PROJECT X

Etats-Unis – 1968
Support : Bluray & DVD
Genre : Science-Fiction
Réalisateur : William Castle
Acteurs : Christopher George, Greta Baldwin, Henry Jones, Monte Markham, Harold Gould, Phillip Pine…
Musique : Van Cleave
Image : 1.78 16/9
Son : Anglais DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 97 minutes
Editeur : Rimini Editions
Date de sortie : 3 décembre 2025
LE PITCH
An 2118. Le climat géopolitique de la Terre a beaucoup changé. Lors d’une mission en Asie, Hagen Arnold, espion américain, a envoyé à ses supérieurs un message indiquant que l’Occident sera détruit dans quatorze jours. Mais lorsqu’il rentre aux États-Unis, il a perdu la mémoire. Le gouvernement doit trouver un moyen d’accéder aux informations enfouies dans sa mémoire
L’espion qui venait du futur
Véritable petit maitre du cinéma d’épouvante américain et du suspens, mais avec un esprit plus forain que son modèle Hitchcock, William Castle (La Nuit de tous les mystères, 13 Ghosts, Homicide…) s’essaya pour la seule et unique fois de sa fructueuse carrière à la science-fiction avec Project X. Un trip très 60’s mais qui comme souvent avec le monsieur, ne manque pas d’imagination.
Avant dernière réalisation de William Castle dont le véritable moment de gloire du monsieur cette année là sera la production du Rosemary’s Baby de Roman Polanski, Project X souligne une fois encore la prise de distance du réalisateur / producteur avec la grande époque du film d’horreur à l’ancienne et des nombreux happenings (fantômes se trimballant au plafonds, sièges qui vibrent, fausses infirmières attendant devant les salles…) qui ont fait sa fortune et sa renommée. L’intérêt des jeunes spectateurs a changé, et à l’instar des grandes productions 2001 L’Odyssée de l’espace et La Planète des singes, l’amuseur veut proposer un film de science-fiction sérieux et adulte dans son traitement. Ambitieux, surtout qu’il n’a pas forcément les moyens des deux concurrents, Project X s’inscrit alors pleinement dans l’air du temps brassant des thèmes aussi importants que l’écologie, la surpopulation, la génétique ou la guerre biologique tout en se faisant le reflet direct des inquiétudes légitimes liées à la guerre froide, et un peu moins légitime, celle liées à un péril sino-communiste.
« There is no spoon. »
Dans un avenir très lointain donc, un groupe de scientifiques doit réussir à entrer dans l’esprit d’un agent américain afin de retrouver et décrypter une menace apocalyptique qui pèserait sur tous. Quelques costumes curieux, quelques explications pontifiantes devant des écrans pseudo-technologiques et un regard désespéré sur la violence de ce monde lointain de l’Amérique de la fin des années 60, le film dévie pourtant rapidement pour accompagner une expérience bien curieuse : Hagen Arnold est installé dans une cabine isolée dans la campagne, reconditionné pour être considéré comme un braqueur en fuite. Les scientifiques espérant par ce dispositif cathartique (???) provoquer une résurgence de ses souvenirs enfouis, observés grâce à une machine donnant littéralement corps aux errances mentales du personnage durant la nuit. Des séquences atypiques pour le moins, mélangeant prises lives et segments animés (produits avec soin par l’équipe de la Hanna-Barbera), le tout saupoudrée de distorsions et de polarisations des plus psychédéliques. Mélanges assez acrobatiques de récit d’espionnage, d’aventure et d’anticipation, Project X s’apparenterait presque à l’un des premiers films cyberpunks, annonçant même par son vocabulaire et sa mise en image d’une réalité mentale et virtuelle, les futurs délires de la saga Matrix. Toutes proportions gardées cela va de soi.
Le film baigne tout de même encore dans le kitch de son temps (esthétique pop et musique funky) et se ménages quelques facilités et ellipses scénaristiques pour mieux assurer son petit twist final, mais il distille déjà un regard troublant sur la construction de la mémoire, la notion de réalité ou la solidité de l’identité (en particulier dans ce curieux happy end en demi-teinte) qui en fait une série B maladroite soit, mais précurseur assurément.
Image
Plus toute jeune mais néanmoins très jolie, la copie HD de Project X propose un transfert de qualité essayant manifestement de mettre en valeur la meilleure source possible. Aucune retouche numérique à l’horizon, le métrage préserve son grain et ses matières, quitte effectivement à laisser passer de nombreux petits points blancs ou restes de griffures. On note aussi certains plans tirés de sources un peu moins pointues, en particulier lors des montages composites, mais dans tous les cas le travail fournis pour redonner force et intensité aux couleurs et aux contrastes fait beaucoup dans le plaisir de redécouverte du film.
Son
Aucun reproche à faire à la piste mono originale, ici nettoyée et transposée en DTS HD Master Audio 2.0, qui affirme sans soucis une belle stabilité et une clarté de tous les instants. Pas de perditions ou autres saturations gênantes à l’horizon, et les ambiances jazzy fonctionnent parfaitement.
Interactivité
Aucun supplément disponible sur l’édition américaine et pas d’archives connues autour de cette série B (ce qui est bien dommage), Rimini propose donc à Alexandre Jousse d’enregistrer une présentation complète de la carrière et de l’œuvre de William Castle. Un portrait qui passe presque exclusivement par l’exploration de chacun de ses films (pitch, dispositif, réussites…) avec plein de petites infos et surtout la volonté de mettre en valeur l’inventivité du monsieur… On y découvre d’ailleurs un étonnant bullet-time sur le toit d’un immeuble dans l’intriguant divertissement familial Zotz. Nombreuses sont ses productions toujours inédites en France, malheureusement, et Rimini avec Project X pose sa petite pierre à l’édifice d’une réhabilitation.
Liste des bonus
« William Castle, forain du cinéma fantastique » par Alexandre Jousse (32’).







