MORA

France – 1982
Support : DVD
Genre : Thriller
Réalisateur : Léon Desclozeaux
Acteurs : Philippe Léotard, Ariel Bese, Patrick Bouchitey, Stefania Casini, Pamela Prati…
Musique : Egisto Macchi, Lamberto Macchi
Durée : 84 minutes
Image : 1.33 16/9
Son : Français Stéréo 2.0
Sous-titres : Anglais
Éditeur : Doriane Films
Date de sortie : 30 novembre 2020
LE PITCH
Mora, reporter-photographe à la recherche d’un scoop dans un pays latino-américain politiquement agité, est le témoin involontaire d’un meurtre. A travers le puzzle de la réalité qu’il essaie de reconstituer, il découvrira la trahison, la violence et la peur.
Le bon cadrage
Le cinéma français est parsemé de tentatives oubliées, de réalisateurs retombés dans l’oubli et de films finalement trop atypiques pour rencontrer le succès et laisser une marque dans son époque. Thriller absolument fauché mais où l’on croise tout de même Philippe Léotard, Patrick Bouchitey et Ariel Bese, Mora est-il un miraculé ?
Revenu un peu sur le devant de la scène dans les années 2000, mais sans trop faire de bruit, avec des essais comme Chittagong, Dernière escale et Cargo, les hommes perdus, Léon Desclozeaux est finalement surtout un homme de l’ombre, signataire et producteur d’une petit poignée de documentaires et que l’on retrouve même parmi les monteurs du rescapé De l’autre côté du vent d’Orson Welles. Honnêtement une petite énigme que ce monsieur, qui en 1982 passait pour la première fois à la réalisation de long métrage avec Mora, et s’efforçait de donner corps à son propre thriller paranoïaque. Avec encore un pied dans les polars paranos de la décennie précédente, le film s’attache ainsi à un journaliste reporter, isolé dans un pays sud-américain, que la fascination pour la violence va forcément amener à se mettre en danger. Pas forcément étouffé par la déontologie, celui-ci capture donc les exactions d’un gouvernement que l’on imagine bien droitier, et déambule entre rues désertiques, abattoirs inquiétants et bars nocturnes particulièrement mal famés, traînant son fatalisme et ses névroses, mais aussi ses fantasmes douteux. Toujours au bord du cauchemar, Mora, ne recherche pas forcément le réalisme, préférant distiller une atmosphère de rêve scabreux (l’agression sexuelle presque lynchienne) et les contours de l’allégorie.
Développement difficile.
Il est ainsi question, forcément, de la responsabilité de l’œil du photographe, de sa fascination pour la décadence et sa distance avec une société qui s’effondre dans l’amoralité, qui lui revient en plein visage lorsqu’il devient témoin, malgré lui d’un meurtre. Dès lors tous ses « proches » se révèlent être partie prenante de l’affaire, militants politiques ou agents doubles, et aimeraient mettre la main sur les fameux négatifs. Très inspirée par le chef d’œuvre d’Antonioni Profession : Reporter, très marqué par les films engagés de Costa Gavras, Mora n’a malheureusement pas les épaules aussi solides que, par exemple, le Under Fire de Roger Spottiswoode qui ne sortira qu’un an après. Tournés quelque part dans une banlieue de la région parisienne avec quelques affichages et accents hispanique pour faire la blague, alternant entre les terrains vagues désolés, des bâtiments bétonnés en construction et beaucoup d’appartements anonymes, le métrage manque clairement d’emphase, d’amplitude et d’intensité pour vraiment convaincre. Si la réalisation à parfois de très jolies idées (les mannequins entre les grilles de abattoirs, l’utilisation des instantanés ou le lent final), elle est aussi très maladroite et un peu molle, insistant alors un peu trop sur des interprétations hasardeuses.
L’excellent Patrick Bouchitey (La Meilleure façon de marcher), là encore fragile Ariel Besse de Beau-Père (dont c’est le dernier film avant de se consacrer définitivement au théâtre) et l’intensément lymphatique Philippe Léotard, semblent toujours un peu perdus, s’efforçant sans doute de comprendre des desseins pas des plus clairs. Un premier film aux intentions louables mais trop chiche.
Image
Film plus que rare, Mora ne connaît finalement qu’une simple sortie DVD. En même temps difficile ici de passer à la HD sans investir dans une coûteuse restauration : la pellicule est régulièrement abîmée, les cadres ne sont pas forcément stables et les teintes ont tendance à fluctuer. Quelques apports numériques s’efforcent de stabiliser le tout (avec un petit lissage de circonstance) pour faire passer la pilule en support SD.
Son
La piste sonore d’origine se montre plutôt claire et bien posée. Quelques effets de post-synchronisation et de captation d’époque rappellent la modestie de la production.
Interactivité
Pour un film aussi peu connu, voir obscur, une petite présentation informée ou une discussion avec Léon Desclozeaux aurait été bienvenue afin de mieux cerner les intentions de celui-ci et le choix de certaines orientation esthétique. Dommage, mais le DVD contient tout de même un court métrage du réalisateur, Acte Manqué, petite virée en ambulance pleine d’ironie avec Michaël Lonsdale. A priori très proche de Desclozeaux, une petite vidéo hommage vient clore la galette avec une lecture du premier traitement de Mora effectué par un acteur très diminué.
Liste des bonus
Court métrage : « Acte manqué » de Léon Desclozeaux (1979, 14’),
« Hommage à Michaël Lonsdale » de Léon Desclozeaux (2020, 4’), Bande-annonce original.





