PASSEUR D’HOMMES

The Passage – Royaume-Uni – 1979
Support : Bluray
Genre : Guerre
Réalisateur : J. Lee Thompson
Acteurs : Anthony Quinn, James Mason, Malcolm McDowell, Kay Lenz, Patricia Neal, Mi-chael Lonsdale, Christopher Lee…
Musique : Michael J. Lewis
Durée : 98 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et Français DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Editeur : Sidonis Calysta
Date de sortie : 03 novembre 2020
LE PITCH
Seconde guerre mondiale, Pays Basque. Pour sauver un scientifique américain pourchassé par les nazis, la résistance française loue les services d’un vieux berger bourru. Leur plan : le faire passer en Espagne via les Pyrénées.
La Guerre, tout ça…
Dans la famille des réalisateurs qu’on suivrait jusqu’en enfer, J. Lee Thompson est en bonne place. Car malgré d’évidentes errances, la filmographie du cinéaste anglais compte sûrement parmi les plus jouissives et généreuses qui soient. Une œuvre, en quelque sorte, signée du sceau du divertissement et d’une règle d’or auxquels Passeur d’Hommes, derrière son sujet on ne peut plus sérieux et grave, ne déroge pas.
A la fin des années 70, le film de guerre est porté par deux immenses chefs d’œuvre : Apocalypse Now de Coppola et Voyage au Bout de l’Enfer de Cimino. Deux films parlant du Vietnam, dont les répercussions sur toute la société américaine sont, à l’époque, encore douloureusement d’actualités et pèsent lourdement sur les consciences. Leur traitement, entre opéra plongé dans un abyme de ténèbres et drame social psychanalytique, est encore jamais vu. Sur la forme et le fond, le choc est d’ampleur. Dans le même temps, les films sur la seconde guerre continuent tout de même de s’écrire, entre grande fresque à l’ancienne, dominée par un casting long comme le bras (Un Pont Trop Loin du toujours très humble Richard « J’ai dépensé sans compter ! » Attenborough) et drame humain coincé entre cauchemar et réalité (pour les nazis du Croix de Fer de Peckinpah). Entre les deux, John Lee Thompson vient insérer son Passeur d’Hommes, d’après le roman de Bruce Nicolaysen, qui signe lui-même le scénario. Une histoire de chasse à l’homme entre la résistance française et les nazis, dominée par un casting en béton armé. De quoi donner au réalisateur le socle solide permettant de retrouver la majesté d’un de ses chefs d’œuvre, Les Canons de Navarone. Sauf que non, J. Lee Thompson s’en fout, et ça se voit.
La Fête du slip
Car si la production des Canons de Navarone allait l’emmener jusqu’à l’Oscar, celle de Passeur d’Hommes, plus d’une décennie plus tard, n’a pas du tout le même objectif. Malgré un casting en or massif, dominé par la présence du toujours très digne James Mason, le film s’engage vers les chemins tortueux d’une série B décomplexée assez rapidement. Et notamment au travers du personnage de Malcolm McDowell, qui enfile les habits d’un SS à la méchanceté tellement caricaturale qu’elle semble empruntée à un vieux bis italien de nazisploitation des 70’s. On n’en est d’ailleurs pas loin lors d’une scène de viol où MacDowell, rire de fou et regard à l’avenant, se retrouve en slip orné d’une croix gammée devant une Kay Lenz (la Breezy de Clint) horrifiée. Une idée de l’acteur que J. Lee Thompson trouva formidable ! On repassera pour le réalisme. Et ce n’est là qu’une des nombreuses scènes pour le moins décalées qui vient s’empiler sur une histoire partant pourtant d’une réalité historique qui aurait pu déboucher sur un film d’une grande ampleur humaine que les paysages pyrénéens étaient à même de rendre encore plus grandiose. Des paysages jamais mis à profit, que la photo de Michael Reed (Au service secret de sa majesté ou le très bon mais méconnu Requiem Pour un Espion pourtant) se montre absolument incapable de rendre tout simplement belle. Côté acteurs, Anthony Quinn fait le minimum en vieux berger bourru et la présence de Christopher Lee, en patriarche tzigane encore une fois bien caricatural, en remet une couche côté bis.
Si on excepte une scène à l’intimisme étonnamment réussie dans ce brouhaha de nawak constant (le jeu de Patricia Neal y est pour beaucoup), Passeur d’Hommes est donc l’exemple parfait du style de films que J. Lee Thompson signera dans les années 80. Ce mélange de gros divertissement généreux saupoudré de petites touches de Z savamment dosées. Un héritage qui ne ressemble à aucun autre, dans lequel se retrouvent Le Secret de la Planète des Singes (et ses deux suites tout aussi estimables dans leur genre), Le Bison Blanc, L’Homme le Plus Dangereux du Monde, Alan Quatermain et les Mines du Roi Salomon, Kinjite : Sujet Tabou ou encore Le Justicier Braque les Dealers. Une drôle de carrière en dents de scie, qui n’ira certainement pas en s’arrangeant mais qui, avec le recul, est sacrément précieuse.
Image
Si le support HD profite au film et donne à son image une foule de détails encore jamais vues, il n’en est pas de même pour ses couleurs, qui manquent clairement de vivacité et grignotées en permanence par un grain persistant voire des traînées sur la pellicule qui s’accrochent à l’image pendant plusieurs secondes. Les noirs sont eux, cependant, surprenants de profondeurs.
Son
Le DTS-HD mono sur deux canaux est comme toujours meilleur dans sa langue d’origine, plus profonde et chaude. Les dialogues sont clairs et très intelligibles, même si on sent parfois un léger souffle. Les explosions et tirs d’armes à feu sont par contre extrêmement dynamiques et plongent l’installation au cœur de l’action.
Interactivité
Oubliés les bonus de l’édition américaine (avec les interviews de McDowell et Paul Clemens). A leur place, l’irremplaçable Patrick Brion revient sur la carrière chaotique du réalisateur, depuis ses chefs d’œuvre Les Nerfs à Vif et Les Canons de Navarone jusqu’à sa collaboration avec Bronson, qui l’emmena dans les tréfonds de la mauvaise série B (même si on est en droit de ne pas partager son avis au sujet de Kinjite). Dommage qu’il ne revienne pas plus sur le film qui nous occupe, à part pour parler de son inévitable échec prophétisé de manière assez drôle par Mason lui-même durant le tournage.
Vient ensuite un documentaire sur Anthony Quinn datant de 1990 et doublé en Français. Pléthores de stars et réalisateurs se succèdent pour dire tout le bien qu’ils pensaient du bonhomme qui lui revient sur une carrière dont il est forcément très fier. Avec sa qualité d’image en plus franchement médiocre, un doc à l’ancienne dont on peut se passer.
Liste des bonus
Présentation Patrick Brion, Portrait d’Anthony Quinn.






