NÉ UN 4 JUILLET

Born on the Fourth of July – Etats-Unis – 1989
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Oliver Stone
Acteurs : Tom Cruise, Willem Dafoe, Kyra Sedgwick, Raymond J. Barry, Caroline Kava, Tom Sizemore…
Musique : John Williams
Image : 2.35 16/9
Son : Dolby Atmos Anglais, DTS HD Master Audio 5.1 Anglais et Français
Sous-titres : Français
Durée : 144 minutes
Editeur : L’Atelier d’Images
Date de sortie : 15 avril 2025
LE PITCH
Évocation de la terrible expérience de Ron Kovic, né un 4 juillet, citoyen modèle et engagé volontaire au Viet-nam. Blessé en 1968 à la colonne vertébrale et paralysé, il se bat pour redonner un sens à sa vie…
Voyage retour
Adaptation d’un roman autobiographique et militant d’un vétéran du Vietnam devenu symbole de la contestation, Né un 4 juillet vient aussi sonner le glas de l’Amérique des 80’s. L’anti-Rambo 2 par excellence, incarné à l’écran par Tom Cruise, golden boy de Risky Business et Top Gun… Effectivement seul Oliver Stone pouvait réussir ce coup-là.
Un projet qui lui tenait chèrement à cœur d’ailleurs, puisqu’il avait promis dix ans plus tôt au véritable Ron Kovic, effondré par l’abandon d’une première adaptation écrite par Stone mais réalisée par Friedkin, qu’il y reviendrait dès qu’il pourrait. Il faudra effectivement attendre la consécration de Platoon, premier film sur la guerre du Vietnam réalisé par un homme qui l’a vécue, et la confirmation de Wall Street, pour qu’Universal accepte d’égratigner brutalement l’étrange révisionnisme qui habitait l’idéologie américaine sous Reagan et dont l’ultime symbole reste effectivement Rambo II, sommet d’une vague de revanches cinématographique rejouant un hypothétique match retour dont les USA sortiraient enfin vainqueurs. Né un 4 juillet fait machine inverse et renoue avec des œuvres comme Voyage au bout de l’enfer ou Retour (auquel Ron Kovic a justement participé comme conseiller), en illustrant avec force et intensité la désillusion d’une nation par le biais de la trajectoire heurtée d’un patriote de la première heure.
Un gamin, un peu star du quartier et du lycée, née dans l’Amérique idéaliste des 60’s, pétri de belles valeurs libérales et puritaines, engagé volontaire, qui va se prendre le conflit de plein fouet et en revenir en chaise roulante, sans l’usage de ses jambes et de sa « virilité ». Une chute terrible, illustrée par des visions brutales du conflit (tout en rouge et sableux, comme un purgatoire), mais aussi des hôpitaux de guerres insalubres et de traitements inadéquates prodigués à toute une génération sacrifiée. De cela, beaucoup ne s’en serait pas remis, mais Ron Kovic survit, résiste, mais voit encore ses convictions vaciller, plombées par sa condition et les mouvements sociaux qui s’agitent tout autour de lui, l’obligeant finalement à découvrir sa propre vérité et trouver enfin sa place et une nouvelle forme d’héroïsme.
Le dernier combat
Dans une interview Oliver Stone compare le diptyque Platoon / Né un 4 juillet à l’œuvre d’Homère, L’Iliade et L’Odyssée, soulignant parfaitement cette double épreuve de la guerre et du retour du vétéran dans une Amérique qui ne sait jamais quoi faire de ceux qui n’en incarne plus la perfection de la propagande. Une saisissante déconstruction du rêve américain, parfaitement habitée par les musiques élégiaques d’un John Williams qui appuie constamment lui aussi sur le contraste entre ce patriotisme, comme inhérent à l’ADN des Américains, et l’impitoyable réalitée qui finit toujours par les rattraper. Dans ce long chemin de croix vers l’élévation, Tom Cruise est absolument fascinant, échappant enfin totalement à son iconisation glorieuse, pour mettre littéralement à nu une douleur, physique et psychologique, aux limites de la folie et de la déchéance. Sans compter sur des réflexions idéologiques très très loin des productions auxquels il a été le plus souvent associés (il embraye dans la foulée avec le blockbuster Jour de tonnerre et sa célébration de la gagne et des cylindrée).
