MEURTRES SOUS CONTRÔLE

God Told Me To – Etats-Unis – 1976
Support : Bluray & DVD
Genre : Horreur
Réalisateur : Larry Cohen
Acteurs : Tony Lo Bianco, Deborah Raffin, Sandy Dennis, Sylvia Sidney, Andy Kaufman, Richard Lynch…
Musique : Frank Cordell
Durée : 89 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 5.1 et 2.0 mono, français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Éditeur : Rimini Editions
Date de sortie : 18 mars 2021
LE PITCH
À New York, l’inspecteur Nicholas enquête sur une série de meurtres sans mobile apparent. Les différents assassins prétendent tous avoir agi à la demande de Dieu. Détail étrange : aucun d’eux n’est un expert en armes à feu, et pourtant tous ont fait preuve d’une précision remarquable.
Immaculate Abduction
Prix spécial du jury au festival d’Avoriaz en 1977, Meurtres sous contrôle est sans doute l’exemple le plus probant de la vitalité indomptable du cinéma de Larry Cohen. Un scénariste hors normes toujours prompt à balancer sur l’écran un concept casse-gueule et le mener jusqu’au bout.
Certainement pas aussi reconnu qu’il le devrait, Larry Cohen a toutes les qualités de ces vrais amoureux du cinéma, touche-à-tout et débrouillards, qui ont dû accepter toutes les commandes et les opportunités pour faire leur trou. Tout d’abord scénariste pour la télévision où il imaginera la mythique série Les Envahisseurs, il passe au grand écran en s’inscrivant dans la vague de la blacksploitation en écrivant Bone, puis en obtenant les commandes du très bon Black Caesar et sa suite, Hell Up in Harlem. Mais le monsieur est surtout intéressé par le fantastique, voir l’horreur, prolongement du cinéma d’exploitation des drive-inn avec systématiquement un aspect dévissé, décalé. Entre le bébé mutant tueur de Le Monstre est vivant, le dragon mexicain volant d’Épouvante sur New York et le yaourt au bifidus très actif bien nommé The Stuff, on trouve sa création la plus insaisissable : God Told Me To. Un étrange polar suivant l’enquête impossible d’un brave inspecteur, fervent catholique empêtré entre ses passions et ses lois, se retrouvant face à une succession de meurtres perpétrés sans raison par des personnes sans passé criminel. Le seul point commun de chaque acte, le « dieu m’a demandé de le faire » évoqué un sourire aux lèvres. En suivant la trace d’un mystérieux jeune homme, en découvrant ce qui ressemble à un groupe d’hommes de l’ombre, retrouvant une veille affaire d’enlèvement extraterrestre, l’inspecteur Nicholas va peu à peu replacer les pièces d’un puzzle diablement alambiqué.
Les voies du seigneur sont impénétrables
Une structure éclatée croisant dans un même mouvements les films fantastiques satanistes (but with a twist) tant à la mode depuis le Rosemary’s Baby de Polanski, les élucubrations mystiques du bestseller Chariots des dieux d’Erich von Däniken, la science-fiction décomplexée des 50’s et le polar urbain mâtiné de blacksploitation. Cohen avoue volontiers s’être engouffré dans l’écriture du film, laissant son récit se construire tout seul au grès de son imagination, sans vraiment y revenir pour en revoir la structure. D’où certainement cette sensation d’un film constamment éclaté, toujours proche du glissement de terrain, de l’errance voir du ridicule mais sans jamais, heureusement, y tomber. Certes quelques personnages semblent inutiles, quelques trames secondaires peu abouties, mais c’est justement ce mélange des genres qui fait tout le charme du film, dépassant une interprétation pas toujours des plus marquantes, une ambition générale bien au-delà du budget alloué, pour offrir une exploration inédite du chaos dans lequel s’engouffrait les USA durant les 70’s, rompant avec la tradition du statuquo et donc une réalité trop formatée. Metteur en scène assez sobre, Larry Cohen s’offre tout de même ici quelques jolis moments bien marquants entre une apparition très Cronenbergienne du faux messie, un enlèvement par un UFO digne des X-Files (ou est-ce l’inverse ?) et surtout une séquence brillamment volée pendant l’authentique défilé de la St Patrick. Y apparaît au milieu de la foule un Andy Kaufman, encore inconnu, dans le rôle d’un policier touché par la grâce et tirant sur la foule aveuglément.
Dans Meurtres sous contrôle le spectateur est constamment assailli par la sensation que tout peut arriver. Et il ne se trompe pas.
Image
Restauré à partir d’un scan 4K du négatif original par Blue Underground, Meurtres sous contrôle s’étale désormais sur un master grand luxe. Doté d’une propreté et d’une stabilité à toute épreuve, il offre une colorimétrie particulièrement riche et contrastée, mais aussi et avant tout une définition imposante qui permet tous les excès possibles et une profondeur tout simplement inédite. Comble du bonheur, aucune retouche numérique disgracieuse n’est visible, laissant affleurer un grain de pellicule des plus naturels et de superbes reflets argentiques.
Son
Pas franchement des plus mémorables, le doublage d’époque répond présent avec un mix très écrasé et des voix souvent assourdissantes et pas franchement convaincues. Heureusement la version originale est beaucoup plus aguichante avec un mono d’origine disposé dans un DTS HD Master Audio 2.0 des plus clairs et équilibrés, ainsi qu’un 5.1 plus moderne délivrant quelques petites ambiances et effets supplémentaires.
Interactivité
Toujours aussi jolie, la collection des classiques oubliés du cinéma fantastique est désormais rejoint par Meurtres sous contrôle. Le packaging au fourreau et digipack cartonné est toujours aussi élégant et le livret concocté par Marc Toullec toujours aussi complet et informatif.
Les suppléments disposés sur les disques Bluray et DVD sont eux essentiellement hérités de l’édition américaine de Blue Underground. Si on perd le commentaire audio du réalisateur, on retrouve une longue interview de l’acteur Tony Lo Bianco évoquant un tournage d’artisan et de roi de la débrouillardise et une autre du maquilleur Steve Neil qui en profite pour rendre hommage à ce cinéaste qui lui a laissé sa première chance dans le métier. Larry Cohen est bel et bien présent, mais uniquement par le biais de deux documents d’archives, enregistrés lors de présentations du film en public, dans lesquels le monsieur se livre à de grands shows, rivalisant d’anecdotes croustillantes sur les coulisses et de souvenirs d’un tournage souvent assez improbable.
Et Rimini ajoute aussi sa pierre à l’édifice avec une présentation enthousiaste du film par le journaliste / réalisateur Alexandre Jousse.
Liste des bonus
Le livret « Rencontre du quatrième type » rédigé par Marc Toullec (24 pages), « Dieu me l’a ordonné » par Alexandre Jousse (24’), « L’Enfer et le Paradis sur Terre » avec Tony Lo Bianco (11’), Interview de Larry Cohen au New Beverly Cinema (21’),
Interview de Larry Cohen au Lincoln Center (8’), « Souvenirs du bon vieux sang » avec Steve Neil, responsable des effets spéciaux (9’), Bandes-annonces.