PEGGY SUE S’EST MARIÉE

Peggy Sue Got Married – Etats-Unis – 1986
Support : Bluray
Genre : Fantastique, Comédie
Réalisateur : Francis Ford Coppola
Acteurs : Kathleen Turner, Nicolas Cage, Barry Miller, Catherine Hicks, Jim Carrey, Joan Allen, Helen Hunt, John Carradine, Sofia Coppola…
Musique : John Barry
Durée : 103 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 5.1 et mono, Français DTS HD Master Audio mono
Sous-titres : Français
Éditeur : Carlotta Films
Date de sortie : 17 février 2021
LE PITCH
Le mariage de Peggy Sue est en train de faire naufrage. Elle et Charlie sont sur le point de divorcer. Lors de la fête des anciens élèves du lycée Buchanan, Peggy Sue est élue « Reine de la soirée ». Très touchée, elle s’évanouit et, lorsqu’elle reprend connaissance, elle se retrouve vingt-cinq ans en arrière, jeune lycéenne, fiancée à Charlie. Peggy Sue voit en cette expérience surnaturelle l’occasion de changer le cours de sa vie et de faire, cette fois, les bons choix…
Noces de rubis
« Petit » divertissement signé par l’un des monstres du nouvel Hollywood, Peggy Sue s’est mariée fait partie de ces œuvres de commandes acceptées pour renflouer les caisses et recréer un contact avec un public frileux. Ce n’est pas une raison pour Coppola de signer une œuvre impersonnelle et, pour nous, de bouder notre plaisir.
Devenu l’autorité suprême du nouveau modèle américain avec Le Parrain et Apocalypse Now, Francis Ford Coppola, connait pourtant rapidement le retour de bâton avec l’échec retentissant de Coup de cœur et la faillite de sa propre société de production indépendante Zootrope. Les années 80 s’annoncent ainsi plus modestes, surtout que rapidement l’ambitieux Cotton Club concrétise la chute. Au départ envisagé pour Penny Marshall (Big, Une équipe hors du commun, Hocus Pocus) finalement écartée car débutante, Peggy Sue s’est mariée arrive finalement entre les mains d’un Francis Ford Coppola en quête de rédemption commerciale. Le ton de la douce comédie et l’idéalisation nostalgique n’est pas forcément ce qui le caractérise le plus, pourtant avec quelques réécritures ce démarquage évident de Retour vers le futur pour adulte, finit bien évidemment par répondre aux thèmes qui vont traverser tout le cinéma du cinéaste au cours de cette décennie et celles à venir : le temps qui passe, le regard nostalgique, la surimpression des époques, la jeunesse perdue… Ces 60’s dans lesquelles va s’évader la quadra Peggy Sue par un simple évanouissement, sont aussi celles de la jeunesse du réalisateur, ou du moins une vision plus idéalisée et plus proche du American Graffiti du copain George Lucas que celles de ses précédents Outsiders et Rusty James.
That’s 60’s show
Pas de vilains gangs de jeunes délinquants ici, mais une illustration aussi colorée et sucrée que les bonnes vieilles comédies hollywoodiennes, les sitcoms et les illustrations publicitaires, qui tranchent forcément avec le portrait du couple éteint formé par Peggy Sue et Charlie Bordell, ex-roi et reine du bal de promo (tout est dit), dans un monde contemporain déjà très habité par l’autrefois. Il manque sans doute dans Peggy Sue s’est marié une vision plus acérée, plus politique ou du moins plus lucide, venant critiquer justement l’image d’Epinal vouée à s’effondrer durant les 70’s, pour que le métrage s’extraie vraiment de ses contours de divertissement léger, de fable contemporaine charmante. Mineur sans doute, mais ce voyage floconneux dans les regrets de l’héroïne reste assez irrésistible grâce à ce couple improbable formé par la rêveuse Kathleen Turner (très loin de Les Jours et les nuits de China Blue) et Nicolas Cage (fabuleux en crooner du pauvre) qui comme dans les Comédie du remariage sont inévitablement voués à retomber dans les bras l’un de l’autre, à réaliser la force de leur amour. Accompagnés d’une sacrée bande de jeunes débutants allant de Joan Allen à Sofia Coppola en passant par un Jim Carrey déjà phénoménal, les deux acteurs jouent admirablement sur la corde sensible entre phantasme d’une jeunesse possible (aaah ce beau poète rebelle et ténébreux…), désirs des possibles et ces évidences qui font parfois le sel de la vie.
Un vrai regard adulte sur un genre d’habitude plus enchanté que cela, plus prompte à bousculer le destin, que Coppola encadre brillamment entre deux plans séquences, fixes mais renversants, installant un double effet miroir où se télescopent deux décennies lointaines, deux reflets faussés, deux Peggy Sue, dont la finalité est et restera d’être l’épouse modeste mais heureuse d’un vendeur de matériel hifi. Le rêve américain réduit au plus simple.
Image
Sans être passé par un nouveau scan à la source, ce master de Peggy Sue, visible aux USA depuis 2013 est dans de très bonnes conditions. Les cadres sont effectivement propres et le travail numérique effectué sur le master fait preuve de justesse à la fois dans le respect des légers flous des années 80 et la maîtrise d’un grain de pellicule bien présent. Forcément avec une petite dizaine d’années au compteur quelques matières se montrent moins costaudes, les dégradés paquètent parfois légèrement, mais les couleurs restent vives et joliment contrastées.
Son
Alors que sur la galette américaine seul le nouveau mix, peu mémorable et pas toujours très juste, en DTS HD Master Audio 5.1 est proposé, l’édition française a eu la bonne idée de préserver le mono d’origine restauré et retransmis avec la plus grande clarté. De toute façon en dehors de quelques ambiances, le film est essentiellement porté par ses dialogues et sa frontalité très 50’s n’a rien de plus naturelle.
Interactivité
Bien moins considéré que nombre d’autres productions de Coppola, Peggy Sue s’est mariée n’a connu aucune édition collector (comprenez accompagnée de making of ou interviews rétrospectives) digne de ce nom. Carlotta a donc décidé d’inviter, comme pour le Jardins de pierre qui sort à la même date) le journaliste Jean-Baptiste Thoret qui se fend en voix off d’une petite analyse du film. Question de rechercher derrière la commande et le ton doucereux du film la personnalité d’un cinéaste fasciné par le temps et le sentiment nostalgique.
Liste des bonus
« Réparer le présent » : analyse de Jean-Baptiste Thoret (24’), Bande-annonce.