Oliver Stone lui est cependant déjà en terrain conquis, faisant forcément écho à son propre vécu d’ancien combattant et toxicomane, usant autant du cinéma comme outil de reconstruction personnel, qu’outil politique. Certains s’offusquent souvent de son manque de subtilité, de ses discours rentre-dedans, ils sont cependant d’une profonde et touchant sincérité, et se combinaient ici avec une approche formelle beaucoup plus poussée qu’autrefois. Profitant du savoir-faire du chef opérateur Robert Richardson (devenu par la suite aussi le grand collaborateur de Scorcese ou Quentin Tarantino), il travaille une impressionnante radiographie de son pays en trois époques (l’avant, le Vietnam et l’après) et en trois tableaux aux esthétiques bien distinctes, et croise peut-être pour la première fois son réalisme brut premier avec des recherches étonnantes dans les focales, le grain et les distorsions de montages qui annoncent les expérimentations de The Door, JFK ou Tueurs nés.
Pour Oliver Stone, Tom Cruise, mais aussi une bonne part du cinéma américain et pas mal de spectateurs, Né un 4 juillet aura été une étape importante. Une marche qui a permis d’aller de l’avant et de laisser en arrière, même si parfois que temporairement, quelques vieux démons en les confrontant de face.
Image
Edité sous toutes les formes et tous les formats, Né un 4 juillet est aussi connu pour avoir constamment été remanié et retalonné avec plus ou moins d’inspiration par les éditeurs. Il aura cependant fallu attendre cette pénultième restauration pour qu’Oliver Stone puisse y apposer son sceau et que les techniciens retournent finalement aux sources même du film. Adieu donc les scènes assombries ou les magentas accentués, la photographie, malgré ses trois palettes différentes, retrouve un traitement plus naturel, plus équilibré, plus harmonieux. Les chapitres sont désormais moins tranchés, mais aussi nettement plus fluides, et viennent concrétiser un nettoyage éprouvé, effectué à partir de scan 4K des négatifs originaux, offrant des cadres virginaux, parfaitement stables et lumineux, sans jamais amoindrir le grain (très présent dans la dernière partie) et les matières. Un travail admirable et solide de bout en bout.
Son
A l’origine, Né un 4 juillet avait été mixé en 6 pistes 70 mm, ce qui permit au cours des années suivantes de proposer des pistes 5.1 au rendement toujours dynamique, ample et naturel. La version originale Dolby Atmos sonne donc comme un aboutissement avec une large ouverture des canaux, des atmosphères généreuses et enveloppantes, avec au centre des dialogues toujours nets et ferme. Pas de grandes effusions démonstratives (excepté l’assaut au Vietnam) mais une prestation qui renforce constamment les émotions.
A coté les deux pistes DTS HD Master Audio 5.1 anglaise et française restent tout à fait satisfaisantes et ne ménagent pas leurs efforts.
Interactivité
Le film est proposé sous la forme d’un combo UHD / Bluray avec dans le boitier un livret d’une trentaine de page comprenant des notes de productions et un article critique de François Cognard paru à l’origine dans les pages de Starfix.
Sur les disques on retrouve l’excellent et passionné commentaire audio d’Oliver Stone (en vost) datant du DVD, qui s’efforce de passer en revue toutes les questions techniques, attendues, les réflexions plus intimes liées au roman ou à son propre parcours, le travail avec Cruise ou les musiques de John Williams (un peu « mélo ») et les liens fantomatiques effectués avec Platoon. De nombreuses anecdotes, réflexions et auto-analyses sont au programme.
Du coté des archives on redécouvre aussi l’émission Today Show de NBC avec des interviews de Stone, Cruise et Ron Kovic qui permettent de donner plus ou moins corps à un making of plutôt complet avec le retour sur le premier projet d’adaptation, les difficultés pour Kovic d’assister au tournage de certaine scène, l’intensité et l’implication de l’acteur-star et le retour de Stone au trauma du Vietnam.
Enfin L’Atelier d’images a eu la très bonne idée de proposer à Samuel Blumenfeld (Le Monde) d’enregistrer une présentation du film. Une vingtaine de minutes bien chargées qui retracent bien entendu les origines du projet, ses évolutions, la place du métrage dans les carrières de Stone et Cruise, mais qui surtout offre une analyse passionnante du film, liant forme et fond, cinéma et histoire, réel et symbolique, avec autant de pertinence que de didactisme.
Liste des bonus
Un livret avec notes de production et article du Starfix n°81 de février 1990 sur Tom Cruise (32 pages), Commentaire audio d’Oliver Stone (VOST), « Né un 4 juillet : Une dimension profondément autobiographique » : Présentation du film par Samuel Blumenfeld (23’), « Backstory : Né un 4 juillet » : Documentaire avec Ron Kovic, Tom Cruise et Oliver Stone (21’), Bande-annonce (3’).






