OÙ EST LA LIBERTÉ ?

Dov’é la libertà ? – Italie – 1954
Support : Bluray & DVD
Genre : Comédie dramatique
Réalisateur : Roberto Rossellini
Acteurs : Totò, Nita Dover, Franca Faldini, Giacomo Rondinella, Leopoldo Trieste…
Musique : Renzo Rossellini
Durée : 92 minutes
Image : 1.37 16/9
Son : Italien Dolby Digital 2.0 mono
Sous-titres : Français
Éditeur : Tamasa Distribution
Date de sortie : 10 mars 2021
LE PITCH
Totò, heureux d’être libéré après 22 ans de prison, se retrouve face à de nombreux problèmes. L’ancien barbier se retrouve impliqué à son insu dans une escroquerie, expulsé de son logement et complètement écœuré, il va utiliser toute son énergie pour retrouver un havre de paix…
Comédie du néoréalisme
Où est la liberté ?, reste aujourd’hui encore un film méconnu et oublié. Malgré pourtant la présence à la réalisation de Roberto Rossellini, le fondateur du néoréalisme, et de Totò, la grande star de la comédie italienne de l’après-guerre. Un duo improbable qui nous livre ici un film atypique au charme désuet.
Quasiment inconnu en France, où ses films furent mal distribués et doublés, Totò est encore aujourd’hui considéré en Italie comme un Dieu vivant, notamment à Naples sa ville natale à qui il devait ce fameux accent si difficile à retranscrire. Avec près de 100 films à son actif, Totò c’est d’abord une tronche, un faciès si singulier : un menton en galoche suite à une fracture de la mâchoire, un regard incroyable et mélancolique dû à son œil gauche aveugle, et une dégaine si particulière avec sa petite taille, 1,63m, et son physique de gringalet.
Lorsque la comédie à l’italienne des années 1960’s fit son apparition , il devint naturellement une sorte de parrain, de passeur. Son rôle dans Le pigeon de Mario Monicelli, considéré comme l’acte de naissance du genre, est justement celui d’un bandit retraité montrant ses astuces à la nouvelle génération, ici représentée par Gassman et Mastroianni.
Adepte de films burlesques et assez légers, il est donc surprenant de retrouver Totò dans un film de Roberto Rossellini, connu pour la description réaliste et souvent tragique de la société italienne. L’auteur de Rome, ville ouverte sortait justement du tournage de Europe 51, tragédie contemporaine très politisée, lorsqu’il démarra ce projet de comédie néoréaliste.
Un film atypique
Fan du comique napolitain, et bien servi par une production haut de gamme soutenue par Carlo Ponti et Dino De Laurentiis, Rossellini semblait avoir les atouts pour réaliser un succès populaire, mais accaparé par le montage de Europe 51, et déjà parti sur le projet de Voyage en Italie, il abandonna le film en cours de route en 1952. Un an plus tard, Monicelli tourne d’autres séquences, notamment celle du jugement, et supervise le montage. Selon d’autres sources, Fellini et Fulci auraient également tourné quelques scènes…
Une production chaotique qui explique les différences de tonalité du film. Ainsi si les passages rosselliniens nous montrent un Totò chaplinesque égaré dans un monde qu’il ne comprend pas, ceux tournés plus tard lorgnent plutôt vers le burlesque et le napolitain s’avère plus grand-guignolesque ! Toutefois, de nombreuses séquences nous resteront en mémoire : Totò poursuivi par les bœufs dans les rues de Rome, reluquant les postérieurs des romaines, chantant la sérénade aux jolies (très) jeunes filles, arpentant les couloirs rasoirs à la main recherchant le client… Et comment rester de marbre devant cette magnifique scène en prison où notre barbier souffle les paroles d’une chanson au véritable chanteur Giacomo Rondinella.
Bien qu’il s’agît d’un film mineur de Rossellini, Tamasa nous permet ici de découvrir un film très sympathique qui, mine de rien, met en place quelques codes de la future comédie à l’italienne, avec une évocation crue de la réalité d’alors (les destructions de la guerre, la pauvreté, le sort des anciens prisonniers ainsi que celui des retraités qui nous fera songer à Umberto D. de De Sica) teintée un humour noir et ironique. Cette sortie est enfin un bon moyen de (re)découvrir le grand Totò !
Image
Version restaurée en 2K. Globalement, un beau noir et blanc, clair et contrasté, notamment sur de belles scènes en extérieur. On retrouve différentes tonalités d’image toutefois au fil du film, ce qui s’explique sûrement par le tournage chaotique.
Son
Rien à redire, les dialogues et chansons étant parfaitement retranscrites. La musique de Renzo Rosselini, petite ritournelle douce-amère, nous ravit les oreilles !
Interactivité
Comme toujours dans cette collection, on a droit à un livret intéressant de Jean Gili consacré à Totò. Ainsi qu’à un commentaire de Aurore Renaut, universitaire spécialisée en cinéma italien, qui remplit parfaitement son rôle en replaçant le film dans son contexte et en évoquant les difficultés du tournage. Où est la liberté ? sortit en 1961 en France mais eût un succès limité. Il faut dire que les doubleurs d’alors affublaient Totò d’un accent marseillais ! Depuis cette date, il était devenu quasi introuvable en France.
Liste des bonus
“ Où est la liberté ?, une comédie néoréaliste” (16′) + livret 20 pages : Totò, “le Picasso du rire” par Jean Gili.