevronnés de la profession, semblent aseptisés par les sentiments. Le réalisateur qui a débuté photographe, travaille sa texture, livre un Paris loin des clichés, une ville plus intériorisée comme une ébauche d’âmes perdues, livrées à elles-mêmes. Son esthétisme froid est contrebalancé par un travail sur le son omniprésent où le bruit extérieur ne peut faire taire les voix intérieures. Il s’offre des parenthèses musicales, comme pour faire taire les voix et lâcher la pression des interrogations redondantes avec un groupe de jeunes jouant sur une péniche. Moment qui semble hors du temps, hors du film. Tout est calculé, Robert Bresson n’aime pas les hasards, il est trop méticuleux pour cela. Il fait de son film un En attendant Godot où l’attente devient excuse.
Cinéaste de l’exigence, Quatre nuits d’un rêveur, s’il est l’un des moins connus de son auteur n’est pas à prendre à la légère si l’on n’est pas initié. Hypnotique pour les uns, ennuyeux pour les autres, les deux camps trouveront de bons arguments. A vous de juger.
Image
L’attente fut longue mais largement récompensée par le travail de restauration entrepris pour le film. D’une belle finesse, il offre une palette de dégradés de noirs (le film passant de nombreuses séquences de nuit) au piqué parfait comme ses plans de Paris se reflétant dans l’eau. Un travail rigoureux à l’image du film.
Son
Là aussi le travail est impeccable. L’accent est mis sur les ambiances sonores si chères à son auteur. La ville, la musique, les interrogations de ses interprètes, chacun y trouve sa place dans les différents canaux.
Interactivité
Voilà une interactivité bien remplie. Si le film palabre beaucoup, c’est pour de bonnes raisons. Guillaume Des Foret, l’acteur principal se livre beaucoup sur son expérience avec Robert Bresson dans son interview. Il prend son parcours comme une aventure, une parenthèse agréable où les souvenirs se bousculent. Car si ça ne se ressent pas sur le film, le tournage fut très festif. Nasreem Munni Kabir, productrice du film et Yves Bernardo se livrent à des analyses plus personnelles du film passant au crible l’œuvre de Dostoïevski et son côté subversif que certains peuvent y trouver. Enfin, des modules se concentrent sur l’importance du son dans les films de Robert Bresson. Élément essentiel dans son travail.
Liste des bonus
Guillaume des Forêts par Véronique Bettencourt (29’), Nasreen Munni Kabir, productrice, réalisatrice (11’), Yves Bernanos, réalisateur de documentaire (33’), Yann Gonzalez, émission Forever Cinéma (6’), Blow up « Robert Bresson en musiques », réalisé par Thierry Jousse (12’), La musique du film par Barbara Carlotti (11’).






