MOTHER LAND

Never Let Go – Etats-Unis – 2024
Support : Bluray
Genre : Fantastique
Réalisateur : Alexandre Aja
Acteurs : Halle Berry, Anthony B. Jenkins, Stephanie Lavigne, William Catlett, Percy Daggs IV, Matthew Kevin Anderson…
Musique : Rob
Image : 2.11 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 102 minutes
Editeur : Metropolitan Film & Video
Date de sortie : 13 février 2024
LE PITCH
June protège ses deux garçons après la fin du monde en les confinant dans une maison isolée au cœur d’une forêt ténébreuse. Ils cherchent de quoi survivre dans la forêt, constamment reliés à la maison par une corde. Car, à en croire leur mère, la cabane serait le seul endroit où la famille est à l’abri du « Mal » qui règne dorénavant et des étranges créatures qui hantent cette terre désolée.
Tout sur ma mère
Cinq ans après le bis et fun Crawl et trois ans après l’anxiogène, mais moins percutant, Oxygène, Alexandre Aja signe avec Mother Land, un film d’horreur concept dans la lignée de Sans un bruit et Bird Box. Du moins c’est la voie qu’il semble indiquer, avant de brouiller joliment les pistes en permettant par la même occasion à Halle Berry de rappeler à quel point son jeu peu s’avérer intense.
Même si la filmographie d’Alexandre Aja n’a pas encore réussi à revenir aux hauteurs de puissance de ses premiers Haute Tension et La Colline a des yeux, il reste certainement l’une de nos fiertés nationales, ayant réussi à s’installer, sans jamais se trahir, dans le milieux hollywoodien, oscillant entre commandes et films plus personnels, en affirmant encore et toujours son besoin d’expérimenter. Et si effectivement son plus gros succès récent reste le plus franc Crawl avec son alligator bien vorace, ce type de réussites rappelle aussi que son statut il le doit en premier lieu à une maitrise solide des outils cinématographiques, un savoir faire technique indéniable au service d’une réalisation toujours soignée. Des qualités qui frappent toujours autant dans Mother Land, nouvelle variation autour d’un récit en vase-clôt, d’un espace-monde, reposant sur un univers défini dès les premières minutes, sous la forme d’un drame hors du temps, d’un conte gothique moderne. Une maison donc, centrale et omniprésente, perdue aux milieux des bois dans le sud des Etats-Unis où vivent une mère et ses deux fils. Le monde autour d’eux n’est plus, dévasté par un mal primordial, et seul l’amour familial et des cordes les reliant à chaque sortie à la maison-mère leur a permis de survivre à l’apocalypse.
Il faut Couper le cordon
Un nouveau survival en somme, où mère courage couve du mieux qu’elle peut ses petits, leurs apprend les règles, les astuces et les mets constamment en garde contre des apparitions… qu’elle est la seule à voir. Le fantastique pointe alors son nez, mais pas dans ses arguments les plus surnaturels mais plutôt dans ses racines bien ancrées dans les questions du doute : derrière se regard tour à tour aimant, douloureux et scrutateur, les enfants n’y perçoivent-ils pas aussi des traces de folie ? Plus proche du Village de Night M. Shyamalan donc, Mother Land tourne autour de la notion de persuasion, de mensonge et de sacrifice, mais fait l’effort de constamment mesurer ses effets, ses apparitions « démoniaques », et de rapidement embrasser le point de vue tranché des deux frères. Si Nolan rejette de plus en plus ouvertement la doctrine inculquée, Samuel la préserve coute que coute comme la preuve de son amour indéfectible pour sa mère. Entre la force de la transmission et la quête d’indépendance, Mother Land oscille constamment, laissant le spectateur faire son propre cheminement et utilise la figure attendue du « twist » central non pas comme un simple outil révélateur, mais bien comme un bon moyen de rabattre les cartes.
Plus intelligent que malin, plus douloureux que véritablement effrayant, le dernier film d’Alexandre Aja a certes tous les contours de l’exercice de style à la mode et ne peut totalement se détacher de certains codes trop exploités ces dernières années, il arrive cependant grâce à la fluidité de sa mise en scène, l’excellente direction des acteurs et une écriture à la retenue appréciable, à y apporter une ambiguïté inédite et inquiétante. C’est malheureusement cette volonté de ne pas donner toutes les clefs, de laisser toujours le récit sur une ligne instable, qui lui a voulu un accueil refroidi de la part de la critique américaine. En France il semblerait que ce soit plutôt l’effet inverse. Tant mieux.
Image
Capturé en numérique via les fameuses caméra Arri Alexa avec une définition générale en 4K, Mother Land nous parvient chez Metropolitan dans un Bluray des plus solides. La définition est idéale, même dans les passages traversés de visions en images de synthèses, ou dans les nombreuses séquences sombres avec des noirs bien profonds et des lignes précises. Une copie particulièrement généreuse sur les textures, et en particulier les plus douces (peau, vêtements, bois…) et les couleurs, venant révéler des reflets bronze ou des intensités de verts particulièrement chaleureux.
Son
Film en quasi-huis clos, Mother Land profite parfaitement de son DTS HD Master Audio 5.1 pour imprégner l’espace de cette sensation régulière d’encerclement. Les légers bruits de la nature, parfois bien menaçants, la structure de la maison qui craque, restent présents sur les arrières, tandis que la dynamique générale sait agréablement faire monter la pression en jouant sur la dynamique et la spatialisation du dispositif. Les dialogues sont toujours clairs et équilibrés.
Interactivité
L’édition française reprend les différents suppléments de la sortie US de Lionsgate avec en premier lieu le petit making of d’usage, permettant à tout un chacun d’exprimer sa passion pour le projet et d’exposer, brièvement, les thèmes ou la nature des personnages. Il est suivi par une featurette sur la « famille » centrale du film et sa propre mythologie et sur la conception de l’espace (décor et mise en scène) de la maison.
Plus intéressant, les quelques petites scènes coupées montrent effectivement un vrai souci d’économie dans la diffusion de certaines informations avec en particulier une apparition symbolique qui aurait pu être spectaculaire mais certainement un poil trop démonstrative.
Il en est d’ailleurs question dans la longue et inédite interview d’Alexandre Aja, lui permettant d’évoquer longuement toute la naissance du projet, faisant suite à un film de requin abandonné, les modifications effectuées sur le scénario, la volonté de limiter au maximum les explications (toutes données ici avec le background complet de l’historique familial), l’implication de Halle Berry, le dispositif de tournage, sa préférence pour le titre « français, le montage ou la musique de Rob. Le cinéaste est toujours aussi passionnant et généreux dans son partage avec le spectateur, sans langue de bois et un mélange idéal entre petites infos, détails techniques et regard plus personnel sur son cinéma.
Liste des bonus
Entretien avec Alexandre Aja (45’), Making of (12’), Attachés (6’), La Maison (7’), Scènes coupées (7’).