NOUS NOUS SOMMES TANT AIMÉS

C’eravamo tanto amati – Italie – 1974
Support : Blu-Ray & DVD
Genre : Comédie dramatique
Réalisateur : Ettore Scola
Acteurs : Stefania Sandrelli, Nino Manfredi, Vittorio Gassman, Stefano Satta Flores, Aldo Fabrizzi, Giovanna Ralli…
Musique : Armando Trovajoli
Durée : 125 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Italien et français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Editeur : StudioCanal
Date de sortie : 6 décembre 2023
LE PITCH
Trois camarades, frères d’armes pendant la résistance, attachés au même idéal de justice et de progrès social, célèbrent la fin de la guerre et la chute du fascisme en Italie. Gianni termine ses études de droit à Rome. Nicola enseigne dans un lycée de province. Antonio se retrouve modeste brancardier-infirmier. C’est une période d’espoir et d’euphorie…
Une époque formidable
Décidément tournée vers l’Italie, la collection Make My Day nous délivre une nouvelle sortie d’un film culte transalpin avec Nous nous sommes tant aimés. Véritable chef d’œuvre du cinéma italien des années 1970, le film nous est présenté dans une jolie copie restaurée.
Auréolé de nombreuses récompenses, dont le César du meilleur film étranger en 1976, Nous nous sommes tant aimés demeure sans doute le film le plus célèbre de son auteur, Ettore Scola. D’abord dessinateur de presse puis scénariste notamment pour Dino Risi (Le fanfaron), Scola signe son premier film en 1964, Parlons femmes, et entame le tournage d’une dizaine de comédies italiennes avant de connaître la consécration et le succès international avec Nous nous sommes tant aimés en 1974, puis Affreux, sales et méchants en 1976 et Une journée particulière en 1977. A l’orée des années 1980 et de la future déliquescence du cinéma italien, Ettore Scola figure ainsi comme l’un des derniers grands d’un cinéma nous ayant fait tant rire et pleurer.
Et c’est bien le sourire en coin et la larme à l’œil que nous suivrons les mésaventures de notre quatuor composé des Monstres de la comédie italienne Vittorio Gassman et Nino Manfredi, de la divine Stefania Sandrelli (Divorce à l’italienne, Le conformiste…) et du trop rare Stefano Satta Flores (Les basilischi). Un casting formidable où on retrouve aussi Giovanna Ralli (Le mercenaire) dans un de ses plus beaux rôles ainsi que l’énorme Aldo Fabrizi (Rome, ville ouverte, Le crime de Giovanni Episcopo…), véritable mémoire du cinéma italien au même titre que Vittorio de Sica qu’on retrouve au hasard d’une archive dans le film et qui devait d’abord être acteur à part entière du récit. Mort peu de temps après le tournage, Scola lui dédiera son film. Nous nous sommes tant aimés peut être ainsi vu comme une sorte d’hommage à la comédie douce-amère italienne de par son casting, le personnage de Nicola critique de cinéma, ses scénaristes (le duo Age-Scarpelli qui scénarisa une centaine de films de Risi, Monicelli, Comencini…) et ses nombreux clins d’œil. On retrouve par exemple Marcello Mastroianni et Federico Fellini sur le tournage de La Dolce vita à la fontaine de Trevi, Nicola défendre le néo-réalisme à l’issue d’une projection du Voleur de bicyclettes…
Des vies difficiles
Proche du Parti Communiste, Ettore Scola nous replonge ici dans un pan de l’Histoire de l’Italie, de la Libération (les trois compères sont des résistants) aux années 1970, en passant par le Boom économiques des années 1960 et la chute de la Gauche italienne… Un procédé qui rappelle évidemment un autre classique ressorti dans la collection Make My Day, Une vie difficile (1960) de Dino Risi où on suivait un Alberto Sordi sombrant dans la misère en ne parvenant pas à se conformer à la nouvelle société italienne.
La finesse de l’écriture et des caractères des personnages parvient à rendre cette histoire à priori italo-italienne totalement universelle. En campant un avocat idéaliste qui par arrivisme épouse la fille d’un entrepreneur véreux et devient un petit dictateur, Gassman prouve une nouvelle fois que le sombre lui va très bien. Inconstant, égocentrique, passionné, le « journaleux » Nicola abandonne sa famille et sa carrière de professeur pour les bas-fonds de Rome. Enfin, qui de mieux que Manfredi pour incarner le véhément brancardier éternel, le gauchiste invétéré na trahissant aucun de ses idéaux mais régressant dans l’échelle sociale au cours ses années… Splendide de sensualité et de fragilité, Stefania Sandrelli voguera de l’un à l’autre, mettant en péril une amitié sans cesse menacée par les mensonges et les compromissions.
Magnifié par l’excellente musique d’Armando Trovajoli, qui écrira pour l’occasion le titre « Io ero Sandokan » devenu un chant populaire par la suite, le film bénéficie également d’une image remarquable grâce au travail du directeur de la photographie Claudio Cirillo. Une direction artistique au sommet pour l’un des plus grands films italiens de la décennie, tout simplement. Un film à voir et à revoir, pour rire et pour pleurer !
Image
Le Master présenté a été restauré en 2016 à partir du négatif original par L’immagine ritrovata (Bologne) et sous la supervision de l’ancien directeur de la photographie Luciano Tovoli. La version surpasse évidemment l’édition DVD de 2007. Les couleurs de Cirillo et la texture argentique sont parfaitement restituées, les passages en Noir et Blanc nets, les détails fourmillent.
Son
Les deux versions s’avèrent parfaitement confortables, et le mixage rend grâce aux sublimes compositions de Trovajoli.
Interactivité
Le soixante-sixième titre de la collection Make My Day de StudioCanal se présente avec son habituel fourreau et ses jaquettes colorées. Une heure de bonus vidéo nous sont proposés. Toujours aussi à l’aise dans cet exercice, Jean-Baptiste Thoret parvient à nous livrer les enjeux du film en dix minutes et sans spoiler !
Enfin, le spécialiste du cinéma italien Jean A. Gili, qui était un proche de Ettore Scola revient en profondeur sur le film et sa genèse dans un entretien passionnant. La carrière du cinéaste italien nous est rappelée, tout comme l’importance du film à sa sortie et le contexte d’alors.
Liste des bonus
Préface de Jean-Baptiste Thoret (10’), Le film revu par Jean A. Gili (50’ ).