MILLENNIUM ACTRESS

千年女優 – Japon – 2001
Support : Bluray & DVD
Genre : Animation, Drame
Réalisateur : Satoshi Kon
Acteurs : Miyoko Shoji, Mami Koyama, Fumiko Orikasa, Shôzô Izuka, Shouko Tsuda…
Musique : Susumu Hirasawa
Durée : 87 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Japonais et français DTS HD Master Audio 5.1 et 2.0
Sous-titres : Français
Éditeur : Septième Factory
Date de sortie : 05 décembre 2020
LE PITCH
Chiyoko, ancienne gloire du cinéma japonais, vit solitaire. Un journaliste, fervent admirateur, vient l’interviewer sur son passé et lui remet une clé que Chiyoko avait perdu voilà 30 ans. L’actrice révèle son secret, une vie de passion, passée à rechercher un étrange inconnu, qui lui a un jour remis cette clé, en lui faisant la promesse de se revoir…
Star Eternelle
Perfect Blue était un galop d’essai qui tournait à la démonstration magistrale. Le second film de Satoshi Kon, Millennium Actress est une confirmation et un prolongement de sa reconstruction de la forme animée mêlée à son exploration de la psyché de la femme japonaise. Mais pas que.
Commandée par les producteurs de Madhouse, ce second long métrage s’inscrit directement dans le sillon de Perfect Blue à dessein, mais avec cette fois-ci aussi la volonté de se détacher d’un thriller noir au frontière du film d’horreur. Si Millennium Actress est un film frère, voir jumeaux, il déborde du giallo pour se laisser attirer par la forme plus sentimentale, et grand public, du mélodrame : Il est une nouvelle fois d’une actrice, pas une jeune débutante déboussolée, mais bel et bien une immense star, une icône qui aura occupé les écrans japonais presque un siècle durant. De ses débuts dans un petit film propagandiste jusqu’à un grand final dans une production de science-fiction aux airs de 2001 au féminin (Gravity avant l’heure), un journaliste et son cameraman interview une Chiyoko Fujiwara à la retraite, disparue de la vie publique du jour au lendemain. Chacun cherche alors dans cette rencontre l’accomplissement de sa quête personnelle. Elle de renouer avec ce jeune homme, militant et peintre croisé seulement deux fois mais qui aura conditionné toute sa vie. Lui, fan amouraché de l’actrice, qui espère juste qu’elle réalise qu’il a finalement toujours été là. Chacun a passé sa vie à voir leur destin s’échapper entre leurs doigts, et cette ultime confrontation, posée et verbale ne va jamais se laisser dompter.
Autant en emporte le vent
Car comme pour Perfect Blue, c’est bel et bien l’héroïne qui va transformer la fiction au grès de sa mémoire, de ses fantasmes et de ses désirs. Elle va ainsi emporter avec elle les deux invités, devenant rapidement témoins privilégiés, puis directement acteurs, dans un mélange de souvenirs de jeunesse, d’échos de tournage et de films dans lesquels elle a joué, enchevêtrant les désillusions réelles et interprétées, les malédictions romancées et la réalité d’une vie passée à courir après l’inaccessible alors que le Japon ne cesse de muter. La petite histoire, face à la grande Histoire et celle reconstituée sur les plateaux de tournages… Autant par le génie du montage que par le potentiel de l’animation (couleurs, superpositions, transitions en profondeur), Satoshi Kon perturbe les repères et les règles, intriguant finalement le spectateur lui-même dans un marathon vertigineux, souvent virtuose, mais dont l’enjeu est moins l’étalage d’un talent indéniable que de rendre honneur à cette cristallisation de toutes les grandes, et vraies, stars de ce qu’était le cinéma au siècle dernier. L’âme de Chiyoko est lumineuse, éblouissante même parfois, alors qu’elle alterne les rôles de jeune orpheline, d’amante d’un prisonnier politique, princesse d’un film en costumes, guerrière de chanbara ou témoin des destructions d’un Godzilla. Le journaliste-fan le dit dès les premières minutes : « elle ne vieillira jamais ! ». Chiyoko ne prend d’ailleurs de l’âge dans Millennium Actress que lorsqu’elle cesse d’être à l’écran (en particulier par un mariage traquenard), s’épuise d’espérer de pouvoir rester celle que ce mystérieux jeune homme a séduite au sortir de l’adolescence.
Une projection amoureuse qui répond à la projection sur grand écran, comme si Alain Resnais s’était mis à l’animation japonaise. Satoshi Kon n’a pas fini de nous manquer.
Image
Restauré au japon à partir d’un scan 4K du négatif, Millennium Actress est véritablement une petite merveille. Les cadres ont été soigneusement nettoyés, débarrassées des petites taches, griffures et autres spots dû aux superpositions de cellulos, tout en assurant un grain beaucoup plus maitrisé et harmonieux qu’autrefois. Même sensation d’exigence du côté des couleurs, pleines, contrastées et délicates, qui souvent viennent révéler des noirs pleins et profonds. Attention, Millennium Actress fut produit à l’ancienne et non en numérique, ce qui du coup laisse ici une matière bien présente, en particulier dans quelques scènes plus sombres où les bords du cadre vibrent légèrement. Comme un film en fait.
Son
Retrouvant ses mix 5.1 déjà entendus sur DVD, le film gagne clairement en puissance avec un DTS HD Master Audio beaucoup plus ample et naturel. Les enchainements de tableau, les courses effrénées et les variations d’ambiances gagnent en précision et en fluidité, accompagnant avec ferveur l’énergie du film. A noter que l’éditeur propose aussi deux pistes, japonaise et française, en DTS HD Master Audio 2.0 pour les installations plus modestes.
Interactivité
Serti dans un superbe steelbook, Millennium Actress est proposé par Septième Factory avec une section bonus très complète. A commencer par le making of d’époque, certes réalisé à la japonaise et donc avec une certaine froideur, mais qui n’empêche pas de creuser constamment la nature du film, son écriture, ses références et sa production. Satoshi Kon y est très présent et se dévoile avec décontraction et humour. Il est bien entendu souvent question de son art, de son cinéma, de son style, dans les deux rencontres inédites enregistrées avec les producteurs Taro Maki et Masao Maruyama, qui ne cachent jamais leur admiration pour le cinéaste et pour ce film en particulier. Les conversations sont très intéressantes d’autant plus qu’elles explorent d’autres questions plus générales sur l’état de l’animation japonaise (techniques traditionnelles vs images de synthèses) ou le regard porté sur le premier siècle du cinéma nippon, confirmant alors la place très particulière de Millennium Actress.
Liste des bonus
Interview de Taro Maki (9’), Interview de Masao Maruyama (32’), Making of avec interview de Satoshi Kon (40’).







