NONNES DANS L’ENFER DES CORDES

団鬼六 修道女縄地獄 – Japon – 1984
Support : Bluray
Genre : Thriller, Erotique
Réalisateur : Katsuhiko Fujii
Acteurs : Miki Takakura, Asami Ogawa, Hiromi Yamaguchi, Kazuko Honjô, Maya Itô…
Musique : Haruyasu Itô
Image : 1.85 16/9
Son : Japonais DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 69 minutes
Éditeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 15 mai 2025
LE PITCH
Maria trouve refuge dans un couvent pour échapper à ses péchés et chercher la rédemption. Cependant, son passé la rattrape lorsqu’elle devient la cible de manipulations et de violences, symbolisant un conflit entre ses désirs humains et ses aspirations spirituelles.
Ceci est mon corps
Pas forcément considéré comme l’un des classiques incontournables du Roman Porno, Nonnes dans l’enfer des cordes n’est pas l’œuvre d’un auteur, mais d’un faiseur. Mais attention d’un faiseur de talent qui à partir d’un délire entre nunsploitation et bondage, extirpe un film érotique SM d’excellent facture, et même parfois d’une beauté indéniable.
Cinéma du transgressif, du voyeurisme, de la perversion et de la plasticité pop de l’érotisme, le Roman Porno aura été un grand terrain d’expérimentation pour de nombreux jeunes réalisateurs japonais qui y firent leurs premières armes, mais qui parfois aussi y trouvèrent un cocon des plus confortables. Pas forcément le plus connu de nom, Katsuhiko Fujii fut cependant l’un des piliers de la Nikkatsu, ancien assistant comme beaucoup qui s’engouffra joyeusement dans cette nouvelle voie de l’exploitation, et qui signera pour eux près d’une trentaine de films érotiques. Avec comme spécialité un net intérêt pour les fantasmes Sado-maso et pour les romans de Oniroku Dan, véritable référence littéraire du genre, en particulier. Produit en queue de comète de la grande époque des Romans Pornos, le subtilement nommé Nonnes dans l’enfer des cordes est lui aussi une adaptation de l’un de ses textes, mais les moyens alloués sont cependant bien loins de ceux de la décennie précédente et obligent alors au métrage à aller directement à l’essentiel : deux-trois décors intérieurs épurés et stylisés, quelques scènes extérieures rapides, une petite poignées de personnages et surtout un scénario qui évacue rapidement les questions purement psychologiques et la caractérisation, usant surtout de sa structure pour enchainer les scènes attendues et se déployer sous la forme de tableaux hautement évocateurs.
Les joies de la repentance
Dévorée par la culpabilité d’avoir poussée l’épouse de son amant au suicide, mais aussi par ses appétits sexuels, la jolie Maria ne rentre dans un petit couvent isolé que pour mieux tomber entre les griffes d’un mentor sadique qui contrôle les lieux, et les nonnes, d’une main de fer, les pliants à toutes ses exigences et ses plaisirs. Après une première partie presque fantastique où l’héroïne est traversée d’hallucinations et de rêves oppressants où la sexualité est tour à tour honteuse et libératrice, la présence masculine (devinée) essentiellement oppressive, elle va ensuite devenir le jouet de tout ce beau monde, l’attachant dans les positions les plus inconfortables, l’obligeant à porter une ceinture de chasteté avec vibromasseur intégré, la fouettant, l’humiliant puis la violant copieusement. Tout cela naturellement en mêlant toujours avec ambiguïté douleur et plaisir, honte et exhibitionnisme. Un pur film d’exploitation sans réflexion aucune sur les sévices endurés, la relation au corps, la foi ou la féminité , mais qui dépasse souvent son opportunisme débauché par une mise en scène séduisante, fignolée avec soin et dépassant aisément les équivalents ritals, souvent très pauvres, de la même époque.
La jolie photographie se laisse aller à quelques explosions de couleurs qui renverraient presque à Suspiria, et surtout certaines visions comme le corps caressée par les pétales et les épisodes d’une rose ou une vision fugace de Takao ligotée à l’arrière d’une voiture comme la proie d’une araignée, laissent de très fortes impressions. Même la grande orgie finale croisant les joyeusetés du shibari et quelques délires méchamment sadiens (l’amant suspendu sur sa croix, les nonnes les fesses en l’air qui servent de chandelier…) renvoient à un esprit sacrilège d’une grande beauté théâtrale. De l’art de faire du mal… mais avec amour donc.
Image
La Nikkatsu a manifestement fourni un bel effort dans la restauration de son catalogue de Roman Porno, comme le prouve une nouvelle fois le film en présence ici. Si on excepte une scène nocturne au grain légèrement neigeux et à la définition malmenée, l’essentiel du film assure une restitution admirable. Les cadres sont intensément propres, toujours stables et profitent d’un piqué d’une très belle fermeté soulignant le moindre détail de l’image et ses profondeurs. Les grains de peau en particulier sont rendus avec douceur et suavité et les quelques jaillissements de couleurs (rouges mais aussi violets) sont accompagnés par de très beaux contrastes.
Son
La piste originale japonaise est déposée en DTS HD Master Audio 2.0 pour un résultat plus que satisfaisant. Les voix sont claires, les dialogues équilibrés, les musiques plutôt discrètes et les gémissements résonnent généreusement.
Interactivité
Comme pour le précédent Angel Guts, Nonnes dans l’enfer des cordes est présenté sous la forme d’un fourreau cartonné au visuel, ici, plutôt osé, contenant un boitier scanavo avec sa jaquette classique, contenant lui-même, en plus du disque, un livret de 40 pages compilant de nombreuses photos d’exploitations.
Sur le Bluray on retrouve une nouvelle fois le critique Clément Rauger (Maison de la culture du Japon, Cahiers du cinéma…) qui nous raconte autant la carrière d’artisan du méconnu Katsuhiko Fujii que les grandes lignes de celle du romancier Oniroku Dan. Il place aussi le film en présence au sein de la grande vague du Roman Porno et en particulier d’une branche dédiée aux fantasmes S&M alors en légère perte de vitesse. Comme toujours avec le monsieur c’est précis, argumenté et intéressant.
Liste des bonus
Un livret de photos rares issues des coffres de la Nikkatsu (40 pages), Les Nonnes d’Oniroku Dan » par Clément Rauger (18’), Bandes-annonces de la collection Nikkatsu.







