MR & MRS BRIDGE

Etats-Unis – 1990
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : James Ivory
Acteurs : Joanne Woodward, Paul Newman, Kyra Sedgwick, Robert Sean Leonard, Simon Callow, Blythe Danner, …
Musique : Richard Robbins
Durée : 124 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Français & Anglais DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Editeur : BQHL Éditions
Date de sortie : 22 octobre 2025
LE PITCH
Kansas City, à la fin des années trente. Avocat épris d’ordre et de traditions, Mr. Bridge mène apparemment, avec sa femme et ses enfants, une existence tranquille et rangée dans sa belle demeure bourgeoise…
American Beauty
Adaptation d’un (double) roman de l’écrivain américain Evan S. Connell, Mr & Mrs Bridge a tout du projet passion pour ses initiateurs, le couple d’acteurs Joanne Woodward / Paul Newman et le réalisateur James Ivory. Soit une chronique douce-amère de l’American Way of Life côté WASP (White Anglo-Saxon Protestant), particulièrement soignée sur la forme mais foncièrement ennuyeuse pour qui aurait du mal à se passionner pour la (très très) lente érosion du vernis conservateur de la bourgeoisie yankee.
Tout est affaire de goût. Et de temps. Publié en 1959, « Mrs Bridge », première moitié d’un diptyque qui ne sera achevé que dix ans plus tard, est un joli succès d’édition qui attire brièvement l’attention sur Evan S. Connell, auteur discret et originaire du Missouri. Fascinée par un roman qui lui rappelle sa propre famille, son milieu d’origine et son parcours, l’actrice Joanne Woodward, fraîchement mariée à la star Paul Newman, tente une première fois de le faire porter à l’écran. Sans succès. Il faut attendre la fin des années 80 pour que la machine se remette en marche, à la faveur d’une heureuse coïncidence. Lors d’un tournage en Inde (probablement celui de Chaleur et Poussière, en 1982), le cinéaste américain James Ivory se procure les romans d’Evan S. Connell et se met alors en tête d’en réaliser une adaptation qui comprendrait à la fois des éléments de « Mrs Bridge », la première partie, et de « Mr Bridge », la seconde partie. Né à la fin des années 20 en Californie dans un moule conservateur et bourgeois, tout comme les protagonistes de cette chronique, Ivory dresse, tout comme Joanne Woodward, des parallèles avec ses propres souvenirs et expériences. Quatre long-métrages plus tard, Ivory parvient enfin à mobiliser sa scénariste fétiche, Ruth Prawer Jhabvala, pour l’écriture de Mr & Mrs Bridge. Le script achevé entre les mains, le réalisateur et son producteur Ismail Merchant se lance dans le montage financier du film et sa pré-production. Ayant enfin atteint l’âge du personnage d’India Bridge, Joanne Woodward se précipite sur le projet et entraîne son époux dans son sillage. En dépit d’une carrière en net ralentissement, le nom de Paul Newman suffit à ramener le budget suffisant pour un tournage confortable et en totale liberté. Le fait que le couple d’acteurs accepte également de rogner sur leur salaire facilite encore la tâche de James Ivory. Tout vient donc à point à qui sait attendre.
La vie est un long fleuve tranquille.
De la patience, il en faudra aussi pour le spectateur, le non-rythme de Mr & Mrs Bridge pouvant se révéler pour le moins difficile à encaisser. Épousant la structure très épisodique des romans d’Evan S. Connell, le scénario de Ruth Prawer Jhabvala se dispense d’une intrigue à proprement parler, et se contente d’une poignée de fils rouges (le rêve d’actrice de Ruth, les difficultés de communication entre Douglas et sa mère India, la dépression rampante de Grace) auxquels la narration se raccroche de temps à autre pour appuyer le passage du temps. Mr & Mrs Bridge ne raconte pas une seule histoire mais une multitude de petites histoires s’empilant comme on évoquerait des souvenirs, un verre à la main, lors d’une longue soirée d’été. Alors oui, selon l’humeur du moment, la chose peut s’avérer profondément fastidieuse.
Dans les faits, outre le soin maniaque apporté à la reconstitution et à l’interprétation, James Ivory s’emploie à gratter méthodiquement à la surface d’une tranche d’Amérique que l’on croirait tout droit sortie d’une peinture de Norman Rockwell ou d’Edward Hopper. Sans chercher à se lancer dans une vaste entreprise de déconstruction du Rêve Américain, le réalisateur de Chambre Avec Vue s’amuse à en relever les contradictions et les menus dysfonctionnements d’une classe sociale dont la seule obsession est de préserver les apparences, de ne pas faire de vagues. Inflexible, rigide, républicain et fier de l’être, anti-communiste farouche, le patriarche Walter Bridge en vient pourtant à aider des travailleurs pauvres gratuitement ou à sortir promptement de prison sa gouvernante noire, quand il ne cède pas avec ardeur à ses pulsions sexuelles (cette scène troublante où il observe sa fille bronzant au soleil, la luxure et le vice au coin de l’œil, avant de se jeter sur son épouse comme un animal en rut). India Bridge, elle, rêve d’émancipation, d’égalité, de spiritualité, de culture et de liberté mais ne se donne jamais la peine d’aller plus loin que ses paroles, bien trop à l’aise dans son confort matériel. Un immobilisme pleinement assumé et qui peut se résumer à cette dernière scène avec cette voiture qui tombe en panne et son occupante qui reste passive, littéralement incapable de sortir du véhicule pendant toute une journée !
Le propos, la mise en image, l’interprétation, tout est savamment mesuré, pesé avec un soin infini. Ivory ne laisse que peu d’options à son auditoire : se laisser porter en fronçant les sourcils ou lâcher l’affaire dans un ronflement poli. Imaginez alors un film de David Lynch sans les scènes déviantes, sans les mystères et sous Prozac et vous aurez une idée assez concrète de l’ambiance. Nonobstant des qualités bien réelles, on a connu des propositions de cinéma diablement plus excitantes.
Image
C’est assez décevant avec un master daté et un passage à la haute-définition qui laisse sceptique. Certaines scènes tirent miraculeusement leur épingle du jeu et se hisse au niveau du support mais la grande majorité souffrent d’une compression visible, d’un niveau de détail assez moyen et d’un bruit vidéo parfois disgracieux. C’est un peu dommage, en 2025, qu’unBluray ne parvienne pas à faire mieux qu’un DVD. Correct donc, mais tout juste.
Son
Si l’on jette à la poubelle une version française mixée un poil trop haut (et avec un souffle discret), c’est un mieux que la partie image. Les ambiances sont joliment restituées et les dialogues sont claires, avec une bande-son agréablement nettoyée.
Interactivité
Sur près d’une heure, Samuel Blumenfeld se fend d’une analyse passionnante (presque plus que le film lui-même, diront certains!) où sont abordés tous les aspects de la production de Mr & Mrs Bridge, ses thématiques, sa place dans la filmographie de James Ivory, de Paul Newman et de Joanne Woodward. Ça se boit comme du petit lait (cinéphile) !
Liste des bonus
Entretien avec Samuel Blumenfeld (51’), Bande-annonce.






