POUR L’EXEMPLE

King & Country – Royaume-Uni – 1964
Support : Bluray & DVD
Genre : Drame, Guerre
Réalisateur : Joseph Losey
Acteurs : Dirk Bogarde, Tom Courtenay, Leo McKern, Barry Foster, Peter Copley…
Musique : Larry Adler
Image : 1.66 16/9
Son : Anglais et Français Dolby Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 88 minutes
Editeur : Tamasa Distribution
Date de sortie : 22 avril 2025
LE PITCH
En 1917, Hamp, un jeune soldat engagé volontaire, attend son jugement dans une cave transformée en cellule. Il a été arrêté par un caporal, alors qu’il fuyait loin du front, hagard, en proie à une commotion cérébrale. Pour le conseil de guerre, cela s’appelle : désertion. Le capitaine Hargreaves assure la défense de Hamp. Pendant l’interrogatoire, les soldats spéculent sur le devenir de leur compagnon…
Mort sans champ d’honneur
Au sortir du succès et de la reconnaissance enfin retrouvé après son exil des Etats-Unis, victime de Maccarthisme, grâce à The Servant, Joseph Losey auto-produit et tourne en 17 jours une brillante dénonciation de l’absurdité de la guerre dans un bel écho au magnifique Les Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick.
Sept ans après le chef d’œuvre de Kubrick, Pour l’exemple vient à nouveau se confronter a cette question primordiale des soldats fusillés par leur propre camp pour désertion durant la Première Guerre Mondiale. Des tranchées françaises aux tranchées britanniques, Pour l’exemple ne change pas tant que cela de géographie, ni même de paysage (terreux, désolé, inquiétant et déjà morbide), mais n’a certainement pas les mêmes velléités spectaculaires et recentre considérablement l’action à un seul baraquement où va se tenir en quelques heures le procès sommaire du soldat Hamp (Tom Courtenay, visage inoubliable de La Solitude du coureur de fond). On ne verra rien ici des affrontements, seulement perceptibles par l’écho lointain des tirs et des explosions, mais beaucoup de leurs conséquences, autant par l’utilisation de véritables photos de charniers retrouvées dans les archives militaires, les restes humains qui parfois semblent rejaillir de terre, et la dévastation mentale qu’ils laissent derrière eux.
Balle perdue
Le jeune soldats, engagé volontaire qui dans un élan de folie (ou de lucidité) décida de quitter la guerre pour rentrer chez lui, à pied, en Angleterre, est ce qu’on appellerait aujourd’hui une victime d’un syndrome post-traumatique, dernier survivant de son bataillon et témoin des pires atrocités, mais il n’est en 1917 qu’un déserteur. A l’officier assigné à sa défense, l’impeccable Dirk Bogarde naturellement, de s’efforcer de ramener un peu d’humanité dans un cadre militaire verrouillé, dans un théâtre de justice mécanique et dans une hiérarchie pyramidale particulièrement lourde et sourde aux appels. Avec une certaine radicalité et une économie admirable, Losey illustre somptueusement le drame militaire en resserrant fortement les cadres, les rendant étouffants, écrasants, et joue constamment sur des regards ou des oppositions premier plans / second plan, qui empêchent toute forme de communication directe. Plus rien ne fonctionne ici, les plaidoyers restants sans échos, les faits constamment ramenés à une idéologie belliciste. La guerre n’est plus qu’un quotidien sans notion de bien ou du mal, de victoire ou de défaite, et les simples troufions sont totalement perdus. Le film prend d’ailleurs le parti de suivre en parallèle quelques jeunes soldats du baraquement, commentant les évènements, s’enivrant, bavassant en attendant la mort et poursuivant des rats avant de se lancer dans une parodie de procès. Quand l’ennui et l’absence de sens poussent vers la barbarie…
La mort et l’oubli sont ainsi omniprésent dans Pour l’exemple où les hommes semblent constamment disparaitre sous les couches de boues (superbes fondus enchainés) et une logique mortifère, irraisonnée, jusqu’au verdict, sans appel et glaçant. Seule apparition d’arme à feu de tout le film, seuls tirs visibles plein cadre et donc seul acte véritablement militaire, pour une exécution aberrante jusqu’au dernier plan.
Image
Édité en Angleterre dans la très solide collection Vintage Classics de Studio Canal, Pour l’exemple est repris en France à par Tamasa mais, ouf, avec la même copie. Une restauration 4K effectuée à partir des négatifs qui assure un rendu impeccable et une seconde jeunesse pour le film. On notera bien un ou deux plans fugaces encore marqués par de légères traces de moisissure, des restes atténuées de vieilles griffures latérales, mais le travail effectué est d’un grand sérieux et permet d’assurer des cadres particulièrement propres, stables et surtout épaulés d’un piqué pointu redonnant relief, grain et contrastes à un noir et blanc argentique particulièrement élégant.
Son
Version originale et française sont proposées en Dolby Audio 2.0 pour des monos tout à fait clairs et équilibrés. La première apporte forcément plus de naturel dans sa restitution avec un mélange plus homogène entre les dialogues et la bande sonore d’arrière-plan, là où la seconde aplatit un peu, comme souvent, les intentions. Mais le doublage, d’époque, est d’excellente facture.
Interactivité
En plus d’un petit livret inédit, l’édition propose deux suppléments vidéo sur ses disques Bluray et DVD. En premier lieu une présentation du film signé Alexis Hyaumet de Revus et Corrigés, qui s’efforce de resituer l’œuvre dans la filmographie de Joseph Lausey, aussi bien par ses thématiques que par son exil, compliqué, au Royaume-Uni, tout en soulignant les qualités propres de l’objet. Suit un document plus daté (en SD) compilant quelques extraits d’interviews du cinéaste avec les commentaires d’intervenants revenant là aussi sur les origines du projet, le choix des acteurs, le tournage rapide et économe, et le « message ».
Liste des bonus
Un livret « Jugé dans une boue martiale » par Pierre Eisenreich (16 pages), « Une pierre angulaire » par Alexis Hyaumet (20’), « Pour l’exemple » vu par Joseph Losey, 10’), Bande-annonce.





